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Bass-D B-Day - 02/04/2005 - De Waakzaamheid, Koog an de Zaan (NL)

 

BASS-D B-DAY
32 years of hardcore madness

De Waakzaamheid
Koog an de Zaan
Hollande

2 avril 2005

Akira, Angerfist, Bass-D, Buzz Fuzz, Champ-e-on, D (It), Dana, Dano, Darkraver, Dennis R, Dr. Rude, Drokz, Endonyx, Gizmo, J.D.A., King Matthew, Masochist, Norman, Nosferatu, Ominous, Outblast, Partyraiser, The Rapist, Uzi, Vince, Viruz, Yoda, MC : Da Mouth of Madness, MC : M-Shane.

Au vu du plateau, c’était trois salles et pas moins de 2000 personnes, les lasers le disputant aux fumigènes eux-mêmes aux prises avec des dizaines de kilowatts fous. Voilà pour le fantasme. A l’arrivée, le Waakzaamheid est une petite boîte de l’autre côté du périphérique d’Amsterdam, coincé entre les pavillons d’une banlieue résidentielle léthargique et les canaux garantissant le quota de paysage industriel. Et ce sont entre 800 et 1000 personnes qui viendront, dans les deux salles, fêter dans une ambiance de boum hardcore-gabber l’anniversaire d’un Bass-D tenant la caisse au début de la soirée. Le mythe de la Hollande proprette et professionnelle s’apprête à en prendre un coup.

Absents identifiés : Angerfist, Dano, Darkraver, Drokz, Gizmo, the Rapist, Vince (plus quelques autres sûrement). Ceux qui ont fait le déplacement emmèneront toutefois la soirée sur un terrain suffisamment festif et musical. Uzi lance les opérations dans la grande salle. Derrière lui : un grand panneau sur lequel un paysage type « cocotier + plage tropicale » dévisse un peu la crédibilité core de l’ensemble. Devant : une assistance ayant consciencieusement fait sa montée dans le train avant d’arriver, prête donc à donner dans le joyeux pour célébrer l’évènement. Enchaînement de tubes de HC hollandais (le « Pussy Motherfuckerz » d’Endymion en tête), ne pas effrayer le dancefloor d’entrée. C’est apéritif. Il finit à 22h45, ayant joué 45 minutes, comme le feront les DJ qui lui succèderont - les ping-pongs dureront une heure. Masochist, recouvert d’un masque en cuir et équipé d’un poignet de force clouté que le Kerry King 80’s aurait pu afficher, lance sur la base d’un tracklisting à peine plus corsé un mix lui-même un peu plus musclé, essayant de motiver à la danse par l’agitation de son bras clouté un parterre encore clairsemé. Bass-D fait des allers-retours entre la scène et l’entrée, arborant l’air préoccupé du type qui veut avoir l’air aux commandes. La petite salle à laquelle on accède par la mezzanine doit mesurer 40 m² bar compris, il y fait clair comme en plein jour et deux boules à facettes immobiles tiendront lieu de lights, pendant qu’un happy hardcore speedé et mal mixé achève toute tentative de rester plus de 30 secondes. Masochist meuble, le boss de la boîte (manifestement pas un hardcore head commence à tourner dans son établissement le compteur dans les yeux. Sur la scène, le MC et quelques DJ commencent entre deux congratulations à téter au goulot champagne et whisky. En lieu et place d’une rave hardcore organisée carré par l’industrie du spectacle, c’est bien une récréation, une sauterie - limite une private, en tous cas une boum - à laquelle se livreront ceux des DJ qui se sont déplacés. En effet, pas souvent que l’on constate en Hollande que trois-quarts du line-up est déchiré (bourré, poudré ou les deux).

Nosferatu, bonhomme et très à son aise - et faisant partie du quart qui jouera sobre, lequel quart enverra les meilleurs mix de la soirée d’ailleurs - balaye le dancefloor d’un regard acéré, affûté par plus de dix ans de pratique. Le tracklisting tend vers le happy débridé. Pourtant, pourtant, pourtant, la facilité du DJ à déverrouiller les résistances de l’assistance à entrer dans la danse n’a d’égale que son agilité de ouistiti à la table de mixage (analogie simiesque inspirée aussi par l’impressionnante collection de mimiques dégainée par le gentil vampire au cours de sa prestation). Tricotages rythmiques et troussage de faders, nappes claquées au cul et mélodies injectées après que tel ou tel track ait épuisé son potentiel de nuisance. Etonnant comme des morceaux apparemment inoffensifs prennent un relief autrement plus escarpé quand œuvre Nosferatu le ninja, contresignant quelques unes de ses phases par une gestuelle entre Bruce Lee énervé et d’Artagnan plaçant une botte. Boïng boïng, c’est pétillant et le dancefloor est rempli.

Dana va faire retomber le soufflé. Complètement défoncée, pas vraiment à même de se concentrer sur son mix, la dame va passer son temps à caler en 8 minutes chaque disque, taper la discute avec les autres bourrés qui passent derrière ou devant elle, mater les photos qu’on vient de prendre d’elle. Souriante, sympa mais absente. Le tracklisting est pas dégueu mais voilà, jouer la collégienne après un Nosferatu péchu éclaircit le dancefloor - on y respirera mieux, c’est déjà ça.

Deux accortes jeunes femmes se font des langues généreuses, nullement dérangées par des spectateurs ravis de cet intermède sexy. Elles par contre ont l’air complètement hébétées une fois leur prestation finie, et c’est sûrement pour rassurer son amie qu’un sémillant jeune homme vient rouler quelques pelles baveuses à l’une de nos deux saphiques danseuses. Lesquelles remettront ça quelques minutes plus tard. Hmmm, cool.

Le ping-pong Bass-D / King Matthew / Outblast commence après que le MC, dont ce sera la dernière allocution non-bafouillée, ait fait chanter le public en l’honneur de Bass-D. Ah oui, c’est vrai, on est en Hollande. Après un premier tiers décousu et trop mélodique pour l’heure, Outblast et King Matthew prennent les commandes et emmènent le mix sur un terrain aiguisé et plus tendu. C’est carré, propre, ça décolle régulièrement. Rien à dire. Justement. Si les deux DJ ont l’air de tenir debout sans vaciller, ce n’est pas le cas de ceux qui squattent de chaque côté des platines. On réalise alors que cette kermesse était dès le départ prévue pour être un bordel gabber (ici compris comme une culture et pas comme un type de musique). Le hollandais est aussi capable de n’importe quoi, donc. A ceci près que le son est là et que la musique aussi (mais moins, vu l’éthylomètre de tout ce petit monde). Bon, c’est calé, bien exécuté, et c’est difficile d’en vouloir à des DJ de ne pas être à donf quand ceux-ci sont dérangés toutes les trente secondes.

Quelques handicapés moteur se fraieront au cours de la nuit un passage vers le milieu du dancefloor. Défilés devant eux de types leur adressant un viril salut, moult respect dans le regard et force chaleur dans la poignée de mains. Si naît dans une bouche française la réflexion que ce n’est pas en France que l’on verrait des handicapés en teuf, d’autres répondent que justement, il y en a déjà trop. Rires entendus. A Koog an de Zaan ce soir, on est bien.

L’heure est maintenant au spectacle pathétique d’un Buzz Fuzz rendu complètement gris-jaune (le gris de Bass-D tirant plus vers le vert) par la défonce, associé à un Champ-E-On complètement bourré, qui en milieu de ping-pong arrêtera de mixer pour faucher au MC pas moins ruiné son micro et éructer des éructations pendant que Buzz Fuzz essaiera de mixer. Pas évident quand il faut en même temps prendre la pose, faire la bise à tout ce qui passe, faire signe à un membre de l’organisation que les retours ne sont pas comme il faut, regarder passer Dieu, administrer des sourires crispés, et bouger dans tous les sens parce que son système nerveux a lâché l’affaire. Mais Buzz Fuzz c’est Buzz Fuzz et les quelques phases de mix qu’il jouera auront de la gueule... Ce qui n’empêche que la prestation sera écourtée, les limites de la dignité étant dépassées de trop loin (alors que l’on se trouve dans une fiesta gabber décadente, pour situer le niveau de respectabilité de l’ensemble).

Aaaaaah ! Le rédempteur. La bête. Le vengeur. Partyraiser in da place. Il est attendu. Il ne titube pas, ne distribue pas des bises, n’adresse pas des saluts à l’ange Gabriel. D’ailleurs, une fois qu’il a pris place derrière les platines, la faune des mondains s’éloigne de lui et personne ne se risque à venir lui proposer un chat-bite. Un regard sur le dancefloor, la même expression décidée dans le regard que chez Nosferatu quelques heures plus tôt. Enfilade de sons aigus de l’intro du premier morceau. Une poignée de secondes. BAAAAAM ! Un énorme kick industriel trépane tout ce qui vit. La salle gueule. Enfin du core qui rape. A 160 bpm, Partyraiser balance son poing dans le vide, libère l’énergie en quelques secondes. Sur les premiers disques, il n’aura de cesse d’invectiver le public : let’s get maaaaad ! Le serial tapeur se lance dans son œuvre : précis, puissant, mental, prenant. Explosif. Il prendra 20 bpm lors de son mix. Les breaks y seront rares. Chaque morceau entre qui par surprise, qui par effraction. On l’attend par les toits, il s’infiltre par les égouts. Il s’annonce à droite ? Défonce la gauche. Il y en a, ils ont le monumental facile. Symphonie pour kicks en rut, déroulé de cuts vif-argent, dépeçage de séquences. De toutes façons, le dancefloor est asservi depuis le premier kick (génie de la sélection). Don’t fuck with Partyraiser.

Un groupe de gabberettes lookées écolières en jupes et - argh - bottes quadrille le quart nord-est du dancefloor. Repérant les matous et autres louveteaux en peine de danser coordonné à cette heure avancée, elles les entourent et dans un mouvement d’échange aussi pudique que chaleureux les ramènent sur des rails frais et festifs. Touchant spectacle que celui de cette brigade de majorettes parcourant la salle pour remettre dans le bain ceux qui lâchent. Délicieux moment que de se placer sous l’autorité de jouvencelles missionnées par le Grand Esprit des party goers.

Le successeur de Partyraiser jouera un hardcore propret trop gentil. Direction le cagibi. Kotzaak 7 dans les enceintes, suivi du Cunt 2. Endonyx a bon goût et mixe méchant. Fillette, passe ton chemin. Ne restent là que des gabberettes satellisées et leurs mâles eux-mêmes plutôt versés dans le tangage. Le DJ en appelle aux ressources inimaginées des neurones éprouvés par une nuit de gabegie façon batave. Un shot d’adrénaline bienvenu quand on tremble encore des œuvres de Partyraiser. A peine fini son mix speed, Endonyx file dans la grande salle remplacer quelqu’absent aux platines, envoyant cette fois un hardcore hollandais plus mainstream - l’a l’air émoussé par rapport à sa précédente prestation. Mais il fait partie du quart des dignes.

Ayant réussi à débourrer, le MC annonce la fin de la soirée. Coupure du son. Le dancefloor applaudit. Tout le monde se met en rang et sort. Dehors, pas un bruit : les pavillons continueront de dormir. Devant l’entrée de la salle, une Corvette placée à cet effet est recouverte d’affiches de quelque prochaine soirée. Des groupes marchent vers la gare sans un bruit. La gaillarde décadence de la nuit ne passera pas les portes du Waakzaamheid. This is Holland.



Dronnzz

Site web : http://www.mastersofhardcore.com/

 

  Publication de l'article :
 
Avril 2005

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