Bass Mutants Invasion
Structure Béton
Bruxelles
23 04 2005
21h30 - 22h30 : DJ Awax FullDawa-Deschtooz Prod BE
22h30-23h30 : DJ Mushroom Stryktniks Recs BE
23h30-00h30 : DFENS Noisy Bastards BE
00h30-01h30 : Paranoid vs Psykotic Skyzophrenic Zone BE
01h30-02h30 : AK47 BudBurNerZ - Epileptik - Broken Legz FR
02h30-04h00 : Manu Le Malin 46 Recs-UWe FR
04h00-05h00 : Unexist aka DJ Jappo Lethal Insanity - Industrial Strength IT
05h00-06h00 : BudBurNerZ Live Epileptik - Broken LegZ FR
06h00-07h00 : Ybrid Live Epileptik - Ark-Aïk FR
07h00-08h00 : Krapo Live Stryktniks-Hardcore-Unit FR/BE
La Structure Béton contient 800 personnes sous un parking, le long d’une nationale le long de laquelle s’épanouissent les représentants de l’architecture de zone d’activités des plus lambdas - donc les plus terrifiants. Crédibilité underground instantanée. Dehors, un gentil attroupement de teuffeurs attend son heure en mettant au point un plan resquille pour vivre cette gloire du free parteux consistant à entrer dans une soirée sans payer. Quatre cabines de toilettes chimiques qui prendront vite un air d’armageddon fécal gardent la porte d’entrée. Partout, tronches de motivés et faciès d’exaltés. Un délicieux frisson canaille réjouit tout le monde.
Cette Bass Mutants Invasion est donc une coproduction des nordistes de Stryktniks et des parisiens de BudBurnerz (via Broken Legz). Le rêve d’export de français à l’étroit dans une scène délabrée marque des points, et là, on n’est pas dans le teknival en Italie ni dans la free en Belgique - bien que le périphérique de Bruxelles confère à la fin du trajet un air de route mystique ravivant des souvenirs de teufs perdues à l’époque d’avant les téléphones portables.
Le son tranche. Le volume est élevé. Les enceintes en rappel interdisent l’idée d’une échappatoire. Deux lasers verts balayent la foule en automatique. L’arrivée tardive fait du set d’AK47 le premier de la soirée. A 1h30 du matin, il n’a déjà plus d’égards pour l’éventualité de montée en douceur du dancefloor. Les tubes old school sont embrochés avec frénésie. Les trajectoires désordonnées des atomisés devant les enceintes témoignent de la bousculade en cours dans les esprits. Installé à l’aise dans le registre « quand-y-en-a-plus-y-en-a-encore », le DJ des BudBurnerz savate Mokum et Nasenbluten en faisant faire la course à ses faders. Spirales mentales au pouvoir de torsion élevé à la rencontre de cerveaux rendus disponibles : Energy tonight.

Manu le Malin, alors, Manu le Malin. Introduisant son set par quelques phases de scratch témoignant de progrès récents, le Jésus-du-dark montre vite son côté poseur d’ambiance. Jamais en reste de gimmicks accrocheurs (taper du doigt sur un vinyle pour en sortir des « poc poc » et autres manipulations de DJ international) et la coolitude plein le gros jack, il repart à basse vitesse le long des pages d’une antébible HC dont son set fera la lecture. Trèèèès industriel ce soir. Nombres de gicleries dancefloor des plus métalliques tailladeront les jeunes cerveaux (l’ambiance est très neurone) avant que certain sens de l’abstraction sombre s’empare du cœur du set en disloquant les voies connues de la facilité et de la teuf à moindre frais. Et, lorsque tout le monde eut bien pataugé dans des basses qui down qui under, une rythmique dansable et toujours lente reprend le dessus, contresignant le passage de l’iconique Manu.

Jappo scratche aussi... et l’on se vautre dans du gros HC bourriniste (flash d’hippopotames prenant un bain de boue), ambiance frontale. Séquences métalliques échappées d’un Enzyme K7 5 ou d’un Lethal Insanity 2 (son auteur le jouant partout où il passe, évidemment) maniées à la tankiste et charges dancefloor au mid-tempo affûté ravivent la piste de danse, de laquelle dépassent des bras levés. Jappo délivre une puissance s’accommodant peu d’atermoiements et c’est à la truelle qu’il empile les tracks, quelques passe-passe techniques évitant le trop-plein. Gare au gorille : Unexist dans la place et ça gicle sur les murs.
En parlant de giclures, le flot n’était pas parti pour s’arrêter. Les lives arrivent ; trois sont programmés à la suite. Mouais. A voir (on a vu). Le live BudBurnerz est connu pour balancer du saugrenu avec décontraction, et on ne sera pas déçu. Démarrage à 140 bpm. Une techno correctement dégénérée (on ne se refait pas) raffraîchit l’attention de l’assistance, jusqu’ici pas trop mal violentée. La vitesse reprend ses droits au fur et à mesure que les nappes se chargent de liquéfier la résistance du public à un hardcore dépassant les 200 bpm. Les breakbeats truffant généralement les œuvres des parisiens sont excusés pour cette nuit. La linéarité rythmique abasourdit son monde. Du kick et du synthé. Les modulations de celui-ci sont suffisamment chargées en maniaquerie mentale pour que l’on y entende le travail du sculpteur en direct. Le dernier tiers du dancefloor, celui du fond, là où stationnent les attentions flottantes, est disloqué. Des types bondissent en courant, où l’inverse. D’autres font les cent pas avec un air de ne pas trop savoir. D’autres prennent la fuite. L’exaction durera jusqu’à la fin : les BudBurnerz étaient là ce soir pour essorer un dancefloor largement au-delà des 200 bpm. Malmenage rigolard de dancemachine trippée : le beau visage de la décadence hardcore se remontre.

Peut-être qu’on s’était dit un peu hâtivement que la prestation des sagouins parisiens marquerait le summum de la nuit, au vu de la haute teneur en vilenie de leur live et de l’état hésitant des survivants. Et, comme un miracle du genre n’arrivant que dans les évènements raffinés, Ybrid va enterrer tout le monde avec son live. Joueuse comme pas deux, elle déverse en sens unique un joli petit lot de rythmiques abusives enchâssées dans des fréquences blanches au medium bien tranchant. Carnassière et enjôleuse ; brutale et musicale ; douce puis sauvage ; harmonieuse et déchirante. Boucan d’enfer. Les nappes atmosphériques entendues lors de prestations précédentes ont été délaissées au profit de l’emballement général. La sorcière drague au coin du bois et expédie ses proies dans le monde parallèle, là où s’accroît la puissance des philtres. Donc, vers 210 bpm, la déraison s’invite avec un fracas terrible dans le crâne atomisé de ceux qui croyaient en avoir entendu rayon core. Ybrid déménage. Elle raaaaaaacle ! Le reste du plateau, désolé les hommes, n’est plus qu’un alignement de petits zizis. Pas mollo sur le destroy. Le live de la caennaise est magnifiquement dérangeant. Et les danseurs goûtent en plein cet instant privilégié. Tout le monde, dans la salle, rend honneur à la Princesse Hardcore. Ybrid : mégagrave.
Sur ces entrefaites, Krapo, co-organisateur de cette désormais mémorable réunion de coristes, termine les festivités avec un live faisant la part belle à la danse de ce qui reste de neurones. C’est balancé avec ferveur et c’est avec la joie des saccages bien faits au cœur et dans la tête que se termine cette Invasion.
Quand elle fait rimer en musique attentat et hardcore, une soirée est savoureusement cathartique (comme ils disent).
Dronnzz