Line-up
Beter kom je niet
00:00 - 00:00 : MC : Syco
20:00 - 21:00 : Mobius
20:00 - 21:00 : Mortis
21:00 - 22:00 : Lunatic
21:00 - 22:00 : Miss Hysteria
22:00 - 23:00 : D-Spirit
23:00 - 00:00 : J.D.A.
00:00 - 01:00 : Neophyte
01:00 - 01:20 : Accelarator
01:20 - 02:10 : Nosferatu
02:10 - 03:00 : Partyraiser
03:00 - 03:30 : Noize Suppressor
03:30 - 04:30 : Tommyknocker
04:30 - 05:30 : Endymion
05:30 - 06:00 : Angerfist
06:00 - 07:00 : Radium
07:00 - 08:00 : Jappo
07:00 - 08:00 : Unexist
Beter donker dan licht
00:00 - 00:00 : MC : Double T
21:00 - 21:45 : Relbmut
21:45 - 22:30 : Eek
22:30 - 23:30 : DaY-már
23:30 - 00:30 : D-Passion
00:30 - 01:30 : Hamunaptra
01:30 - 02:30 : Simon Underground
02:30 - 03:30 : DNA DJ-Team
02:30 - 03:30 : E-Noid
02:30 - 03:30 : Negative A
03:30 - 04:30 : The DJ Producer
04:30 - 05:20 : Catscan
05:20 - 05:50 : Destroyer
05:50 - 06:40 : Tieum
06:40 - 07:30 : Joshua (Fr)
Beter hard of niet
21:00 - 22:00 : Reiner
22:00 - 23:00 : Hellboy
23:00 - 23:30 : Tirans from TerrorVille
23:30 - 00:30 : D-Cursed
00:30 - 01:30 : Bonehead
01:30 - 02:30 : The Vizitor
02:30 - 03:30 : Noizefucker
03:30 - 04:30 : Angernoizer
03:30 - 04:30 : Vageman
04:30 - 05:30 : Plague
05:30 - 06:00 : Noisekick
06:00 - 07:00 : Smurf

La présence du bus rouge des sauveurs des âmes perdus missionnés par le Christ en face du Happy Dayzzz étaye la thèse qu’en Hollande, l’industrie du hardcore est si bien rôdée qu’elle prévoit une aire d’atterrissage où pourront aller s’échouer les esprits faibles fracassés par, euh, les décibels.
Culemborg peut être une petite ville du centre de la Hollande, sa boîte de nuit pouvant accueillir 3000 personnes relève de l’équipement standard de toute petite ville hollandaise qui se respecte. Pression acoustique en béton très armé, lasers perçants et strobos féroces dans la salle principale, dames pipi quadragénaires cachant mal leur passé (pas passé) de hard-rockeuses, barmaids communiquant en langage des signes (les kicks en tungstène laissant peu de place à l’échange verbal), tout est en place. Le niveau de paysannerie du public - on est en province - explique qu’il soit relativement amorphe... et qu’ici plus que chez les beatniks d’Amsterdam fleurissent des survivances d’un passé avec lequel la scène hardcore hollandaise se débat encore. Car si la soirée est bien garnie en terrorheads (BKJN étant une organisation réputée pour ses évènements durs et pointus), elle est aussi parsemée de wannabes skinheads de 12 ans qui se la jouent aussi durs que ce que leur permet la chimie à l’œuvre dans leur cerveau mou. Beaucoup d’attitude, moins de coolitude.
DaY-már est une des mamans à la mode. Hargneuse et tatouée, la moue boudeuse vissée aux lèvres charnues et aussi brune que Korsakoff est blonde, elle manie d’un poignet ferme hits Enzyme et darkeries variées. Ca monte, tant mieux, ça descend, pourquoi pas, mais ça finit par redescendre aussi souvent que ça monte. Inégale donc et pas vraiment en phase avec un public encore un peu désorienté pour foncer tête baissée dans une fin du monde que tout le monde attend. Le son est encore approximatif : il est réglé pour bien sonner dans une salle pleine, pour bien donner au contact de la résistance compacte offerte par une foule dansant en rangs serrés. Apéritif pas indigeste, sans plus.
Le bon gars c’est JDA. Moitié de Shadowlands Terroristz (dont il jouera le « Still Standing Strong »), il agite sa corpulence ^in Diesel style à l’aise avec son statut de bon DJ hollandais de deuxième catégorie. Quelques hits, quelques nouveautés pas trop méchantes : il tient sa baraque à frites avec simplicité. Le minimum technique est au rendez-vous mais pas de débordements. Voilà bien quelqu’un qui sait rester dans les rangs sans chercher à empiéter sur le terrain des démonteurs de dancefloor qui s’annoncent, Nosferatu en premier lieu.
Les impératifs économiques entraînant que Neophyte (Jeroen Streunding) se produise en DJ plus souvent qu’en live ne servent pas l’ambiance de feu des soirées. Enchaîneur de hits plutôt que retourneur de dancefloor, l’un des parrains de la scène hollandaise aligne sans effort apparent et avec une bonhomie qu’autorise son statut le « How Much Can You Take (Catscan rmx » de Body Lotion (à savoir lui-même) avec d’autres classiques du HC mainstream hollandais. La surprise réside en sa présence dans une soirée pas vraiment gabber. Le reste est aussi peu excitant que la déclaration de revenus d’un artiste plus à sa place en studio que derrière les platines en soirée.
Mille fois hélas Nosferatu ne viendra pas - et ne sera pas excusé - et son set sera remplacé par un ping-pong entre JDA et un caleur sorti du rang. Un JDA assisté d’un sbire ne vaut évidemment pas la vache sacrée Nosferatu, mais le « Pussy Motherfuckerz » d’Endymion fait office d’amuse gueule au milieu d’une sélection grasse gavée de samples gutturaux. La table est mise, les bonnes bouteilles, ouvertes à l’avance, se sont bien oxygénées et les meilleures victuailles ont été servies. Tout est en place pour le festin : une foule suffisamment nombreuse et de noir vêtu (grosse percée des t-shirt DNA en ce début 2006) pour offrir une résistance cohérente au son dégueulé dans tous les coins de la salle, des repères visuels rabaissés au niveau du parquet par moult lasers en miradors, et une sévère emprise du kick sur tout ce qui moufte (peu jouent les fiers).

L’insatiable ! L’instoppable ! Le massacreur de faders, l’exécuteur des breaks ! La vilaine bête ! Da Partyraisaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! Partyraiser est un Terminator et dépèce chaque track pour s’en approprier les meilleures séquences et les transférer sur la palette de sa volonté de nuire. Puis, balançant des giclées de kick linéaire à la gueule d’un dancefloor asservi réclamant l’estocade au coin de chacune de ses morts, il rempile façon cubiste prêchant un hédonisme digital débridé les couches de rythmique selon un ordonnancement scintillant d’une évidence toute sidérale. Le « Generation X » du DNA 20 et quelques autres Dioneries sont autant de revers de mains assénés à une foule possédée et rendue au rang de bête se complaisant dans sa propre bave. L’empereur du kick disto fanatise les troupes sans abandonner son sourire poupin et sa gestuelle évoquant qui l’hippopotame s’ébrouant, qui le marteau-pilon pilonnant. La précision au service du paganisme ou l’inverse : le bestiau est un monstre technique dont chaque phase de mix est un hymne grandiloquent à la gloire du massacre du love. Il en a en réserve : tout son set appelle le dancefloor (qui bien que vite mis à terre ne manque pas de se précipiter) à le rejoindre sur le ring pour faire joujou. L’extermination est candide. Les derniers tracks précipitent le mix vers les 210-220 bpm et laissent pantelant un parterre qui mettra quelques sets à s’en remettre.
Eh oui, Noize Suppressor peut tenter les effets de manche, il récupère un dancefloor assommé. Et ce ne sont pas les trop classiques voire franchement sages tracks de hardcore-gabber qu’il débite qui changeront grand-chose. En d’autres temps, Noize Suppressor était un duo italien à même de ciseler un son personnel : hardcore italien clinquant lorgnant parfois sur le rococo certes, mais à l’efficacité jamais prise en défaut, et capable de quelques semi-tubes respectables. En solo, c’est un faiseur-copieur dont l’inspiration est sacrifiée au bénéfice des influences hollandaises. Efficace mais impersonnel car entendu 1000 fois.
Tommyknocker est sans vergogne. Métronomique dans sa sélection : un track sur deux est de lui. Pas qu’on s’en plaigne, même si les statistiques établies soirée après soirée attestent que le procédé est systématique. Le « Revolution 2004 » et consorts tiennent le coup face à la déferlante de tracks hollandais. Cette nuit, Tommyknocker est décidé : levage de bras sur tous les breaks, airs travaillés de voyou je-suis-né-dans-la-rue, assemblage à la truelle de morceaux lourds et pas méchants : la franche simplicité du homeboy de Traxtorm remet en jambes un dancefloor entre deux eaux. Un peu d’hymnes et de mélodies remettent un peu d’ordre dans les pelages ébouriffés et injectent de la couleur dans un environnement très noir et nuances de terror.
Catscan a pendant longtemps joué des mix d’une saine fraîcheur. Mais nouvelle manière, œil menaçant et virilité exaltée, il canarde désormais des tracks retors pliant promptement les cerveaux en quatre. Démarrage hardtechno NL après Producer qui avait fini 70bpm plus haut. Et très vite l’effet Catscan : si les phases de mix sont antispectaculaires au possible (notable dans un pays dont la plupart des DJ se lancent dans une course à la technique secondée par une gestuelle mafieuse), leur à-propos n’est jamais pris en défaut : il est ici question de virgules mentales acérées articulant des tracks pas peu pourvus en charge mentales (eux aussi). La froide mécanique d’un mix aussi implacable que sobre se déroule pour le plaisir d’un dancefloor aux yeux fermés. Le Catscan côté sombre est industriel et revenu de tout. De temps à autres, il lève lentement les bras et stigmatise du regard le public qui lui fait face. What else ? Froid. Cold as ice. Le Catscan buriné existe.
Une sorte de masochisme pousse à revenir dans le creuset de l’agonie, à savoir la salle principale (dans laquelle le son solidifie l’air). Angerfist au démarrage : les deux masques de hockey sous capuche noire (sortes de moines maudits) dévoilent benoîtement quelques séquences hip-hop. Gros son. Les jalons d’une saine ambiance de haine urbaine vomie sont convenablement posés. Lors, la mécanique Angerfist peut être actionnée. Le kick, rentré avec bonhomie à 160 bpm, est mat. En contretemps s’arriment des éclats de voix qui chez le live tiennent souvent lieu d’aigus. Par d’occultes gestuelles pratiquées sur leurs machines, Chouchou et Loulou enfilent les séquences pour une progression toute en saccades. Une boucle tournant seule est susceptible de se voir asséner une rythmique tournant 10 ou 20 bpm plus haut que la précédente. De plus en plus kick disto au fil des prestations, délaissant les atours gabber pour s’enfoncer avec complaisance dans un son terror mental dévastateur, Angerfist satanise les masses genre grand banditisme psychique. Alors que la barre des 250 bpm est allègrement franchie, le « Raise your fists » se fait entendre et ce sont quelques dizaines de paires de poings qui succèdent aux majeurs dressés ayant copieusement assaisonné toute la prestation. Défenestration speedcore-breakcore : rarement 30 minutes avaient duré aussi longtemps. Angerfist polit son concept d’ultimate fighting hardcore pour le plus grand bonheur des ennemis du happy, du cheese et de tout bon sentiment dans la musique. Les productions vinyles ne sont pas vraiment à l’avenant mais qu’importe : en live, c’est décapant.

Volontiers donné pour foutu chez lui (nul n’est prophète...), Radium rappellera ce soir qui c’est le boss. Fort d’un tracklisting 100% The Netherlands - les PKG clonés et autres Neurotoxic photocopiés sont loin, très loin - celui qui demeure le meilleur DJ hardcore français construit avec la belle patience d’un homme de l’art un mix bétonfunk au pétage de gueule millimétrique. La fameuse précision de Radium fait mal et chaque track en rajoute dans la démonte. Quelques cuts font plonger le mix dans l’abîme des fréquences en chausse-trappes. Le « Generation X » d’E-Noid & Negative A brâme pour la troisième fois de la soirée (ce serait un tube, donc) pas tellement longtemps après le « Project Hardcore (Pro Evolution mix) » de Nosferatu&Endymion vs The Viper feat MC Alee (ouf). Si Radium mixe avec les deux mains une affaire plutôt carrée, c’est pour défier aussitôt les lois de la géométrie en changeant la valeur des angles droits qui la composent. Tellurique et minimaliste, avoineur fulgurant... Et droit dans ses faders. Le dabe est encore en place.
La grosse baffe est pas passée loin. Savent encore faire tendu, les hollandais.
Va encore falloir se traîner jusqu’à la sortie... C’est où, au fait ?
Dronnzz