Pourquoi ce nom “Bombardier” ? En Français le terme fait référence à un avion de guerre...
C’est aussi la personne qui coordonne le lâcher des bombes. A l’origine l’idée vient des vieux cartoons Heavy Metal, où un équipage de soldats squelettes pilotaient un avion de la seconde guerre mondiale. Je dessinais des visages de soldats squelettes partout à l’époque où j’ai du trouver un pseudo pour la musique. C’était un thème persistant dans mes dessins. D’autres noms auxquels j’avais pensé étaient « The Exorcist » et « Hostage ». Je travaillais avec des samples de l’Exorciste mais je me suis dit que ce nom n’aurait pas de longévité. Comme pour « Hostage », ça sonnait familier. J’aimais le nom, à tel point que j’ai signé l’artwork de mon premier disque (le Crapshoot #5) comme ça.
Mais heureusement mon frère Nate m’a rappelé qu’ « Hostage » était aussi le nom d’un groupe de glam rock local de chez nous en Iowa. C’est pour ça que ça me semblait familier. J’ai immédiatement laissé tomber Hostage et Bombardier s’est imposé à la place.
Qu’est-ce qui t’as poussé vers l’électronique dur ?
La première fois que j’ai entendu du hardcore gabber, c’était quelques jours après le réveillon de 1995. Je conduisais en direction de Chicago avec deux potes et ils ont mis la K7 d’une démo de Delta 9. J’ai été scié en entendant combien ça sonnait rapide et agressif. C’était choquant, tellement ouvertement démoniaque que j’ai pensé que ça devrait être déclaré hors-la-loi et censuré. Donc évidement, ça m’a instantanément plu. J’ai acheté une boîte à rythme quelques mois après et commencé à essayer de faire mon propre hardcore.

Quelles étaient tes principales influences à ce moment là ?
Delta 9, évidemment, dans la mesure où c’est le premier hardcore gabber que j’ai entendu. J’étais aussi exposé à des cassettes d’hard-acid en provenance de Milwaukee. Principalement des artistes et DJ’s de Drop Bass : Jethrox, Jeddiah, Mr.Bill, ainsi que d’autres producteurs hardcore comme dj Tron et Mark Newlands. Début 1995 j’ai aussi entendu de la jungle pour la première fois, là encore à Chicago. J’ai été très impressionné par la complexité des rythmes et la présence de la basse. Les grosses basslines dans ma musique viennent clairement de là. Mon autre influence majeure a clairement été Marty Frank, le fondateur du label Low Res, qui produisait sous les noms de Davros et Abelcain. La première fois que j’ai entendu sa musique, j’ai su immédiatement qu’il comprendrait la vision que j’avais en tête. Il était déjà en train de faire de la musique qui commençait à peine à être conceptualisée. Il est l’un des esprits les plus brillants de la musique dark. Pas seulement des DJ tracks, mais de la vraie musique, des morceaux avec des mouvements et de la présence. Je ne pourrais jamais en dire assez sur l’influence à long terme qu’il a eu sur ma musique.
Peux-tu nous en dire plus sur tes différentes activités musicales ?
Je vais continuer à travailler avec Low Res Records et D13 (Division Thirteen NDLR). J’ai aussi fait beaucoup de choses pour Eupholus Records, musicalement et artistiquement, et je vais continuer. Récemment j’ai pris tout ce que j’avais appris du hardcore et l’ai transposé à la techno (130-140 bpm) en utilisant cette esthétique hardcore (vibration sombre et menaçante, hurlements etc) dans un format techno. Ca donne une techno très agressive.
Comment décrire ta musique ? Quelque chose entre hardcore, breakcore, industriel et noise ?
Je fais différents genres de musique, ça dépend du track. J’ai fait du gabber, de la techno hardcore, de la musique industrielle, de l’ambient, de la drum n’bass, du breakcore. Si je devais décrire mon son dans sa globalité je dirais : dur, sale et électronique.
Quel genre de musique te rend malade en ce moment ?
L’IDM très propre, glitchy, composée avec des softwares
Comment te sens-tu quand tu fais un live ?
Enervé et « parti », si tout se passe bien. J’espère pouvoir continuer à en faire.
Tu cries toujours dans un micro pendant tes lives ?
Pas toujours. J’emmène souvent un micro et décide une fois sur place si je vais l’utiliser ou non. Ca dépend des vibrations de la soirées. Mes deux sets favoris où j’ai hurlé dedans sont le TRUST festival à l’été 2002, et le SIN festival en été 2001. J’ai enregistré ces deux sets et les ai mélangé pour faire la cinquième sortie de D13 « Bombardier Live ». La photo sur la pochette vient d’un show plus vieux en Iowa durant l’été 2000.

Quel équipement utilises-tu pour faire ta musique ?
Une boite à rythme Roland R8 mkII
Des synthés Novation BassStation et Super BassStation
Un séquenceur Roland MC-50 mkII
Un Roland JV-880
Un sampler AKAI S01
Et une pléthore de pédales d’effets Boss et Electro Harmonix
Il semble donc que tu sois l’un des derniers mohicans à refuser d’utiliser un ordinateur. Es-tu réfractaire ou est-ce juste que les machines sont plus adaptées à ta façon de travailler ?
Le hardware est en phase avec les sons que je créé et la façon dont je compose. Le bourdonnement des vieilles pédales, les sons « vagues », le feedback en boucle dans la console. Ces choses là pourraient être imitées avec un ordinateur, mais quand tu utilises du hardware tu laisses une porte ouverte au hasard et aux sons accidentels. Se brancher sur la mauvaise pédale, laisser le micro allumé pendant une session et enregistrer un beau bruit dans la chambre, ce genre de trucs. Triturer des vrais potards, brancher de vrais câbles, c’est une expérience tactile que je ne voudrais pas abandonner contre des clicks et des glissements à la souris.
Je fais aussi beaucoup de travaux multimédias sur ordinateur, alors l’idée de passer encore plus de temps devant un écran est un cauchemar. Je me tiens d’autant plus à l’écart de la production sur ordinateur que j’ai commencé à travailler avec des vrais instruments et des vocaux.
Je viens juste d’écouter « VII », ton album sur Eupholus. Qu’est-ce que tu visais en faisant référence aux sept péchés capitaux ? Quelle est l’idée derrière ?
Ca a commencé sous la forme d’une session de jam de trois semaines avec la Novation BassStation et le Roland R8. J’étais inspiré par l’ajout de plusieurs pédales analogiques Electro Harmonix dans mon studio. Le résultat, ce sont ces sonorités électroniques atmosphériques et hallucinogènes. Chacune est devenue une exploration auditive d’un des péchés mortels. Il n’y avait pas de plan secret ou de signification quand je me suis assis la première fois pour faire ces morceaux. J’ai appliqué le thème des péchés en cours de route pour donner un contexte aux sons que j’étais entrain de créer.
Sur cet album tu la joues plus calme que d’habitude. C’est un travail plus personnel que les autres ?
Le côté plus atmosphérique vient des pédales Electro Harmonix. La façon dont elles changent le son de la BassStation est terrible. Quand j’ai entendu juste une petit aperçu de ce qu’elles pouvaient faire, j’ai passé des journées entières à envoyer toutes sortes de synthés et de percussions à travers elles. Les convulsions, hurlements, contorsions et dépravations des sons m’ont complètement inspiré.

Quels musiciens/compositeurs t’ont vraiment mis une claque récemment ?
Tarmvred. Le meilleur producteur que j’ai entendu depuis des années.
Il aura seulement fallu quelques années aux Etats-Unis pour devenir le pays qui produit le plus de musique électronique "hard". Pourquoi ? La jeunesse américaine est-elle si traumatisée ?
Tu penses que les jeunes américains sont plus en colère que les européens ? Je n’avais pas réalisé qu’ils l’étaient. Il y a plein de raisons d’être énervé ici, politiquement parlant, mais j’imagine qu’il y en a autant d’être dégoûté ailleurs.
Comment l’audience réagit-elle à tes lives le plus souvent ?
Après un show à Winnipeg, un type s’est ramené et m’a dit « C’est le truc le plus énervé que j’ai jamais entendu ». Je pense que c’était un compliment Peut-être juste une observation.
Y a-t-il une dimension politique dans ce que tu fais ?
La plupart du temps, non. Ca tourne davantage autour de thèmes plus généraux sur l’humain. Les titres des morceaux le résument bien : « Sickness », « Betrayal », « Schizophrenia », « Bleed ». Ils ne sont pas assez précis pour exprimer une position politique. Cependant, après le 11 Septembre à New York, tout s’est politisé, que l’artiste le veuille ou non. C’est ce qui s’est passé avec l’artwork que j’ai fait à cette époque pour « Hiroshima », la troisième sortie de D13. La musique n’est toujours pas finalisée, mais le thème original vient de l’émotion suscitée par le 11 Septembre et de l’ambiance de guerre qui régnait ici à New York.
Quels sont tes projets dans un futur proche ? et plus largement, comment penses-tu que ta musique va évoluer ?
Les instruments live et les vocaux semblent être la direction que prend ma musique depuis six mois. J’ai acheté une guitare et fait la bande originale d’un film en ligne intitulé Forest Grove (http://www.forestgroveestates.com/). On a été sélectionné pour le festival Sundance, donc ça va être une bonne exposition. Il n’y a rien d’électronique ou de hardcore dans la musique. Juste des guitares mélancoliques. C’est complètement nouveau pour moi. Mais je travaille toujours sur des choses hardcore avec la chanteuse Laura Morgan sous le nom From Nowhere. Elle aime les beats que je produis et j’adore travailler avec sa voix, donc nous avons commencé à faire des morceaux industriels ensemble. J’ai rarement trouvé des gens qui veulent que la musique soit aussi distordue que je la fais, donc c’est un cadeau pour moi de travailler avec elle.

Le public européen peut-il espérer te voir jouer un jour par ici ?
Probablement. Quel genre de musique je jouerai à cette occasion, je n’en sais rien.
Que pouvons-nous te souhaiter de mieux pour les années à venir ?
Plus de travail avec From Nowhere. Plus de musique et de B.O de film. Et plus d’électronique expérimentale. Ce que je peux espérer le plus, c’est de garder le goût de l’expérimentation et de rester ouvert aux nouveaux sons.
Discographie :
Black Monolith 004 (split avec Deadsector)
Eupholus 06
Low Res 003
Album cd "violence" sur Vinyl Communication
Dyslexic Response 02
Album cd "Excommunicated" sur Division 13
Ghetto Safari 07 (Bombardier versus Ed Turbin)
Divison 13.005 (Bombardier Live)
Album Cdr "VII" (Eupholus CD4/Divison 13.007)
+ des morceaux sur Crippled Children 01, Hangars Liquides 09, Addict 004, Low Res 006...
Rei Ichido