Starring : Baboon, Stereotommy, Günter Saxenhammer (UK), 10Jonk-T, Les Tontons Flingueurs aka Helius Zhamiq vs AXM, DJ Tense (USA), Lawrencium, Coreback, Molok.
La scène speedcore française s’étant trouvée récemment ragaillardie par une nouvelle hype (définitivement salis par quelque autocomplaisante corruption, hard techno et hardcore n’auraient su retenir certains publics qui avide de frisson canaille, qui en soif de revendications pures et dures, qui en mal de souffrances audio-cérébrales avérées), il reviendrait aux K-Bal, historiques tenants d’une grosse ligne dure, d’expliquer que le speedcore n’est pas fait pour servir de ciment à une micro-scène confite dans son nombrilisme mais bien pour coller la fessée à tout ce qui a des oreilles, de la fraîche petite à peine majeure au vieux punk desséché, dans un chaleureux esprit festif dénué de la moindre pose gargarisante.
Autrement dit : les K-Bal, ils prennent la mode, ils la retournent, ils l’enfilent, la surenfilent, la contrenfilent. Il s’en passera du temps, avant que les ambitieux ne détrônent les barons. Cuisante fessée. Aïe.
La Grange à Musique autorise toutes les convivialités. Cour de récré décadente, elle est décorée de canons de tanks, de drapeaux américains et d’un « K » enchâssé entre les mâchoires d’une tête de mort sculptée dans le ciment (sérieuse affaire due à un Stereotommy complètement dedicated). Baboon ayant œuvré à des préliminaires punko-breakcoro-apéritif (à vos souhaits), Stereotommy se colle aux platines, avec l’air de la souris aux prises avec un crotale. Saura-t-on jamais quel langage lui tiennent les tourne-disques pour que s’affiche sur son visage cet air hypnotisé, toujours est-il que les tracks hardcore tendance gabba speedé passent mieux sur les faders que l’arsenal break bloodyfistisant que l’on attend jamais très longtemps quand Monsieur la Gueule d’Ange a le pitch en mains. Le temps n’est pas loin ou Stereotommy distinguera les tracks qu’il aime écouter de ceux qu’il mixe le mieux (le gabber est une accueillante maison pour les âmes perdues). Par ailleurs, cela fait longtemps qu’on est à 240 bpm. Classiques hardcore 90’s télescopent ruades breaks, on s’apprête à se faire fustiger : le public est venu pour manger.

Günter Saxenhammer, venu d’Angleterre comme son nom l’indique, mixe en début de set et à la suite deux tracks du Napalm 4, genre. Les cuts liminaires annoncent un style incisif à l’aise dans le rebrousse-poil. Les kicks disparaissent parfois au profit de boucles déchirantes dessinant rapidement les contours d’une marmite d’énergie : l’appel aux cerveaux est lancé. Un mix mental n’est pas fait que de l’enchaînement de tracks un peu gratte-cortex. Un cut audacieux déverrouille quelques résistances, l’agression s’insinue plein les aigus et quand le kick reprend, s’affichent sur les gueules masochistes le plaisir de s’être fait retourner. L’ami Günter, roi de la prise à revers, a le dark froid et le speed posé. Entre gros hardcore et aperçus speedcore, le pince-sans-rire du crossfader nappe le fil de son rasoir d’un jusqu’au-boutisme n’ayant pas besoin des vitesses extrêmes pour asservir son dancefloor. Moult grands écarts rythmiques donnent de l’élan à de généreuses mandales. L’anglois joue la gamme d’un registre sado-maso idéal. Il est très tôt, il est très beau.
10Jonk-T peut encore compter sur l’énergie à peine entamée d’un dancefloor décidé à s’annihiler en beauté, sur lequel s’agitent jeunes filles en fleur et verts jouvenceaux, déterminés à savoir de quoi on parle à propos de speedcore. Le militantisme a rendu les K-Bal glamour, faut-il croire. Le liver travaille un axe hardcore tendu. L’énergie et la spontanéité collent de près une linéarité permettant la remise en jambe. Une séquence est proprement dépecée ; ses restes accommodent la plage suivante. Quelques longueurs en milieu de set - rares sont les lives longs en bouche. Les angles saillants des articulations creusent de sombres profondeurs ; le noir est foncé. Le final de la prestation tourne au fracas. Ramasser le propos augmentera la puissance de feu d’un live prometteur, dernier bastion hardcore avant que le Speedcore Imperator s’approprie définitivement une salle chauffée à blanc.

Nul doute que ce duo formé par Helius Zhamiq et AXM, dits Les Tontons Flingueurs, soit une affaire de poseurs. Huit platines (six vinyles et deux CD), arf arf. Bientôt ils installeront une platine pour chacun de leurs gros testicules... et quelques grammes de promotion suffiraient à envoyer ce show sur les routes de l’Europe speedcore. Le « Radioactivity » de Kraftwerk lance sa mélodie - back 2 the source. Des portes s’ouvrent. La salle se raidit et ne moufte plus. Une chaleureuse boucle techno fait décoller le morceau, la pop electro lumineuse laisse la place à une répétitivité rampante. Attention mix méchant. Le duo a l’exécution désormais précise. La mise à sac est un art qui se rôde. Les lascars ont bossé leur affaire. Finies les approximations qu’on voulait bien prendre pour des coquetteries. Les rôles sont répartis, la complicité lubrifie les mécanismes d’une performance virant dare-dare au noise à tous les étages. Le dancefloor est saisi. Personne ne bouge vraiment. Le bruit est ici en Maître. La leçon est administrée fréquence après fréquence. Bonjour la politique du pire. Chaque saillie audible pourrait passer pour le pic du spectacle si elle n’était pas dissoute dans l’horreur qui la suit. Tout ne tient que par le cœur que mettent à l’ouvrage Dupont et Dupond, tous d’amour. Par delà le bien et le mal, Helius Zhamiq et Axiom agitent le cadavre démantibulé de leurs rêves 90’s pour le plaisir d’un public pas très âgé à la mort de Kurt Cobain. La rave est-elle valable sans sa charge utopique ? Le dancefloor, assis ou debout, a le KO propret. Mangez, mangez, il y en aura toujours plus que ce que vos petits cerveaux pourront contenir - et pourtant l’auditoire est poli comme s’il avait peur de rater une seule miette de la prestation, au cas où ça ne se reproduirait plus (on leur a tellement expliqué que la rave était un truc facilement foutu).
Il y a donc comme un gros bang. Et les yeux de la tête de mort sculptée d’un bloc s’éclairent de rouge d’un flamboiement venu de l’intérieur.
Il fallait bien un DJ Tense pour reprendre en main le champ de ruines. Le new-yorkais, en quelques tracks, indiquera clairement la distinction entre un enchaînement de morceaux bien mixés et un DJ mix. Trop souvent le speedcore est asséné, sous le prétexte de l’extrémisme d’artistes trouvant parfois dans le mur des bpm un rempart pour leur timidité. Mais ici, un maître est à l’œuvre. Tense, donc, commence à 150 bpm avec quelques tracks hardcore-indus répétitifs, sans que personne ne s’en plaigne. Les phases de mix sont acérées. Précision, précision. Et cette satisfaction d’assister à la prise en main d’un dancefloor par un DJ familier de l’échange d’énergie. La Grange à Musique laissée pantelante par la vilenie des Tontons Flingueurs voit surgir un nouveau rythme, surgissant des cendres de ses velléités de début de soirée. La masse s’invente un groove, assistée d’un Bobby Tense très agile de la maïeutique musicale. La prise en main étant avérée, le new-yorkais grimpe désormais dans les tours et alterne ruades de kicks et breaks sataniques. En effet les ruptures de ton sont ici non pas des passages subis mais des plages aménagées. Le speedcore prend des couleurs diverses, et il n’est de vitesse qui ne soit sous-tendue d’un groove rieur incitant à la franche rigolade. Tant pis pour ceux qui verraient dans le speedcore une affaire sérieuse aussi crédible (ha ha) qu’elle serait indansable (ha ha ha). Ici ça festoie, le temps est suspendu, quelques cerveaux ont perdu leur pucelage. DJ Tense drive, Bobby cute, usine, avoine, aligne, percute, rassemble, déjoue, amène, défenestre, se pose, repart et sélectionne du gros track à longueur de set. Il maîtrise dur, Bobby. Gros kif couronnant une bonne série de gros kifs.

Sur ces entrefaites, l’appel du large se fait entendre. Lawrencium, Coreback et Molok se débrouilleront avec les survivants.
Les K-Bal sont de petits garnements.
Les indices s’accumulent : la musique des tourne-disques n’aurait pas tout dit, donc.
Gn.
Dronnzz