/recherche : /netlabel /forum /contact /sommaire

/interviews
/chroniques
/reportages
/playlists
/dossiers
/signal parasite

/artiste(s) :
- Crossbones
/interviews récentes :
- Radium
- Neokoros
- Helius Zhamiq
- Randy
- The Rapist
- Miro
- Entity
- Bombardier
- Geroyche
- Stella Michelson aka Mouse

Crossbones Sound System

 

Ils accumulent les machines vintages à l’heure du tout-pc ; ils usent et abusent de sonorités déjà décrétées old school en 95 ; ils sont passés maitres en rythmiques martiales au pays du break ; ils se produisent dans les squats et les teknivals alors que leur musique chante les louanges de la RAVE à l’ancienne... Le sound system Crossbones est une anomalie, un bug dans la matrice. Une entité heavy-rave/doomcore qui chie la classe.

D’où cette interview des trois artistes-membres permanents du collectif : John/Face Hoover, Jim/Kenny Kramp & Lea/Rave Enforcer (avec 19 fois le mot "rave")

Signal-Zero : Quelle est l’histoire derrière Crossbones ? Comment tout ça a-t-il commencé et que faisiez-vous avant ?

Kenny Kramp  : Avant que Crossbones ne démarre, j’étais deejay depuis 1992 et j’avais déjà joué pour PLanetFm90.1 ou à la World War 4, What Planet Are You On ?, aux soirées Dead by Dawn de Praxis & à Hellraiser (Londres), ainsi qu’à de nombreuses fêtes en plein air avec un ami (Grunt sound system). Quand mon pote a du arrêter d’organiser des soirées pour raisons familiales et que la scène gabber londonienne a commencé à se désintégrer, j’ai décidé de continuer seul en lançant Crossbones.

Rave Enforcer : ...et c’est là que j’ai rencontré Jim à une petite fête organisée en 1996. A cette époque j’avais quasiment arrêté de sortir en rave car, comme Jim l’a dit, la scène hardcore était morte. Plus moyen d’écouter du hardcore nulle part. En discutant ensemble, on a réalisé qu’on avait des gouts très proches en matière de musique (on avait exactement les mêmes disques !) et que nous voulions tous les deux mettre un coup de pied au cul à la scène gabber. Il avait besoin de quelqu’un pour l’aider et tout le truc est parti de là. On a commencé à monter quelques teufs ensembles et très vite, John nous a rejoint.

Face Hoover  : Quand j’ai rencontré Jim & Lea en 1997, je mixais depuis quelques années et j’étais déjà un habitué des fêtes gabber et des squat parties depuis 93-94. Peu de temps après notre rencontre, on a envahi cet énorme hangar sur Beachy road à Hackney (Londres). On avait rameuté d’autres sound systems pour monter une rave là-dedans. Environ 1000 personnes sont venues, ce fut un très gros succès.

KK : ...du coup on a fini par faire treize fêtes dans le même bâtiment cet été là. Des gens rappliquaient de toute l’Europe.

R.E : La plus grosse a rassemblé 3000 personnes. Grâce à ça, Crossbones est devenu une figure reconnue du circuit des fêtes illégales à Londres.

FH : Donc on a continué les parties semaine après semaine. Notre sound sytem a grossi au fur et à mesure et plein de gens nous ont suivi. Le hardcore était revenu sur la carte de Londres...et comme on dit, le reste appartient à l’histoire.

Où étiez-vous pendant le summer of love et l’age d’or du hardcore old school anglais ?

KK : Pendant l’été 1989, je trainais avec mon frère et un ami pendant que nos mères travaillaient. On passait la plupart de nos journées à écouter Public Enemy, NWA et Acid Trax, et à siphonner des reservoirs d’essence pour faire sauter des trucs ! L’été 91-92, je l’ai passé en rave comme tout le monde, dans des endroits comme Castlemorton. C’était le bon temps !

FH : en 91-92, j’étais encore guitariste dans un groupe de metal ! Même si j’étais déjà relativement familier de la musique rave à cette époque, je n’étais pas ce qu’on pourrait appeler un ’raver’...ça c’est venu un ou deux ans plus tard.

RE : J’étais en Angleterre et je bougeais en rave presque tous les week-ends..la première que j’ai faite était organisée par les Fear Teachers durant l’été 1991.

Quel fut le premier morceau de techno qui arriva jusqu’à vos oreilles et quel sentiment vous inspira-t-il ??

FH : c’est difficile de répondre avec précision, mais je pense que c’était probablement T 99 - « Anastasia » ou « Android » de Prodigy.

KK : c’est une question difficile parcequ’à un moment donné il n’y avait rien et l’instant d’après : c’était partout !

RE : C’était Quadrophonia. Je l’ai entendu en rave et ça sonnait fabuleusement.

A quoi ressemble une party Crossbones (spot, public, atmosphère, deco...) ? Vous faites de la musique rave, mais pas forcement des rave parties n’est-ce pas ?

FH : Ca dépend...quand on faisait des fêtes illégales dans les squats londoniens, la salle était généralement dans un coin sombre avec peu de déco, quelques toiles faites à la maison etc... L’endroit variait souvent : des bureaux, des hangars, des champs, des maisons et toute sorte d’endroits abandonnés. Dur de te dire à quoi ça ressemblait parceque c’était différent à chaque fois !

KK : C’est dur à définir parceque ça change à chaque coup. On doit tout monter rapidement. Récemment on a posé dans une carrière à Dorset. Il y avait seulement du son et quelques lumières, mais le public et l’atmosphère étaient hallucinants.

RE : J’aime à penser que les parties Crossbones ressemblent et se vivent comme une VRAIE RAVE - un gros mur de son qui envoie de la rave music !

Le son rave anglais a toujours été très axé breakbeat. Mais vos tracks semblent plus influencés par le hardcore de Frankfurt et la vieille techno belge. N’est-ce pas troublant ?

FH : Oui notre son est plus influencé par FFM et le hardcore belge car c’est ce qu’on a toujours préféré. On a jamais été dans les trucs breakbeat anglais, car ils utilisent tous les mêmes formules chiantes et sonnent à l’identique.

KK : La majorité de la musique anglaise est, pour parler clairement, de la merde !

RE : C’est la musique qu’on aime depuis toujours, donc notre son est naturellement influencé par ça.

Beaucoup de gens se demandent d’où sortent les sons raves typiques (comme le fameux "hoover")...Qu’est-ce que vous leur répondez et pouvez-vous nous parler un peu de votre studio, manière de bosser etc ? Qu’est-ce qui insuffle selon vous ce gros feeling rave dans votre musique ?

KK : Généralement la plupart des gens me demandent plutôt comment faire de la drum n’bass, à quoi je réponds par une autre question : "how do you fuck yourself ?". On a monté un studio dans notre maison avec un pote et il y a beaucoup de jouets (Virus KB & Indigo, Novation A Station, D Station & Super Bass Station, Jomox Xbass 09 etc), mais mes favoris sont le Roland Jupiter 6 et mon Roland SH09. Je l’ai depuis pas loin de 10 ans et l’ai utilisé dans presque tous mes morceaux. Quand il rendra l’âme et ira au paradis j’aimerais le rejoindre !

FH : Le son ’hoover’ peut être généré par de nombreux synthétiseurs analogiques différents. Nous utilisons le Roland SH-09, Jupiter 6, System 100 Model 101, JP8000 & Juno 106 etc. Tu ne peux pas battre le son d’un vrai synthé analogique. Ils ont un son vraiment chaud et pur qu’un sampler ou un ordinateur ne peuvent imiter. Je dirais que c’est ça qui donne cette couleur rave à nos morceaux. La configuration de nos studios est très old school comparée à ce qu’on voit de nos jours, et c’est ce qui donne à notre son sa personnalité, car les vieilles méthodes sont encore les meilleures ! Quand on travaillle en studio, on part d’une idée vocale, ou en jouant un son ou un riff qui nous plait sur un ou plusieurs synthétiseurs. Ensuite on ajoute les sons de boite à rythme et généralement le reste vient tout seul.

RE : Beaucoup de sons raves peuvent être créés de plein de manières différentes... mais le coté rave c’est avant tout une histoire d’âme, c’est de là que vient le feeling rave dans notre musique.

Votre top 5 tout styles/toutes époques confondus :

FH : C’est pas évident parcequ’il faut choisir parmi une énorme masse de titres, mais je vais tenter :

The Mover - Frontal Sickness Part 1 & 2

Joey Beltram - My Sound

Mescalinum United - We Have Arrived R&S ’92 remixes

Black Sabbath - Black Sabbath

Slayer - Reign In Blood

KK :

Insider - Tryout - TO001 - Music Man - 1992

ISQ 150-190 - Hot Trax - 1992

Incubus - The Spirit - 80 Aum - 1991

Mover & Rave Creator - Rave The Planet - LOST 7 - 1994

La plupart des premiers Rotterdam Records 1992-1993

RE :

The Mover - Waves of Life

Program 1 - Betrayer

Final Exposure - Vortex

Rhythm is Rhythm - Strings of Life

Hypnotizer - Things to Come 006

Si vous étiez invités à jouer à la prochaine Love-Parade, iriez-vous ? Si oui, décrivez le char Crossbones idéal...

KK : Hmmm... peut-être, je ne sais pas trop. Si j’avais un char, il serait équipé de fusils à air comprimé pour shooter les ’fluffy trancers’ ! Il y aurait aussi un bar plein de vodka et de whisky ainsi que des pétards chinois à balancer dans la foule.. oh, et rajoute des jolies jeunes filles nues (évidement). Je pense que cette réponse devrait nous permettre de ne jamais être invités !

RE : Moi je pense que ce serait cool d’avoir un char avec de la musique décente et le plus gros sound system disponible.

FH : yeah... mon char idéal je le vois avec un sound system énorme et des tonnes de boisson.

Quelles sont les spécificités de chacun de vos labels : Crossbones, Rave Frontier et Last Tomorrow ?

FH : Last Tomorrow (qui est aujourd’hui mort) était notre label doomcore, représentatif du son Crossbones de l’époque, c’est-à-dire de ce que tu pouvais entendre à nos raves de 1997 à 2000...C’était du doomcore sombre et sale pour endroits sombres et sales. Le thème principal tournait autour des tensions millénaristes, et de ce fait il n’a jamais été question que ça continue après le 31 Décembre 1999 à 23h59- même si ça a été un peu le cas ?!?!

KK : Ouais, Last Tomorrow était un avertissement pour le monde, et il a dit tout ce qu’il avait à dire ! Rave Frontier est apparu comme un label qui nous permettrait d’expérimenter sur la base de nouvelles idées et des sons old school qu’on aime, mais maintenant il a migré vers des territoires plus ’intelligent hardcore’ et techno je pense.

FH : ...et Crossbones c’est notre label gabber, qui colle plus au son hardcore actuel. Son style musical a le potentiel pour être plus varié que les autres, mais il est essentiellement destiné à du hardcore dancefloor plus rapide, et aussi à sortir d’autres artistes qu’on apprécie.

Qui aimeriez-vous voir le plus remixer un de vos tracks ?

FH : Comme on peut s’y attendre, ce serait Miro ou The Mover.

KK : Ca ne me préoccupe pas trop... Il y en a quelques uns que j’ai l’intention de remixer moi-même (quand je bougerai mon cul), mais si quelqu’un d’autre veut, qu’il ne se gène pas !

RE : The Mover.

Quel disque de votre catalogue vous conseilleriez à quelqu’un qui veut se faire une idée du son Crossbones ?

FH : Je pense que les deux Fruit of the Doom donnent un bon aperçu des styles que nous couvrons.

KK : Global Collapse EP - LT9903

RE : Fruit of the Doom Chapter I & II.

A quoi consacrez-vous votre temps quand vous ne faites pas de musique ?

FH : Je bosse dur pour gérer les labels, la distro et la mail order (phuturerave). J’écoute aussi beaucoup de death metal et je vais à toutes sortes de fêtes et de concerts.

KK : J’aime être en vrac, prendre des drogues et me laisser guider par ma queue. J’aime aussi sortir avec mes potes pour trouver ou créer du bordel. Qu’est-ce que tu fais toi ?

RE : Comme pleins de gens, je vais travailler, j’écoute de la musique, je me bourre la gueule et je fume de la weed. Je passe aussi du temps à entretenir le sound system et planifier la prochaine rave.

Quel était votre film préféré étant mômes ?

FH : La vie de Brian des Monty’s Pythons je crois !?!?

KK : L’Empire contre-attaque

RE : Star Wars.

Etes-vous d’un tempérament aussi doom que votre musique ou plutôt une clique de gais lurons ?

FH : En général je suis quelqu’un de relativement joyeux, mais on a tous nos moments pas vrai ?

KK : Ca dépend du genre de merdes que j’entends aux infos ou qui se produisent dans ma propre vie ou dans celle de ma famille et de mes amis.

RE : Non, je suis pire ! Mais je suis à mon degrès maximum de bonne humeur quand le hardcore jaillit des enceintes à une de nos teufs.

Dans quels pays vendez-vous le plus ?

FH : La France, suivie de la Hollande, l’Allemagne et l’Angleterre...

KK : Je ne sais pas vraiment. Je ne m’occupe pas plus que ça des ventes. Une fois qu’un disque est pressé et dans les bacs, je l’oublie et je réfléchis au prochain.

RE : C’est en France qu’on vend le plus.

Vous avez d’ailleurs joué en France plusieurs fois. Quel bilan en faites-vous ? Y a-t-il des producteurs/djs français que vous aimez vraiment ? Comment sont les Françaises ?

FH : J’adore jouer en France. Le public est vraiment à fond dans la musique. Les ravers ont l’esprit ouvert et arrivent à apprécier notre style qui est sensiblement différent de la norme je suppose ! Les producteurs français que je respecte sont Manu le Malin et Al Ferox. J’ai aussi vu The Hacker faire des sets démentiels, et pareil pour Manu bien sur !

KK : J’ai de très très bons souvenirs de la France et j’aimerais y revenir. Le producteur que j’aime le plus c’est Dr.Macabre, rien que pour Ghost stories...pour les djs ce serait Manu le Malin et Hibou que je trouve tous les deux excellents. Les nanas à la soirée Goliath à Mulhouse il ya deux ans comptent parmi les plus belles que j’ai jamais vues...Je n’arrivais pas à fixer mes yeux quelque part.

RE : J’ai toujours vécu de bonnes expériences en France. J’aime Manu le Malin en tant que dj et musicien... et les françaises sont DECHAINEES !

Face Hoover est derrière le Mask 04, non ?

FH : Faux ! Bon disque néanmoins !

Que doit-on attendre de vous dans un avenir proche ?

KK : On a pas mal de trucs qui sortent en ce moment. Mais je ne vais pas te dire tout ce qui va arriver, tu vas devoir trouver par toi-même !

FH : Le RFR0005 (Kenny Kramp) & le PRV002 (The Chicken Farmer) viennent juste de sortir, ainsi que le BONES005 (Peter File). Les BONES006 (Face Hoover) & RFR006 (Floorkiller Project) devraient débarquer en septembre...



Dr Venkman

Site web : http://www.crossbones.co.uk/

 

  Publication de l'article :
 
Eté 2003

/copyright /sommaire /signal zero e-zine 1999/2005