Helius Zhamiq, car c’est lui qui essaye de se cacher derrière le grotesque “DJ Korrigan”, fait une sorte de coming-out en sortant un EP bien éloigné du speedcore saccageur ayant établi sa renommée dans moult cerveaux pas encore remis. Pour sauver la réputation des collègues de K-Bal (des durs), il publie sur un nouveau label de la maison Artskorps (la maison mère des velus précités), Maro Trumm, trois tracks dont l’alléchant “Industrimetrik”. Une face en 33 tours et à 143 bpm d’une hard-techno industrielle aux ponctuations mentales rappelant que l’auteur est amateur de plongées intérieures jamais innocentes. Si une seconde paraît le spectre de DJs jouant le morceau en 45, c’est que toute cette délicatesse confine à la gracilité cristalline. Le musicien abandonne les déchirades noisecore pour étaler le long de cette plage des sonorités spectrales appelant à une visite des limbes. Pas de rythmique alambiquée comme chez les industrieux de la bande à Promo. Rien qu’une pulsation faisant monter en neige le greige de lambeaux de karma encore destinés à pourrir quelques milliers d’années entre deux dimensions avant que leurs propriétaires initiaux finissent par se réincarner en bouches d’égout. Splendide éclat de mélancolie au goût d’éternité.
A côté, “Gabbatrak” et “Thunder” font forcément moins finis. Malgré son titre et sa rythmique jumpy, le premier ne décolle pas d’un canevas crissant dissolvant quelques saines bases du hardcore dans le jus de cortex. Dommage que les pistes franchement trippy envisagées ici et là ne soient pas plus poussées. Nous nous eussions alors régalés d’un indus tordu portant pour de bon la marque d’obsessions que l’on ne fait qu’entr’apercevoir. “Thunder” roule des épaules mécaniques tout en cultivant une déstructuration formelle l’empêchant lui aussi d’être confondu, ne serait-ce que de loin, avec quelque préciosité hollandaise. On parle ici d’un genre à peu près oublié, jusqu’au-boutiste dans ses partis-pris mentaux, dont les formes rappellent ce que le hardcore de free party allait simplifier jusqu’à la caricature après avoir cru voir un sens dans tout cela. Récit de menées psychiques terribles lorgnant vers un breakcore n’ayant pas nié l’idée de plaisir, “Thunder”, s’il ne culmine pas dans les hauteurs d’un “Industrimetrik”, fait se toucher jeux du cirque et religiosité du rapport au son.
Helius Zhamiq, sorte de s’il n’en restait qu’un.
Dronnzz