Non content de produire un doomcore parmi les plus rudes du marché (tendance mystico-dark premier degrés plus que mélancolico-maussade), la secte de
Frankfurt Main plus connue sous le nom de Dark Invaders lance son propre label
avec une première sortie entendant prouver que le doom ne plafonne pas
forcement à 140 ouvertures de sépultures per minute.
Ici on danse davantage du coté de l’école Nordcore/Kotzaak 200
poum-tchak-poum-tchak-poum-tchak échevelé. Quatre morceaux que les bougres
jouaient déjà en live en 2002 et qui figuraient sur diverses compiles Operation
Nordcore sans encore avoir été inscrits dans la cire. C’était péché.
"Temple of Eternal Night" et une descente vers les marches les plus basses du
Grand Tout dont les Allemands détiennent la carte depuis quelques aeons. Un thème de nappe
fantomatique aux contours oscillants habille un bon passage à tabac kick-snare. Viens flotter avec nous Dany... .
"Blood God", son décorum à la Clive Barker, sa trame minimale et hautement
mixable, ses synth-stabs misanthropiques, son absence totale de " pt’its sons
chelous qui l’font bien " : précieux et rare.
Face b :
"Mudvain", c’est le morceau sur lequel ils font semble-t-il éteindre toutes les
lumières en live. Sûrement pour mieux laisser la malsaine mélodie rougeoyer
dans les abîmes de la basse. Là encore pas de gros pieds gabba filtré mais des
impulsions raides. Pas de fioritures plug-ineuses qui ruineraient l’esprit
intemporel des morceaux, mais des ténèbres grondantes pour les plans strobe et
fumée d’Outre-Rhin.
"The Final" laisse des grincements hitchcockiens annoncer l’horreur pour mieux
actionner un kick pumpin’ rapide (230 bpm, quand même) et obstinément droit.
Dans
pareil contexte le dit pied sonne tout sauf mielleux, surtout avec la fanfare
909 qui trépigne par dessus, m’enfin, espérons quand même que le crew S-G-C ne
va pas se chopper une passion pour le "terror" (mon cul !) à la française sur
le modèle de leurs concitoyens dj Stahlin and co. Pour l’heure il y a encore de
la marge, beaucoup de marge : les tracks ont tous en commun un climat grave,
tendu, qui n’est jamais dédramatisé par tel ou tel effet "teuf" (ce qui ne sous-entend en aucun cas un manque de patate). A une époque de hardcore aussi
narratif qu’un manuel de carte-son, on dit juste : merci.
Dommage que la
stratégie du Phuture Rave 3 par les mêmes envahisseurs (une face lente/une face
speed) n’ait été abandonnée au profit du galop intégral. En attendant on tient là l’un des rares disques actuels capables de prolonger en mix l’ambiance des plus
effroyables Jack Lucifer.
Dr Venkman