Dj Hidden est le partenaire d’Eye-D au sein de The Outside Agency. Il est aussi l’un des meilleurs concepteurs de drum n’bass dure en activité, si tant est que le terme drum n’bass soit encore pertinent : l’interaction basse/percussions n’est plus vraiment le principal ressort créatif de toute cette nouvelle vague enfin affranchie de l’hégémonie anglaise.
Sa nouvelle sortie sur la subdvision du label hollandais Ruff-teck (avatar break du bon vieux Ruffneck) renvoie directement aux meilleures productions des années 90. Deux morceaux fleuves qui prennent leur temps pour installer une putain d’atmosfear (longues intros, breaks anxieux) et s’avancent sur un lit de breakbeats minutieusement détaillés.
"Ghost Story" lève le rideau sur un sample du petit thème malsain qui précède l’ouverture de l’Arche Perdue, et la libération des Entités Destructrices emprisonnées à l’intérieur. Les Entités Destructrices, ici, sont un gargouillis simili-analogique et un mugissement de synthé qui se répondent en loop. Peu chargé, mais c’est pour mieux laisser se dérouler les assauts rythmiques de première bourre. A sa façon Hidden renoue avec la complexité controlée (dansable-mixable) de la D’n’B d’avant le rollin’relou et les beats bloqués en mode 2-step aussi monotones qu’un pied droit sans en avoir l’énergie primaire. A presque 4 minutes, la vraie basse déchire le grand break dans une odeur d’ozone. Une nouvelle rythmique plus violente déboule. Sa texture a ce côté "batteur en impro sur des poubelles en fer" à vous faire sauter la cervelle. Trashcan beatzzz miam miam.
La face B s’intitule "The Surface".
« I’ve never seen the surface » déplore une voix de femme avant que ne se défiltre la tempete kick+snare. La première partie du morceau caresse les sommets atteints par Source Direct en leur époque. Darkjungle de sous-sol à la programmation rythmique assassine. Breaks ninjas. Déplacements intelligents. C’est feutré. Mais menaçant. Les drones ambient soutiennent la narration. La basse se fait attendre (c’est bien). D’autant que Hidden, qui visiblement a décidé de nous pondre un disque anti-clichetons, substitue au sempiternelle riff sur trois notes (quatre pour les virtuoses) ce qui ressemble à un bassdrum gabber baveux, ralenti et retourné. Ca évoque la pénible remontée vers la surface de quelqu’un ou quelque chose qui s’extrait d’un puit de boue. Une reptation par accoups. Et quand le titre colle non pas juste au sample vocal, mais à toute l’ambiance d’un morceau -et semble même avoir déterminé le choix des sons- c’est souvent la marque d’un track narratif abouti à souhait. Comme sur "Ghost Story", un nouveau rythme plus tapageur prend le relai à ce stade, avec quand même toutes les savantes variations qui chient la classe. Jusqu’aux roulements de "batterie" accréditant la thèse "drum n’bass des années 2000 = nouveau heavy metal"... (parallèle moins bidon qu’avec le hardcore, lorsque l’on se penche sur la production -et parfois le parcours- des Technical Itch, Diesel Boy, Black Sun Empire, Concorde Dawn et consorts).
En tout cas la composition des deux titres impressionne. Atmosphères et beats sont fastueux. Dans un premier temps, disons déjà que tout cela ressemble à ce que pourrait être idéalement la darkstep, ce sous-genre aux contours un peu flous. Belle plaque.
Dr Venkman