Fifth Era est un doomkommando précieux. En voilà qui ne craignent pas de sacrifier la rhétorique festive et les effets de style pour rester purs dans le glauque, l’austérité de monastère, le dépouillement anémique. Au point parfois d’accoucher de tracks à l’arrière-goût d’inachevé. Mais c’est aussi ce radicalisme si-t’aimes-pas-casse-toi qui rend leur HC au tracker si foutrement, si sinistrement charismatique. Si un Reign ou certains Nordcore relèvent du plus bel art gothique, les F.E font dans le roman. En fait leur cas est intéressant parcequ’ils comptent parmi les seuls à se revendiquer explicitement du genre dit doomcore, et à s’y consacrer totalement (on ne parle pas de tous ces trucs darkgabber à 160 qui, s’ils sont parfois très valables, n’invoquent pas du tout les mêmes énergies).
Le 14 est un bon cru. Clairement l’une des meilleures sorties des Anglais, sous la forme d’un fourtracker dont trois titres sont des collaborations et le quatrième - le meilleur- un remix.
A1 résulte d’un versus avec Rave-c’est qui çui là ?-Reprisal. Tempo techno pris de raideur cadavérique. Des aigus lugubres de conte de Grimm et un climat global tout à fait déliquescent. Lovely.
A2. Fifth Era vs. Darkside : même paysage désolé pour une dynamique un peu plus dancefloor. Les synthés rampants s’entrecroisent, se répondent dans un mouvement de balancier hypnotique, macabre. Des plaintes de l’au-delà + du delay sur chaque piste = prends ton ticket pour les lost zones.
Sur l’autre face, le titre avec FaceHoover (X-bones) est un bon compromis entre le style des deux projets. La sévérité morose des maitres de maison et les boites à rythmes à la The Mover de l’invité (Face Hoover, The Mover... le nom est déjà une révérence). Ambiance ultra-solennelle de procession mortuaire striée de stabs séquencés façon martiale. Du solide et bien foutu, mais pas non plus le blitzkrieg qu’on pouvait espérer d’une telle rencontre.
Enfin le remix du "5 minutes after the pill" de Slavefriese enfonce l’original, notamment en nimbant l’excellent thème principal d’une aura de delay : mélancolie et profondeur des lumières mortes à portée de diamant. Ah, et en fond résonne une cloche d’église (ça, on sait qu’il n’y a rien de mieux pour poser une ambiance depuis le "For Whom the Bell Tolls" de Metallica...).
Partout les pieds sont durs et travaillés. Ca late dans un pessimisme total. Une plaque comme il en sort rarement, en vérité. Cette année les amateurs de vrai doomcore ont droit aussi à leur Noël.
Dr Venkman