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Ghosttown - 22/05/2006 - Vechtsebanen, Utrecht (NL)

 

Ghosttown
22/05/2006
Vechtsebanen
Utrecht
The Netherlands

La Hollande a beau accueillir encore aujourd’hui, et chaque putain de week-end, des parties dont on oserait même pas rêver ici (au moins niveau infrastructure), le mythe de l’âge d’or propre à toute scène de plus de 3 ans d’age y sévit aussi. On ne s’étonnera pas qu’une subculture aussi attentive à sa propre fierté ne blague pas avec son histoire et ses fondateurs ...

Les Ghosttown sont les grosses raves old school de référence, renommées pour leur excellente ambiance (la rencontre de la nostalgie et du dancefloor engendre toujours une énergie très particulière) et pour leur capacité à déterrer des live acts légendaires à chaque édition.

Ce soir là, l’organisation Dance2Eden a donc raccordé le vaste gymnase d’une base de loisirs dans la banlieue d’Utrecht aux mystérieux couloirs du temps. Direction les années 1993-1997 pour une célébration se voulant à l’ancienne.

Plein la gueule dès l’entrée : un écran géant taille multiplexe encadré de néons dont la couleur s’accorde à celle des lumières diffuse des visuels très Donjons&Dragons sortis d’une vieille pub Thunderdome. Une grosse réverbération de hangar prolonge les kicks préhistoriques de 909 surgonflée : aller-simple pour les ravin’nineties. Vince a descendu les bacs poussiéreux du grenier et scratche des « back to the old school » et « relive the past » par dessus un déroulé d’anthems gabba et transcore obligés. La foule encore clairsemée exulte sur le « First Rebirth » des Belges Jones & Stephenson (bookés d’ailleurs à une précédente Ghosttown).

Dans la petite salle, dédiée à la rave old school pas exclusivement hardcore mais euro-techno, Darkraver prend les (trois) platines et le micro pour un cours d’histoire qui prendra presque toute la nuit. Le son est poussé si fort que le seuil de douleur est atteint à cinq mètres des enceintes. Il joue de la "house" au sens large d’avant l’explosion du noyau rave en diverses constellations stylistiques qui n’ont aujourd’hui plus grand-chose à se dire. Un set fleuve au petit goût de paradis perdu donc. Techno belge proto-gabber, trance d’avant la trance, UK hardcore gavé de divas extatiques, riff mentasm et ondulations de 303 jusqu’à l’overdose. Du cheesy décomplexé (Ramirez, Fierce Ruling Diva...) mais aussi Robert Armani, Cybersonik ou The Mover. Darkraver, du haut de ses quinze ans de carrière, connaît autre chose que le catalogue MOH. La salle est vite blindée de trentenaires vétérans tout sourire bien loin des poses gabber-pitbulls. En Hollande chaque organisation a son public et Ghosttown est semble-t-il une enclave à part, capable de mobiliser des ravers qui ne foutraient plus les pieds ailleurs (et puis les baby-sitters sont chères de nos jours). Même dans la salle principale, le public est nettement plus cosmopolite que la moyenne NL, ce qui n’est pas désagréable.

La grande arène justement, est drivée tour à tour par les deux deejays résidents des Ghosttown, Paraliser et Petrov. La technique est parfois bancale mais la playlist remplit son contrat pour le bonheur des old school lovers. Diantre que ça sentait la bricole à l’époque, mais diantre que c’était frais et intense dans le même temps... La hakke à quelques dizaines de BPM au-delà des monolithiques 170 actuels est encore plus contre-nature, encore plus dingue visuellement. Car nous voilà revenus à l’époque où le compteur HC affichait 200 - 210 de moyenne et souvent plus. Mokum, Rotterdam Records, Bloody Cow, Bonzai, Simstim, Ruffneck... Si les balles d’époque côtoient d’autres disques bien à leur place dans les poubelles de l’histoire, l’écueil happycore dégueulasse est globalement évité. A vrai dire, tout ça rappelle furieusement les sets de Laurent Hô et Liza n’Eliaz du milieu de la décennie passée, avant que tout ne s’industrialo-mentalise, gagnant en maturité ce qui fut perdu en fun et énergie pure.

« It’s a very special moment » prévient le MC à l’issue du dernier disque de Petrov. C’est le live de Human Resource, projet eurorave hollandais à l’origine de deux classiques d’entre les classiques : l’excellent « Dominator » (1991 sur 80 Aum et R&S) et le navrant « Fuck Them » (1994 sur K.N.O.R).

Deux danseuses-amazones peu vêtues assurent le show sous les rafales de stabs extatiques. Les lasers s’affolent, le MC en fait des tonnes, mais tout cela n’aura la portée anthologique attendue qu’à de brefs moments du live. On a vu des come- backs plus impressionnants (cf N-Joi à Londres !) et quand « Dominator » résonne enfin dans le hangar, c’est sous la forme d’un remix new style bien pâle à coté de l’original qui, avec des sons rachitiques en comparaison, sonne toujours bien plus radical. La suite est de ces moments qui viennent nous rappeler qu’il y a vraiment quelquechose de spécial dans ce pays. Le grand Patrick van Kerckhoven aka Dj Ruffneck prend le relais. Il est peut-être le meilleur producteur hardcore hollandais depuis plus d’une décennie, touche à tout génial derrière Ruffneck (meilleur label early hardcore et de loin), Gangsta Audiovisuals et maintenant Enzyme. Wedlock c’était lui, Asylum c’était lui. Aussi à l’aise aux commandes d’une gabberrave fondamentaliste que sur la scène drum n’bass internationale quand lui en prend l’envie. Ce soir il est venu rappeler à ses compatriotes que Ruffneck était bien ce monstrueux label qui emmena le gabber à un degrés d’intensité hypercinétique rarement ressentie depuis, n’hésitant pas à intégrer l’acidcore, le breakbeat et des influences ragga hip hop dans une longue liste de tubes E-normes qui retournèrent jusqu’aux premiers teknivals français. Poses de B-boy et gestuelle déchaine-les-masses, DJ Ruffneck nous balance le catalogue du même nom. Le patch de synthé caractéristique de ses productions, déclinés en riffs démoniaques et tortueux, déchire l’air comme la foudre.

La nuit bascule.

En dix minutes, les gradins se vident et le dancefloor entre en fusion. On saute avec une bande de vieux gabbers édentés en survêt et Air Max qui doivent se payer là un sacré flashback. « Acid Rain », « Got 2 be a Ruffneck », « Ganjaman », « I’m the Fuck U Man » enchaînés à la nerveuse, montée sur montée. Trop de light, trop de son, trop d’euphorie régressive. TROP. Paul Elstak, le grand parrain de la scène, vient le rejoindre en ping pong et en gesticulations. Les deux énergumènes sautent en synchro parfaite à 20 cm du sol, haranguent les premiers rangs, miment de dénigrer ce que passe l’autre pour caler une plaque plus épique encore quand vient leur tour. Elstak se jette dans la foule, prend tout le monde dans ses bras (les danseurs se bousculent pour le rejoindre) et fait acclamer un gabber en fauteuil roulant avant de retourner aux platines comme un diable de Tazmanie (sans jeu de mot). Quand la réalité rejoint l’utopie, c’est simplement beau.

Second live act de la nuit. Marc Acardipane accompagné de The Ultimate MC « joue » les vieux anthems PCP calibrés pour le marché hollandais. We are slaves to the rave. C’est efficace mais sans surprise tant les titres restent les mêmes depuis 97. Surtout que la vraie magie pécépienne rayonne dans bien d’autres morceaux, peut-être moins accessibles, que les habituels « Hardcore Motherfucker » (« I’m totally and entirely on his dick » fait scander le MC à la population féminine de la salle qui ne se fait pas prier), « Stereo Murder » et « I like it Loud ». L’accueil est étrangement mitigé alors même que la MPC 2000 restitue un à un des hymnes traditionnellement repris en chœur dans les fêtes locales depuis dix ans. Pourquoi pas ce soir ? Décidément, certaines subtilités culturelles nous échappent encore. Une petite surprise quand même : un passage dancehall rave tellurique retient l’attention et casse la marche 4*4. C’est minimal, violent et sexy à la fois. « This is the sound of the future » commente le MC. Acardipane préparerait-il quelque chose dans ce registre ou bien fallait-il juste comprendre "this is the sound of the phuture ?". Le bruit de radio qu’on règle de l’intro de « 6 millions ways to die » vient mettre un terme à ces interrogations essentielles. Pour le coup, le tube bourrin made in FFM réveille tout le monde. Ca secoue et ça crie. Acclamation sur le larsen final. Ce n’était donc qu’une question de tempo.

Silence, puis la marche impériale de Star Wars s’élève du sound system. Tous les lasers s’allument, fixes. Paul Elstak prend le micro et se lance dans un discours mi-anglais mi-hollandais d’où il ressort qu’il rend hommage à sa scène-toujours-là-après-tant-d’années sur le mode « Hardcore will never die ». La foule est ravie...et bien remontée pour le set de Dano, autre gardien millénaire des vraies valeurs de la rave nordique.

Avec lui la barre des 240 est vite atteinte en un vortex de Mokum speedés (mais les bons) et de chœurs synthétiques chantant l’armageddon. Le « My uzi weight a ton » d’Annihilator met à nouveau tout le monde sur orbite, le light show est hors-contrôle. Les rivages du speedcore se précisent de disque en disque et les gradins accueillent leurs premiers bataillons de cadavres avachis, dont nous sommes. L’occasion de se délecter encore un peu de l’un des plus beaux spectacles non naturels qui soient : un vaste dancefloor noyé sous des éventails lasers pris d’une incontrôlable frénésie. C’est le moment d’aller mettre à l’abri ce qui nous reste de rétines, de jambes et d’oreilles avant l’arrivée de Rob Gee.



Dr Venkman

Site web : http://www.ghosttown.nl/

 

  Publication de l'article :
 
Juillet 2006

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