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Giscard Le Survivant

 

Entrant dans la catégorie "découvert par hasard au détour d’un clic" et portant un pseudonyme hors du commun, Giscard le survivant a immédiatement attiré l’attention de signal zero - le webzine qui ne refuse pas les ménages.

Entre recherche sonore, dancefloor post 70’s et R’n’r analogique sous acid, GLS fleure bon le home studio en surchauffe. Rencontre avec un artiste qui décline fermement toute proposition de cohérence.

Signal-zero : Giscard le survivant doit-il être considéré comme un projet parallèle d’un historien facétieux, comme un défouloir ou comme une dénonciation des années de plomb que furent le septennat Giscard ?

Giscard le survivant : C’est plutôt la troisième proposition qu’il faut retenir. Ceci dit, si je tends à remettre en valeur par mes titres différents aspects politiques, culturels et sociaux des années 1970, ce n’est pas parce qu’elles sont les pires (et bien sûr encore moins les meilleures). Les années 1950 ou 1990 n’ont rien à leur envier. Beaucoup de choses ont pris corps à cette époque (l’écologie ou le libéralisme actuel dans lequel nous pataugeons) et nombreuses sont celles également dont ce fut irrémédiablement le début de la fin (ainsi le communisme ou la morale chrétienne). Giscard le Survivant est par ailleurs aussi un défouloir et, si je ne suis pas historien, je suis totalement facétieux (avec une fleur qui jette de l’eau à la boutonnière et un paquet de chewing-gum tapette).

S-Z : A quel moment de ton parcours musical as tu décidé de revisiter les années Giscard ? Quel age avais tu au moment ou régnais l’empereur de chamaliere ?

GLS : J’ai décidé de revisiter les années Giscard à partir du moment où, décidant de me lancer dans l’électronique grâce à l’aide du musicien électronique Zythum (projet solo d’un membre de 5 Minutes Of Chiasse) et d’un ami rétrogameur, j’ai choisi en 2001 ce pseudonyme, que j’avais pris de manière excentrique par contre-pied à tous les pseudonymes sérieux et futuristes qui règnent dans l’électronique (exemple : Spacetime Continuum, Chaos as Shelter, Mourmansk 150, Fast Forward, etc. ; il en existe par milliers et je ne le critique d’ailleurs pas). Je n’avais pas encore deux ans lorsque l’ami Valoche entra en fonction. J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour cette époque colorée (par rapport à la froideur des années 1980). Peut-être est-ce normal, on est souvent attiré par le contexte de sa prime jeunesse. Giscard représente pour moi la rin ! gardise franchouille, classe, grasse, attachante, méchante, pollueuse et amnésique, un peu celle qui traverse les personnages de Sautet ou Yves Robert. N’oublions pas non plus que les années 1970 sont celles où exerça Lupin III alias Edgar de la Cambriole, le génialissime héros japonais, et ça, da kiffe bonbon...

S-Z : Ta discographie sous ce pseudonyme est déjà assez étoffée. Peux tu nous faire un déscriptif rapide des précédentes sorties et nous expliquer le cheminement musical qu’a suivi GLS.

GLS : Elle est étoffée façon de parler car c’est nettement moins compliqué de produire de la musique dans les styles électroniques que dans les genres instrumentaux classiques (ce qui ne veut pas dire que j’en fais à la louche non plus). J’ai commencé donc sous ce nom en 2001, année où paraît une première démo sans titre, pas toujours très réussie soit dit en passant. Deux morceaux d’icelle font partie de la compilation Halte Au Sketch ! (Ragondins Mondains). Elle est suivie d’une seconde plus aboutie et qui est reprise par le label parisien Mechanoise Labs sous le nom de Seul contre le Programme Commun. Une troisième démo (Champion de l’Europe richarde) ainsi qu’une quatrième un peu plus rythmée (J’irai dîner un jour chez un pompier français) sortent dans le premier semestre 2002. Vers Noël naît, après la visite des Tro ! is Rois Mages, Bains de diamants, cuisseaux d’enfants, cinquième démo bokassomorphe, peut-être la plus aride. En 2003, faisant suite à une contribution à la compilation industrielle Like music to their ears (vol. 1, Mechanoise Labs), l’aventure se poursuit avec une rafale de trois nouveaux CD-R d’une heure (durée moyenne de la démo giscardienne), soit Guerre de Jugurtha contre la Bande à Basile, Opération Plan Barre et Par le pouvoir du feu auverpin ! (laquelle commence à peine à être distribuée, faut le temps d’écouler, nom d’un vin cacheté !). Parallèlement Giscard le Survivant se met en combine avec l’incroyable 60’s-bastard-popeur dénommé le Vieux Thorax pour créer un split CD chez Ragondins Mondains. 12 titres qui résonnent comme une goutte d’eau usée venant s’abîmer sur le fond pur et cristallin d’une bouteille de Volvic de l’ère primaire, une explosion d’ancienneté auvergnate et pulmonaire. Enfin, trente ans après son entrée en fonction ! , le Président qui a survécu prépare un album trois pouces chez 3 Patt es Rds tandis que sera mis au monde, non sans douleur, cet autre skeud intitulé Les sept dernières paroles du Christ en caisse, où l’on verra que religion, politique et boisson ne font pas si bon ménage que cela. Sa présence est pour finir signalée dans plusieurs compilations, aussi obscures les unes que les autres (3 Pattes encore, Ebe Rds). N’en jetez plus !

Quant au cheminement musical giscardien, il n’est à vrai dire pas clair pour son propre géniteur. Je suis attiré par la déformation et la nouveauté, j’aime bien casser et mal reconstruire afin que rien ne file plus droit et que soient révélés la beauté du disgracieux, la joliesse du désagréable, le terre-à-terre humoristique de la froideur sonore. Je ne me reconnais à la vérité dans aucune scène proprement dite, même si j’ai malgré moi acquis au fil du temps une manière de timbre concret et industriel auquel j’essaie de m’habituer. Les démos sont construites pour être le moins déséquilibrées possible mais il n’y a pas d’unité de style à proprement parler sur celles-ci. Un morceau est ici un objet fini et il n’a pas à avoir de résonance avec ses congénères. Je tente juste de faire en sorte qu’il se tienne, qu’il vive un minimum. La durée d’une heur ! e est arbitraire. C’est surtout histoire de donner un bon paquet de musique à celui qui veut écouter (pas cher en plus, eheh). Les plages sont des marmites où je dépoche pêle-mêle des éléments de tous les styles musicaux que j’affectionne. Après cuisson, ça n’a pas toujours bon goût, il faut parfois avoir l’estomac solide, comme dirait l’autre... Ça me plaît du moins, c’est comme ça, c’est toujours ça de pris !... Comme c’est une zique pas toujours facile, ça ne la sert pas forcément d’en mettre autant, j’aurais du mal toutefois à procéder autrement vu que je n’ai pas quarante vie à disposition pour tout diffuser.

S-Z : Apres de si précises explications, je souhaiterait que tu fasse un peu de promo. Peux tu nous parler un peu des labels "Ragondins mondains" et mechanoise labs" ?

GLS : Ragondins Mondains, c’est un micro-label CD /CD-R qui vivote à peine. Avec le split CD entre ma pomme et le Vieux Thorax, il y a eu un petit coup de booste. Normalement devraient sortir dessus cette année Finalcut (électronique ambient) et Koda (électro-indus) prochainement. Les prix essaient de ne pas être élevés (entre 4 et 7 euros) Toute démo bienvenue évidemment. Mechanoise Labs est un label parisien assez développé. La personne qui s’en occupe, Tirdad, est également derrière les groupes ambients et industriels de très bonne facture Béton Barrage, Stelladrine, Sedaye e Marg, Gulag et Asphalt Leash. Malgré les difficultés qu’il y a à s’occuper de ce genre de choses seul (il sort quatre-cinq disques par an sur Mechanoise), il se démène bien et a réussi à faire sa place dans le milieu international de la musique électro-industrielle (un milieu d ! e gavials qui doit rassembler au bas mot au moins mille personnes sur la terre entière, eheh...). Un label à suivre, avec une bonne petite liste vpc qui plus est.

S-Z : On peut trouver à ta musique une filiation aux sorties de chez cavage (en moins hard) . Connais tu le travaille de sieur soulaterre ou es-ce la uniquement coïncidence fortuite ? (cavage.c8.com)

GLS : Non, je ne connais pas ce label. Du coup, par contre, comme ça m’aiguillonne, je vais aller y jeter une oreille, histoire de ne pas mourir idiot. J’ai déjà écouté un titre de Saoulaterre que j’avais bien aimé (Electro Khong)sur la compilation Popular Electronic Uzak voici un an et demi (laquelle était d’ailleurs éclectique et assez riche).

S-Z : Quels sont dans ce cas les artistes dont la démarche a inspiré ton projet GLS ?

GLS : Au départ, j’écoutais de la musique contemporaine, notamment électronique, et j’aimais beaucoup certains compositeurs comme Schwarz, Lejeune, Nemescu, Ferrari ou Racot. J’ai été assister à pas mal de concerts au début des années 1990. Un autre groupe qui m’a marqué, c’est Art Zoyd. Ils créaient un univers sombre et d’une puissance incroyable, véritablement impressionnant. A la même époque, j’ai découvert au disque la scène planante allemande (Tangerine Dream, Klaus Schulze) ainsi que Kraftwerk, Devo et the Normal, tous ces artistes visionnaires des années 1970 dans les musiques artificielles. Ensuite, j’ai plongé comme auditeur dans l’effervescence électronique voici dix ans, au moment où ça explosait de partout dans le grand public ; là, une pléiade d’artistes m’ont botté dont voici quelques noms, pour ceux que j’écoutais et écoute le plus et qui sont souvent très connus : Pl ! astikman, Yello, Add(N) to X, Hal Willner, Jimi Tenor, Luke Vibert, Moby, David Holmes, V/Vm, LTJ Bukem, Michaël Winterberg, Kenny Larkin, Clint Mansell, Laibach, Aphex Twin, Mr. Oizo, Coldcut, Rubin Steiner, Future Sound of London, le Vieux Thorax, Juno Reactor, Wacek, Kreidler, m-Ziq, Pan(a)sonic, Neotropic, Luke Slater et Mark Wilson. Pour répondre à la question, je dirai que les groupes qui ont le plus influencé la musique que j’invente pour Giscard le Survivant sont Devo, Métal Urbain, Art Zoyd Jean Schwarz et Ligeti avant tout mais aussi Goubaïdoulina, Killing Joke, Ministry, Pink Floyd, Tuxedomoon, les Pretty Things, les Stranglers, le Vieux Thorax, Yello, Screamin’ Jay Hawkins, Prokofiev, Maderna, Chostakovitch, les Juanitos, Nicolas Piovani, Cosmic Wurst et Joy Division (je ne prétends pas que ça ! s’entend, loin de là, ni que ce sont mes musiciens ultrafavoris avec lesquels je nique un Teppaz sur une île déserte, c’est simplement à travers ces groupes et compositeurs que je me retrouve quand je fais de la musique - c’est ce que je crois du moins... (suis-je bien clair... ?)).

S-Z : As tu déjà eu l’occasion de te produire devant une audience ? Si oui, quel souvenirs en gardes tu, si non, pourquoi cela n’est pas arrivé ?

GLS : Non, pas du tout si ce n’est pour des passages de disques, ce qui change quand même beaucoup la donne puisque tu ne fais alors office que de selecter et que tu ne passes pas du tout ta musique propre. Je ne me suis pas sinon déjà produit sur une scène car ma musique est composée quasiment entièrement sur ordinateur. Cela m’obligerait à aller sur scène avec un appareil de ce genre, cherchez l’intérêt... Il n’y a rien de plus ennuyeux qu’un gonze qui se pointe avec son portable dernier cri sur une scène devant le public, qui a l’air préoccupé derrière son engin alors qu’il n’a presque rien à faire à part deux-trois clics de ci de là et qu’enfin sa zique est tout sauf dansante... A part pour l’égo des gens qui la font, je reste sceptique quant à l’utilité de cette façon de prestation... Après tout, s’il y a des gaziers qu’aiment ça... Le valium est lui aussi radical contre le surménage... Et ce n ! ’est même pas le fait que les gens soient debout qui changent quoi ou qu’est-ce, il n’y a qu’à voir la limite des concerts donnés par exemple par les musiciens institutionnels du G.R.M. qui ont des moyens pourtant considérables à disposition. La solution est de faire comme des groupes tels Von Magnet qui ont toute une mise en scène théâtrale et sont aussi prenant que des groupes de punk ou d’hardcore-indus à la sortie (ceci dit, leur musique bouge déjà un minimum également). Conclusion, pour faire de la scène, il faut des instruments et surtout des gens qui ont une raison valable pour qu’on les regarde, qui se bougent un minimum en quelque sorte. Le mieux quoi qu’il en soit, pour l’électronique non rythmée et non dansante, reste l’écoute au casque chez soi, c’est moins convivial, ma qué, c’est, je crois, l’idéal

S-Z : Dans l’enfer de l’offre actuelle, vers quels appareils ou logiciels t’orientes tu le plus souvent pour composer ta musique ?

GLS : C’est un enfer, façon de parler : la notion d’enfer vaut plutôt pour les générations des années 1960, 70, 80 chez qui les idées devaient bouillir mais qui pour beaucoup ne purent les concrétiser faute de moyens. C’est génial que l’on puisse à moindre coût, pour une place minimale et sans embrouille avec quiconque faire de la musique qui nous plaise un tant soit peu. J’utilise pour ma part un clavier Yamaha des familles (valeur : dans les soixante euros neuf, pas le dernier cri au salon de Münchausen-les-Bois, quintuples pages de notre envoyé spécial en exclusivité dans Keyboards magazine) et comme logiciels Wavelab, Goldwave, Rebirth, Cool Edit, Fruity Loops, Orion, Moonfish, Reason, je crois que c’est tout (et c’est déjà beaucoup vu que je suis bien loin de tout maîtriser là-dedans).

S-Z : A ton avis, Combien de temps cela va t’il prendre pour que le music business actuel s’écroule ?

GLS : Un bon paquet de temps ou quelques mois : je ne suis pas Madame Soleil hélas. Le jour où il s’écroulera, ce sera celui où l’abcès capitaliste aura enfin crevé, je ne pense pas avant. On restera à mon avis encore bien du temps avec cette structure en iceberg qu’ont la diffusion et la distribution musicales dans le monde d’aujourd’hui. Les réseaux parallèles resteront toujours parallèles et ne se voient de toute façon reconnaître une importance que de manière très inégale et toujours a posteriori. Sans compter qu’eux-même ont souvent leurs propres mini music business et mini-capitalistes en leur sein-même, toujours cette dimension fractale des jeux de richesses et de pouvoir. En reprenant par le haut et en regardant si le salut pourrait venir de là, on serait par ailleurs toujours en droit d’imaginer que des richards mélomanes décidassent un jour de donner libre cours à une musiqu ! e pas forcément plus valable mais surtout plus diversifiée. Ce jour a toutefois peu de chance d’apparaître étant donné qu’un richard mélomane est, bien plus que mélomane, richard avant tout (ainsi que me le confiait récemment mon ami Virenque). Louée soit en tout cas l’heure où ce système merdeux s’effrondrera, entraînant Lorie, Alex Gopher, Carla Bruni et les Strokes dans son irrémédiable chute du haut d’une tête de gondole sur le sol de la FNAC, lustré le matin même par un employé sri-lankais payé au lance-pierre et à coups de ceinturons en remerciement de sa semaine des soixante-dix heures. Il nous faut simplement espérer que, lorsque le capitalisme s’écroulera dans la poussière les bras en croix, ne s’installe pas à sa suite une autre maladie style dictature communiste parce que les « Odes symphoniques pour les tracteurs rutilants partant à l’assaut des champs en vue de réaliser le x-ième plan quinquennal en l’honneur du Grand Camarade » pour seul horizon artis ! tique et sonore, très peu pour moi !



Iso Brown

Site web : http://giscardlesurvivant.free.fr/

 

  Publication de l'article :
 
Avril 2004

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