Il fallait oser sortir un tel disque sur un label de breakcore.
Ici pas de percussions, pas de bruitisme, le seul rythme audible est celui
des montagnes russes parcourues vertigineusement par le "clavecin" programmé.
Définir un disque comme gothique est une idée audacieuse, dans le sens où la musique
gothique n’existe pas à proprement parler. C’est pourtant ce qu’on a envie de faire
au sujet de ce disque, dire qu’elle est gothique, dans le bon sens du terme.
A savoir qu’elle détourne avec bonheur les poncifs du genre (typographie, pochette
noire, jusqu’au nom) pour se transmuter en une sorte d’objet conceptuel. En effet,
on n’est pas un instant tenté de croire sérieusement au grand guignol évoqué avec finesse par
la musique et le disque lui-même. L’écoute d’un morceau vraiment sombre, comme la fin
de la Messe de Pentecôte pour orgue d’Olivier Messiaen, convaincra le plus
récalcitrant d’entre nous de ne pas se laisser prendre à ce piège.
Les influences musicales de Harpsicorpse (qui n’est autre que bien connu Abelcain)
sont claires au vu de la pochette : au début de la Face A, J.S. Bach hante les
lignes de faux clavecin ultra numérique. Mais progressivement les lignes se
déglinguent, se désaccordent, partent en quenouille pour devenir une espèce de
musique d’un film qui jonglerait en permanence avec l’ironie et la morbidité.
La rugosité du son contribue d’ailleurs énormément à cette sensation, ces sensations
multiples devrais-je dire, et cette impression d’être à la fois un acteur et un
spectateur éclairé d’une scène virtuelle qui ne se déroule nulle part.
C’est cette même distance qui fait de ce 12" un disque à posséder et écouter avec un plaisir grinçant et jubilatoire.
Non vraiment, il fallait oser. Chapeau bas.
OlgaZzz