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Helius Zhamiq

 

K-Bal : l’évocation de ce sound-system tellurique fait encore trembler les bonnes âmes de la techno, fûssent-elles underground. Et ce malgré une récente percée du speedcore comme ultime refuge, après le gabber, pour certains déçus de la free-party. Bien sûr, les K-Bal sont responsables de soirées très bruyantes autant que festives (la barre des 250bpm pouvant être allègrement franchie longtemps avant minuit). Evidemment, les membres du sound-system sont d’adorables papis de la teuf conservés dans le formol de leur enthousiasme juvénile. Aucune raison de se priver de les écouter gâtifier, donc.
Interview avec Helius Zhamiq, membre fondateur du sound-system, musicologue gouailleur et jouisseur aussi sadique aux platines que généreux dans le propos, loin des crispations sectaristes et des tentatives de définition de ce que serait le vrai speedcore authentique. Où quand un retour sur 10 ans d’histoire fait surgir une joie communicative.

Signal-Zero : Helius Zhamiq en 5 dates ?

Helius Zhamiq : Il y a eu tellement de bonnes teufs ! Alors je triche un peu et je te donne une soirée marquante par année depuis que je joue en soirées :
1996 : notre première soirée avec K-Bal (AK47 y a joué !)
1997 : Manifestation antinucléaire au Carnet (où plein d’excellents DJ sont venus mixer : les anglais d’Audio Illusion, Armaguet Nad, Fishcat, les Mass Murderer (groupe punk) sont venus dire bonjour. C’est pour moi le meilleur souvenir de festival. Il y avait d’un côté du rock/punk (notamment avec Noir Désir) et de l’autre une sorte de teknival où nous avons posé notre son !
1998 : « Solar Eclipse » avec Kid Loco / Transglobal Underground feat. Natacha Atlas / Orange Blossum / Olaf Hund où j’ai mixé pour la première fois (en soirée) de la jungle ! Et v’là le plateau !
1999 : Soirée K-Bal au Dôme de St Ange avec La Peste / Speedyq’s / STM /DHP... et le show SM de notre ami Oecumenik sur mon premier live ! Jouissif ! Ca restera pour moi un de mes meilleurs souvenirs de soirée !
2000 : Castle Party avec K-Bal dans un château moyenâgeux : la guerre ! Des lights et vidéos comme jamais on avait eu, feu d’artifice, stands divers...l’un des plus beaux lieux où j’ai joué !
2001 : nuit de l’electro avec Torgull / Simon Underground / Mogwaï / Armaguet Nad / Dar / K.I.D. / Big Stick / Nolderise où tout était là sauf les gens. Mais l’after a tout déchiré.
2002 : Trisophonic à la Laiterie avec Sycomor / Fringeli / Joker / Käli / Le Talium / Axel / Broken Meat. Le feu dans la Laiterie blindée.Un excellent souvenir tant musical qu’humain !
2003 : Atomic Shocks avec I :GOR / Splatter / Bula (tous 3 polonais) / Axiom / Rotax / Mr Kriss / Fantom où j’ai fait un live super extrême. Soirée musicalement excellente !

Quels sont tous tes pseudos et d’où sort ce Helius Zhamiq ?

J’utilise en effet plusieurs pseudos qui correspondent à différents projets en fonction des styles musicaux abordés, ou du moins en fonction des différentes ambiances que j’explore.
En l’occurrence :
WYPLASH : projet live expérimental techno/hardtek/break/hardcore qui fut créé avec Boogie Boulga mais que je poursuis seul.
BOTTLEGRIN : projet metal/noise/grind mélangé à du speedcore expérimental. J’ai aussi un autre projet metal + orienté death/techno thrash avec des machines qui n’a pas encore de nom mais qui risque fort de fusionner avec Bottlegrin ! Ce projet me tient particulièrement à cœur et je souhaite faire intervenir plusieurs musiciens et chanteurs.
S.I.H. (Silence In Hell) : projet solo ambiant noise expérimental.
KORRIGAN : projet solo hardtek / hardcore qui va renaître après une longue absence.
A.I.D.S. (Annihilation In Decadent System) : projet solo hardcore/speedcore expérimental qui est le projet que j’ai jusque là le plus exploité.
HARL’M RAKAÏ : projet hip hop sur lequel il doit y avoir aussi plusieurs featurings. Voilà pour les projets que je gère seul ! Sinon je collabore à plusieurs autres projets :
MALARIA : projet hardcore avec Fist Of Fury
S.L.K.(Sun Loop King) : projet jungle avec O’Live
LABITOX : projet hardcore/speedcore expérimental avec La Peste (qui fut le premier à signer des tracks de Helius Zhamiq sur son label Hangars Liquides)
Sinon à côté je compose et j’interprète, pour une bonne partie, des musiques et des illustrations sonores pour des spectacles (théatre de rue, spectacles de marionettes...), ce qui me prend énormément de temps !
En ce qui concerne l’origine d’ « Helius Zhamiq » je n’ai pas grand chose à dire à part qu’il s’est imposé à moi tout naturellement. Il n’y a pas de signification à chercher. C’est une sorte de schizophrénie qui a poussée mon identité artistique à s’imposer, c’est tout.

Tous ces pseudonymes/projets... Tu ne crains pas la dispersion ? Ne serait-ce pas plus simple de tout regrouper sous le nom d’Helius Zhamiq (en accolant « Meets XXX » dans le cas de collaborations) ?

NON, non, non. J’aime bien brouiller les pistes. Je fais pas de la musique pour être une star mais pour partager mon univers avec ceux qui le veulent bien ! Et puis j’ai besoin de pouvoir me fixer des objectifs quand je compose. J’ai sans cesse besoin de passer d’un style à un autre. Ca me permet de prendre du recul. J’ai toujours plusieurs tracks en cours et je passe de l’un à l’autre pour éviter de tourner en rond. Quand je me mets sur un nouveau projet je sais l’ambiance générale que je souhaite obtenir et je me fais souvent une sorte de scénario afin de construire une histoire musicale. Le problème c’est de s’arrêter à un moment de peaufiner les tracks et c’est vraiment pas évident de se dire : « bon là j’ai fini ! ». C’est en autre pour ça que j’accumule des heures et des heures de musique en attendant que l’ensemble des tracks s’emboîtent comme je le désire. Je prend par exemple mon projet ambient expérimental S.I.H. (Silence In Hell) : l’histoire se compose de trois parties qui elles mêmes sont divisées en six parties ! Cela fera en tout 18 CD ! Je n’en n’ai composé que huit ! J’ai donc la première partie et presque la moitié de la deuxième, et ça fait dix ans que je travaille dessus !

Donc il reste encore une quinzaine d’années avant que les CD soient finis... On pourra acheter le coffret 18 CD sur le site K-Bal ? On ne peut pas imaginer que ce qui est déjà composé puisse être d’ores et déjà diffusé ?

Si tout à fait ! J’aimerais pouvoir sortir 3 coffrets de 6 CD correspondant aux trois chapitres principaux ! Il faut surtout que je travaille tous les visuels qui vont avec et c’est un boulot énorme. Je sais ce que je veux et c’est là mon problème. Il y a toujours quelque chose à modifier ou à corriger que ce soit pour la musique ou pour le graphisme. Je suis de ceux qui adorent l’objet vinyle ou CD. Tout d’abord parce que pour moi la pochette va avec le disque, c’est un tout. D’autre part, je n’arrive pas à comprendre les gens qui se contentent des mp3 au son merdique. Pour moi le mp3 ne sert qu’à découvrir un artiste ou un groupe afin d’aller ensuite acheter son disque. Il faut bien qu’il y ai des gens qui achètent de la musique sinon on va se retrouver avec un univers musical qui se partagera en deux : d’un côté les majors qui nous proposeront des produits marketés sans aucune personnalité résultant d’un collage de tubes réarrangé, de l’autre une masse d’amateurs avec des produits plus ou moins réussis. Là ça serait la pire des choses. Comment peut-il y avoir un renouveau musical s’il n’est pas possible de se consacrer à son travail de musicien parce qu’il faut trouver de l’argent pour bouffer ? Enfin je suis scandalisé par l’importance du mp3 qui est la pire des compressions qu’il y ait sur le marché. Il existe des compressions bien meilleures comme les ogg qui ont aussi l’avantage d’être un procédé gratuit ! Et puis comment peut-on préférer un mp3 où les aigus disparaissent ainsi qu’une partie des graves ? Les gens ont ils des oreilles ou écoutent ils tous leur musique uniquement sur le poste de leur voiture ? Faut arrêter les conneries ! Pour avoir de la musique de qualité il faut bannir le mp3 comme référence, c’est de la merde. Nous sommes à l’air du numérique et le mp3 nous fait revenir à l’age de la K7 magnétique ! Pourquoi les gens n’exigent pas la même qualité sonore pour la musique que pour les films sur DVD ? Le mp3 est un bon outil de promotion et permet aussi de diffuser des choses qui ne sortiront jamais comme des mix de soirées par exemple. Le mp3 n’est pas une compression de qualité et personne ne s’en rend compte, c’est bien dommage. A quoi ça sert de se casser le cul à masteriser des traxx pour les voir amputés d’une bonne partie de leur spectre. Le mp3 doit rester un outil de promotion et cela ne doit en aucun cas être considéré comme un produit fini. Moi, en tout cas, ça me fait très peur ! Notre avenir se trouve peut être dans le dvd qui offre la possibilité de travailler en 5.1 avec une qualité digne de ce nom !

« Comment peut-il y avoir un renouveau musical s’il n’est pas possible de se consacrer à son travail de musicien parce qu’il faut trouver de l’argent pour bouffer ? »
Cela ne renvoie-t-il pas au fait qu’aujourd’hui la musique est reléguée au rang d’illustration sonore pour jeux video, alors qu’elle fut, pour d’autres générations, un moyen précieux parce qu’un des rares accessibles d’expression artistique ? La Playstation n’a-t-elle pas pris la place de la chaîne hi-fi ?

Je ne pense pas que les jeux aient pris la place de la musique ! A ce propos, il y a de très bonnes musiques de jeux, réalisées par de grands compositeurs (cf. Amon Tobin !). Cependant la musique est devenu un peu comme la télé : on met la radio comme on met la télé pour avoir une présence sonore. Les gens subissent alors la programmation aléatoire des chaînes de radio. La musique pour beaucoup de gens se résume à des mp3 qu’ils écoutent sur les enceintes pourris de leur ordinateur. Forcement ça donne pas grand chose d’agréable : la conversion mp3 ajoutée aux enceintes ne fournissant que des aigus et des hauts médiums ça donne pas envie ! (même pour ceux qui ont investis dans un caisson de basse en plastique qui fournit plus de vibrations que de subs !) Les gens de manière générale investissent plus dans un home cinéma que dans une chaîne hifi. Ce qu’ils oublient c’est qu’ils pourraient profiter de leur home cinéma pour écouter de la musique dans de meilleures conditions... mais bon, on y peut rien vu que pour les gens le mp3 est une grande révolution (un grand retour en arrière...) Je pense très sincèrement que l’avenir de la production musicale réside dans le DVD. Artistiquement je trouve ça pas mal. En effet le DVD offre la possibilité de travailler en 5.1 ce qui offre une réelle 3D sonore. La technologie du son ayant tellement avancé, nous avons aujourd’hui des outils simples et de très grande qualité pour explorer de nouvelles façons de composer et d’écouter. Grâce au 5.1 il est facile de recréer une ambiance de type live où le son vous enveloppe. Le seul problème avec le DVD est de trouver des artistes de l’image pour accompagner l’œuvre musicale. Il y a deux bon exemples de réussite dans ce domaine : Daft punk et Gorillaz même s’ils ont abordé la chose de la même façon en utilisant de l’animation. Le fait d’aborder la composition en 5.1 développera aussi la multi diffusion en concert ou soirées ce qui est encore très exceptionnel. Prenons exemple sur Kid Koala ou Amon Tobin qui mixent en soirée sur du 5.1 ! Il est alors possible de « sculpter » l’espace grâce aux sons ! Bref, tout ça pour dire que c’est à nous, musiciens, de nous adapter et de fournir au public des produits innovants qui les réconciliera peut être avec la création musicale.

Quelle est ta fonction au sein de K-Bal ? Peux-tu faire l’historique du sound-system en 5 dates ?

Je suis un des membres fondateurs de K-Bal qui est né en 1996 lorsque de vieux potes de lycée, qui partageaient un appartement, baignant dans la culture hardcore/punk/metal depuis toujours et ayant succombé aux sonorités électroniques, ont mis leurs instruments en bois de côté et ont organisé de nouvelles formes de concerts : des frees ! Il se trouvait alors que la qualité et la programmation des raves ne nous convenaient plus et vu que nous disposions, une fois regroupés, du matériel nécessaire pour organiser une teuf avec la musique qui nous convenait, nous n’avons pas hésité une seconde... Cependant, à la suite d’une condamnation suite à une teuf nous avons décidé de nous organiser sous forme d’association, dont je suis le président et dont le nom est Artskorps. Ce qui nous a aussi permis de créer nos labels. Il y en a deux pour le moment (mais plus pour longtemps) K-Ni-Bal rec. pour le HC / Speedcore et K-Na-Beast rec. pour la drum / break / breakcore Xp.

Ca fait donc 10 ans que K-Bal existe et nous avons organisé (seuls ou en collaboration) une bonne trentaine de soirées et participé à une dizaine de teknivals ! A côté on a participé à pas mal de teufs avec des gens de chez nous qui jouaient et en hésitant pas à donner un coup de main quand il faut (chose que certains sons ont tendance à oublier... et à ne plus faire) A coté, Stereotommy, membre de K-Bal, a fondé avec Pyrodactil « Les Binocles HC » et ils ont eu une résidence au Kata Bar où ils ont fait péter HC pendant cinq ans !
Cinq dates pour situer K-Bal ? c’est vraiment dur.
Le 20.03.98 soirée avec les Mas I Mas. Les deux sons ont tourné jusqu’au matin avec plus de 2000 teuffeurs déchaînés. Un incroyable souvenir, un vrai fiasco financier à cause des keufs (mais bon ça pas été la seule fois, hélas) Jil des Corrosive nous avait amené du son (big up !). Il nous a fait un mix hardcore de fou.
La même année en août soirée démoniaque pour l’anniversaire de Armaguet Nad avec (en plus de nous) Micropoint / Radium / Sarin Assault / Angel Flo / Unit 731. Le plateau se passe de tout commentaire.
Le 13.04.02 avec en guest Pain Alliance et Noise Junky (Allemagne) et pour la France Art Is Anal et Armaguet Nad. Soirée musicalement parfaite. Comme à notre habitude : salle retournée de décos, projections gores sur un écran de 10 mètres de haut.
Le 26.05.04 en co-organisation avec les Klinykal (nos super potes !!!) où sont venu s’exprimer en invités Dj Tense (Hellz Army, Apocalypse rec.) de NYC et Dj Plague (Canadian Speedcore Resistance). Soirée extraordinaire où l’on se dit que tout n’est pas pourri de l’autre côté de l’Atlantique. Il fallait y être pour comprendre.
Et enfin je dirais la dernière soirée que nous avons co-organisé avec les Hara Kiri. Entre la déco de Inno Sens (notre artiste déco presque attitré) et son énorme araignée, les visuels ultra extrêmes de Ben Lagren, les prestations de Motherfakir et la palette musicale qui a été offerte au public, je pense que nous avons créé un bel événement.

Es-tu pénalisé par la forte empreinte de ton image de DJ speedcore ?

En effet j’évolue dans différents univers musicaux. Je viens de la scène metal où j’ai officié dans plusieurs formations en tant que guitariste / claviers. Je n’ai jamais arrêté. Et en ce moment c’est là dessus que je travaille le plus. Mon autre amour est une sorte de dark ambiant / Trip hop. Je dois bientôt sortir un album sur le label Furtif (si tout se passe bien) qui avait signé Pushy auparavant. Je fait aussi de la tek bien musclée (à la limite d’une sorte de hardtek psychédélique) et du break / breakcore. En réalité je ne compose pas beaucoup de HC ces temps ci. Depuis que j’ai commencé à faire de la musique j’ai toujours essayé de travailler (à côté) de la musique expérimentale flirtant avec la noise, et ce bien avant d’avoir un sampler. J’adore les ambiances pesantes et sombres qui sont propices à l’évasion.
Sinon ce qui me prend beaucoup de temps c’est le théâtre. J’ai réalisé les ambiances sonores, les orchestrations et le mixage d’un spectacle de marionnettes pour enfants. J’ai composé et j’interprète la musique pour une adaptation de « L’étranger » de Albert Camus pour du spectacle de rue. Le décor est une cage en métal (façon Guantanamo) de trois mètres de large et de haut. Le public se place tout autour. Il n’y a qu’un seul acteur qui s’appuie sur les ambiances lumineuses et musicales jouées en direct. Et là nous attaquons une adaptation des « 7 mercenaires », version hip hop sur un skate park, avec des comédiens skaters. C’est le début mais ça promet d’être bien déjanté. En parlant de hip hop je vais enfin pouvoir commencer à travailler avec des Mc sur mes tracks electro hip hop ! Je n’en dis pas plus car rien n’a encore abouti. Sinon mon rêve serai de pouvoir réaliser une musique de film !

En tant que DJ, je ne dirais pas que je souffre de mon image de speedcoreux (car j’en suis fier !), mais j’ai l’étiquette qui me colle à la peau. Mais ça commence à venir : a force de le crier sur tous les toits quelques organisateurs commencent à me booker pour de la drum ou de la techno. Mais dans l’esprit de beaucoup de gens le speedcore rime avec gros bourrin défoncé. Ils se trompent car je crois que c’est le milieu où les gens sont le plus hétéroclites. La scène n’est pas bien grosse et on se connaît tous plus ou moins mais je m’aperçois à chaque fois de l’ouverture d’esprit de ces artistes. Le résultat c’est que la culture musicale de ces artistes enrichit leur travail pour les pousser dans de nouveaux univers. Tu ne verras jamais un DJ speedcore en copier un autre ! Le Hardcore par son nom « le noyau dur » se doit d’être en perpétuel mouvement. Il est la souche authentique ! Il se doit d’évoluer pour grandir. Je pense donc que le HC est le résultat de la volonté de franchir des limites que la « majorité » considère comme choquantes ou trop violentes (c’est la même chose dans le rap). Franchement rien à foutre des gens qui n’aiment pas ! Si il y a au moins une personne qui aime alors là c’est gagné ! Nous on fait de la résistance.

Cela signifie-t-il que les soirées speedcore en général et les soirées K-Bal en particulier sont condamnées à avoir des volumes de public ne dépassant pas les 300 personnes ? Une Thunderdome speedcore est-elle inenvisageable ?

Actuellement je ne pense pas qu’il y ait un public de 3000 personnes, aujourd’hui, prêt à encaisser une soirée speedcore dans quelque ville que ce soit. Mais je ne désespère pas. En effet, si je prend l’exemple du trash/death/black metal qui, il y a encore 10 ans, avait du mal à attirer 300 personnes dans des concerts, je constate avec plaisir que cela c’est démocratisé quand je vois des Slipknot remplir des stades ! Combien de temps a mis Slayer à récolter la reconnaissance du public ? Nous ne faisons pas ça pour la reconnaissance mais parce que c’est la musique qui nous prend aux tripes quand on veut s’éclater ! Ca fait 10 ans qu’on résiste. On est passé à travers la vague tribe sans aucune concession, bien au contraire. On a eu les pires emmerdes mais jamais on a baissé les bras : on a eu un petit creux passager mais on est toujours là avec la même hargne. On fêtera peut être nos 60 ans de K-Bal au Stade de France !

En quelques lignes, la pire soirée K-Bal, celle de toutes les galères, de toutes les infâmies.

Je crois malheureusement que nous avons eu toutes les galères imaginables tout au long des années ! Que ce soit le groupe électrogène qui lâche ou le(s) camion(s) qui tombe(nt) en panne ou encore les problèmes de son et du matériel en général... Ou encore les lieux inondés ou détruits (que ce soit en salle ou non) et puis évidement les keufs... Bref tout ce qui peut arriver, nous l’avons eu. J’en arrive même à m’angoisser tant qu’il n’y a pas eu un problème lors du montage d’une soirée ! De manière générale on s’est toujours démerdé pour trouver une solution à nos problèmes cependant il nous est arrivé de devoir annuler des teufs (pas beaucoup mais c’est ultra vexant et rageant !).Et c’est ça le pire pour moi ! Et puis les mauvais moments ça fait des souvenirs et pour ceux qui m’ennuient le plus, je les zappe ! Mais, en fin de compte, je crois que la pire soirée restera celle où nous sommes passés au tribunal et qui nous a coûtée près de 20 000 francs en tout. Ca, ça fait très mal et puis vu comme cela s’est passé et vu les répercutions qu’il y a eu dans le groupe ça reste pour moi la pire des teufs ! Plus jamais ça.

K-Bal est un sound-system. Ce modèle d’organisation est-il encore valable quand la conjoncture demande que les organisateurs de soirées soient de plus en plus des entrepreneurs de spectacles ?

C’est bien pour ça que l’on c’est mis en association. Avec ce statut on a pu organiser pas mal de soirées dans des salles du fait que l’on ait une structure. On a pas fait une association bidon, bien au contraire : son but est de promouvoir des artistes, via tous supports multimédia, travaillant sur le thème de l’industrialisation. Mais saches que si on n’était pas aussi emmerdé (sachant que l’on a déjà cher payé) on ne ferait que des teufs dans des hangars ou des friches industriels et dans des grottes ou dans n’importe quel lieu insolite ! J’en ai marre de ces salles de concert, municipales ou discothèques qui ne t’offrent pas de rêve (rave ?) et qui n’ont, pour la plupart, aucune personnalité. Par contre pour nous la free ce n’est pas se contenter de poser du son dans un champ avec deux ou trois lights pourris et pas de déco ni visuels ! La free (mais le mot est inexact car j’ai jamais vu une free sans donation, voire musclée la donation) peut encore apporter quelque chose à la techno mais jusque là elle n’a contribuée qu’à nous marginaliser.

D’accord pour les discothèques, mais, mais comment contourner un des problèmes français consistant en le manque de lieux accessibles pour l’organisation de soirées ? Car après tout, une discothèque est avant tout un espace de diffusion de la musique.

Je me suis mal exprimé. Je pense, en effet, qu’il est très difficile actuellement d’organiser des soirées dans des lieux insolites du fait de la législation française sur le sécurité des lieux devant recevoir du public. Il reste donc les boîtes et les salles de concert. Cela ne me pose aucun problème d’organiser quelque chose, mais avec K-BAL on va tenter de rendre ce lieu méconnaissable. Il n’y a pas beaucoup d’organisateurs qui se bougent le cul à trouver de la décos, des lights et des visuels intéressants et à créer une scénographie particulière à la soirée. C’est sur c’est un investissement financier, ça demande plus de temps pour la mise en place... bref, c’est une masse de boulot qui ne rapporte aucune tune mais qui sert à créer une atmosphère afin que les gens se sentent bien ! On pourrait faire des teufs tous les week-ends dans une même salle sans que les gens ne se lassent si les organisateurs avaient une approche artistique de leurs soirées. Un bon plateau ne fait pas tout pour que la soirée soit bonne et mémorable ! Beaucoup de teuffeurs ont le look qui correspond aux soirées auxquelles ils participent : c’est sans couleur ni joie, ils se ressemblent tous et finalement ils ne veulent plus payer pour aller en soirée parce que c’est chaque week end la même teuf ! C’est comme la bouffe, il faut de la diversité et du nouveau sinon tu ne prends plus aucun plaisir : tu te vois bouffer des nouilles au beurre tous les jours ? Y a un moment où tu veux de la viande, des légumes, du fromage, des desserts.... A décharge, il faut avouer qu’il n’y a pas beaucoup d’artistes plasticiens qui sont prêt à s’investir dans ces soirées car souvent les organisateurs les payent au lance-pierre. Ca devrait être l’inverse : nous devrions (nous, organisateurs) créer la demande ! Je crois que le milieu des teufs manque cruellement de créativité et d’imagination, tant d’un point de vu musical qu’artistique en général.

Tes sets speedcore sont très narratifs, et racontent les traversées de mondes étranges (on se croirait chez les tranceux là...) de la complexité desquels tu te tires par des ruades de violence perverse. Peut-on en déduire que tu aimes manger les cerveaux et si oui, pourquoi ?

Merci pour le compliment. Je joue ce que je ressens au moment même de mon mix. C’est pour ça que je ne prépare aucun mix pour garder cette fraîcheur : le seul choix que je fais est en amont quand je sélectionne les skeuds que j’emmène. Pour moi le speedcore s’associe à la transe. J’aime les ambiances psychédéliques et expérimentales qui me font planer. Associées à des tracks ultra violents, le contraste provoque des sensations ambiguës qui, personnellement, me mettent en transe. Le plus beau et touchant compliment que l’on met fais est celui de Dr. X-Ray, le DJ Lituanien qui m’avait invité, qui m’a dit : « tes sets me donnent l’impression d’être au milieu de l’océan : les sons m’engloutissent et des vagues viennent me violenter ! ». Quand on connaît le bonhomme ça touche énormément ! Moi j’ai été bercé par Liza’n’Eliaz qui me racontait des histoires merveilleusement psychédéliques à chaque soirée ! Elle prenait mon cerveau au début de son mix et me le redonnait à la fin rempli d’images, de sons et de bonheur. Elle m’a mis dans des états pas possibles mais toujours avec l’élégance qui la caractérisait. Elle restera à jamais mon maître spirituel du hardcore !

As-tu conscience qu’en insistant sur le côté psychédélique tu risques de décevoir certaine frange de ton public, les sectaires, poseurs et autres adolescents rebelles ?

Non pourquoi ? Le but de la musique est de faire passer des émotions. Quand j’écoute quelque chose qui me touche j’ai tendance à me laisser porter par la musique qui m’emmène voyager. Je ne parle pas de produits chimiques qui ne font qu’amplifier ce phénomène qui m’est naturel ! Le fait de danser ou se déchaîner dans un concert ou une soirée provoque encore d’autres sensations qui peuvent mener à la transe ! Il n’y a pas que la goa qui a le monopole de la transe ! Pourquoi y a-t-il tant de gens qui partent en bad trip (et notamment sur du speedcore) ? Parce qu’ils ne peuvent pas maîtriser les sensations et les émotions que leur procure la musique. Ils sont dans une transe introspective (ou non) qui les effraie. Quand à l’adolescence, c’est un moment de la vie où tu te cherches et il est normal de vouloir s’identifier à un groupe en adoptant différents codes de reconnaissance tels que le look et les piercings. Moi j’ai une devise : Il n’y a que les cons qui ne changent pas ! Et puis on ne peut pas plaire à tout le monde, heureusement !

Ton approche quasi-mystique du speedcore et de la musique en général se nourrit-elle de recherches personnelles soutenues par des lectures ou autres ? Participes-tu à des sacrifices rituels ? Veux-tu propager le speedcore catho-transcendental ? L’outre-espace est-il soluble dans le LSD ?

T’as peut être raison : la musique c’est ma religion, c’est ma drogue ! La musique doit me faire vibrer, n’importe quel style de musique. Il faut qu’elle m’emporte...des fois c’est pour être excité, des fois pour être dans le spleen, des fois pour voyager (très loin, très loin....), des fois pour me soulager.....Bref, je peux pas imaginer la vie sans musique. Il est vrai que j’apprécie les univers musicaux de types psychédéliques. Les sensations que me procurent certaines musiques sont très proches des effets lysergiques. Par contre je n’y vois rien de mystique. Je suis complètement athée, même pas agnostique, complètement athée. Cependant, l’imagerie et les thèmes se rattachant à l’ésotérique et au mystique m’intéressent énormément. J’aime ces ambiances dark et pesantes où les symboles titillent nos peurs cachées et nos angoisses.
On en revient toujours à la même chose : pour moi la musique doit être chargée de sentiments et d’émotions. C’est pour moi un des arts premiers. C’est donc l’expression d’un artiste à un moment précis sur un thème qu’il choisit d’aborder et de partager avec ceux qui le veulent bien. C’est un échange de sensations !

Pourquoi dans l’imagerie hardcore/speedcore les représentations de sexe sont-elles toujours extrêmes (type fist ou zoophilie) - alors que dans d’autres genres de musiques électroniques c’est plus orienté love ? Tous les hardcoreux ne fistent pas maman quand ils rentrent de soirée (ou ne s’autofistent pas, pour les célibataires). Ces simili-transgressions ne sont-elles pas usantes à force d’être convenues ?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi ! Je ne pense pas que cela s’applique à tout le monde, mais à K-Bal, OUI ! Je pense au contraire que c’est assez rare. Il y a beaucoup d’imagerie extrême mais souvent peu axé sur les déviances sexuelles. Par contre si tu parle de K-Bal alors là tu as raison ! Il y a plus de femmes dévêtues que de fist de manière générale et cela dans tous les styles. De l’imagerie aussi trash que nous c’est très rare ! J’adore tout ce qui est extrême et notamment dans le cul. Je ne suis pas le seul dans K-Bal à voir les choses ainsi. Je pense que j’ai été un des premiers a avoir une prestation SM et trash sur mes lives. J’adore l’esthétique du SM et tout ce qui est trash me fais marrer ! Je sais je suis un grand malade ! Mais j’assume ! Dès les débuts de K-Bal nous avons passé des heures à faire des montages de scènes de films gore afin de les projeter dans nos teufs. Nos teufs sont à peu près à l’image de ce que nous attendons d’une soirée. On se fait plaisir et ceux que ça dérange ils n’ont qu’à pas regarder ou ne pas venir ! Notre concept c’est l’extrême sous toutes ses formes ! Bref, question suivante.

La techno peut-elle s’affranchir du (soi-disant) rôle politique que bien des français lui collent sur le dos ?

Ah bon, la techno a un rôle politique ? C’est une revendication politique de vouloir danser librement ? Je savais pas ! Les seuls qui ont plus ou moins associé la tek à une revendication plus sociale que politique sont les Gays. Sinon je ne vois pas de sens politique à vouloir s’amuser et c’est ça qui est bien ! Il ne faut pas confondre résistance et politique. Faut pas déconner non plus ! Quand tu vois des sons qui posent dans les bois et qu’ils n’ont même pas un extincteur avec eux, moi ça me fout en rogne. Si c’est ça faire de la politique en réclamant le droit d’oublier toute forme de sécurité, ben c’est pitoyable ! Il faut comprendre que la tek est privilégiée par rapport aux autres musiques qui subissent une législation très sévère ! Je suis pour la liberté de pouvoir organiser des évènements dans des lieux insolites et donc à ce qu’il ait un assouplissement de la législation actuelle mais pas tout oublier. Il faut un minimum de sécurité et beaucoup de sound systems ne réalisent pas les dangers qu’ils font prendre aux teuffeurs ! Ca va que la tek est un milieu très pacifique et je suis toujours étonné de voir le peu d’incidents qu’il y a de manière générale. Jusqu’au jour où il y aura un énorme problème et là le législateur va nous tomber dessus et nous nous retrouveront à subir les mêmes contraintes que les organisateurs de concerts !

La dernière soirée que tu as appréciée en tant que public ?

La Speedboat ! Lieu sympa, bon son, pas de décos (dommage), un peu de visuels (pas assez quand on sait qui posait !), un public avec le smile mais surtout une super programmation musicale ! Mouse vs No Name (jouissif), Gabba from Berlin (brutalement Germanique), Axiom (ou Ton Pire Cauchemar), Neurocore (qui porte bien son nom), Lawrencium (l’énervé)... bref que du bon miel pour mes oreilles ! Deux niveaux, deux dancefloors : un Speedcore (un peu de HC au début avec Atavistic Avatar et E-Tree) et un Break/drum/Xpé avec le Test Crew. Moi je me suis amusé comme un petit fou, j’ai énormément « transepiré » ! Merci Gérard ! C’était pas la teuf du siècle mais ça a été un mémorable instant de plaisir musical !

Est-ce que c’était vraiment mieux avant ?

Je ne dirais pas que c’était mieux avant mais je regrette un peu un certain état esprit festif d’un certain temps où tout était étudié pour faire un beau voyage. La musique a évolué, de nouveaux styles ont fait leur apparition et du coup la « techno » s’est compartimentée. Résultat dans les soirées il n’y a plus eu qu’un seul style de joué (HC, drum, tribe, tek...) contrairement à un moment où tous les styles se côtoyaient dans la même teuf. D’un côté c’est bien car si tu veux te taper une soirée sur un style exclusif tu peux le faire et ça c’est cool ! Mais en revanche il n’existe plus de soirée où tu commence tek pour arriver au gros hardcore en passant par de la goa et de la drum ! Enfin un truc que j’aimais bien c’était de voir des gens déguisés (et pas en petit pois !) qui venaient s’éclater sans aucun tabou. Je ne dis pas que l’ « uniforme » actuel me dérange (on est tous passé par là à l’adolescence) mais je trouve dommage que le kaki ai été choisi comme couleur de référence. Cà se voit qu’ils font plus leur service militaire (ça c’est une réflexion de vieux schnok !). Mais c’est peut être dû au fait que beaucoup d’organisateurs ne prennent pas la peine d’offrir aux gens un univers particulier et extraordinaire ! Combien de soirée se résume à du son, quand on a de la chance, deux ou trois draps avec des logos en guise de déco et puis quelques lights. Pas de quoi tomber sur le cul. Du coup t’as l’impression de te retrouver dans un concert qui dure toute la nuit ! Même en Hollande ils ont tendance à négliger la décos et les visuels, mais pour le reste ils assurent toujours grave !!! Si on pouvait avoir la même qualité de soirées en France. Mais il n’est pas venu le jour où les Français mettront 25 euros pour une teuf.

Tu viens de recevoir un Quartz. C’est un prix récent et mal connu. Peux-tu en dire plus sur ton prix et ce que cela peut impliquer comme conséquences pour ta, euh, carrière ?

C’était la 2ème édition. Le but des Qwartz Music Awards est de récompenser des artistes travaillant dans le domaine de la musique électronique. Il y avait différentes catégories : album, titre, pochette, video clip, hardware et software, expérimental, différents prix du jury ... Les sélections se sont faites dans une première partie par l’audition en aveugle de tous les titres proposés par les membres du jury. Phase deux : nomination des artistes par le jury. Phase trois : vote du public sur internet qui pouvait écouter et regarder toutes les sélections. Il y a eu environ 2 millions de votes à travers le monde entier. Etaient représentés : le Mexique, le Canada, le Japon, l’Ukraine, l’Europe en général et les USA. Bref le monde entier ! Mon prix est un prix spécial du jury. Il y en a eu plusieurs et notamment un pour Parmegiani (putain je suis fan de ce précurseur !!) et un pour Pierre Henry ! Rien que ça ! Bon moi c’était dans la catégorie Dj/producteur. Ca fait super plaisir de voir que ces gens dits pointus, évoluant dans les sphères intellectuelles de la techno aient apprécié mon travail (et pas seulement pour mon côté hardcore !). Ca fait tellement longtemps que je galère qu’un peu de reconnaissance ça fait du bien ! Sinon ça ne va rien changer à ma vie ! La seule chose c’est que ça peut me permettre de toucher un public qui ne serait jamais venu vers moi lorsque je sortirai mon album ambiant/triphop à la rentrée ! Mais bon ça n’ira pas plus loin que ça !

Tes trois conseils à quelqu’un qui vient de se procurer des platines et une table et qui se lance dans le mix ?

1/ Ne surtout pas vouloir copier quelqu’un ! En essayant de trouver son propre univers.
2/ User du disque ! Y a pas de secret, il faut grave s’entraîner.
3/ S’enregistrer le plus possible afin de mieux pouvoir analyser ses défauts. L’avis des autres c’est bien, mais des fois ce n’est pas objectif ! Rien ne vaut une écoute personnelle et seul !

Tu fais preuve de beaucoup de sagesse dans tes propos. Qu’est-ce qu’un vieux sage sur la montagne comme toi peut prodiguer comme paroles d’amour aux générations actuelles ?

Sage moi ? Je suis pas sûr ! Je vais avoir 33 ans et je crois que je commence à approcher de la fin de ma crise d’adolescence, alors prodiguer des conseils ?!? Ma philosophie c’est qu’on a qu’une vie et que ça vaut le coût d’en profiter. C’est bien, la vie, si on fait tout pour l’apprécier. On a qu’une vie et il faut en profiter car on aura pas de deuxième chance ! Faut pas trop se prendre au sérieux car la connerie ça fait des rides et ça rend vieux plus rapidement (et c’est pas une question d’age) J’en ai peut être trop pris mais « Peace & Love » c’est pas mal comme devise, non ? Je sais je suis un vieux ringard ! Mais bon, y a quoi de mieux ?

Discographie Helius Zhamiq

KORRIGAN

Hangars Liquides 06
K-NI-BAL 01

A.I.D.S.(Annihilation In Decadent System)

K-NI-BAL 04
K-NI-BAL 08
Crash Test 02
KNB CD 01

HELIUS ZHAMIQ :

K-NA-BEAST 01
B2K 07

Mix tapes :

K-BAL tape 01
K-BAL tape 06
K-BAL tape 10
AKHA 01
AKHA 02
KNB tape 01
Hangars Liquides tape 01
STRYKTNIK’S cd 14

MALARIA (FIST OF FURY vs HELIUS ZHAMIQ)

K-NI-BAL 02
Hangars Liquides 16

LABITOX (LA PESTE vs HELIUS ZHAMIQ)

Labitox



Dronnzz

Site web : http://www.artskorps.org/

 

  Publication de l'article :
 
Juin 2006

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