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Hibou

 

Oiseau de nuit grenoblois, créateur du label Posthume Records, Hibou mixe et compose un doomcore/gothcore inspiré, rampant, très conforme aux arcanes du genre. Entretien par planche Ouija interposée.

S/0 : Pour résumer, tu fais du hardcore souvent lent et toujours dark avec un arrière-plan gothique très marqué. D’où te viens ce feeling ? Qu’écoutais-tu durant ton adolescence ?

Hibou : Oui, c’est exact. Bien que mes structures soient hardcores, je reste lié aux sonorités gothiques. Ceux sont deux styles que j’apprécie particulièrement. Je fus effectivement gothique par le passé, cela m’est resté « collé a la peau » comme on dit.

C’est plutôt un dj, Liza n’eliaz, qui m’a fait plonger dans l’univers Hardcore en 1993. Des sets très impressionnants qui m’ont ouvert les portes de cette nouvelle tendance. Sans oublier bien sûr Manu le Malin et Lenny Dee pour leurs mixes respectifs dark et gabber.

Niveau disques, je fus de l’école Pcp, Napalm, Fischkopf, Industrial strenght, Terror trax, et Mokum pour ne citer que quelques noms.

Le Hardcore et le Gothic sont deux mouvements dark underground qui, de mon point vue, ne sont pas incompatibles.

Et pourtant, si l’on entend parfois de la techno dans les soirées gothiques/electro, l’inverse est très rare.

Je ne pense pas que le Goth pur et dur puisse trouver sa place en rave, pour une question de structure. Par contre, je pense plutôt aux soirées fusion, comme j’ai pu connaître dans le passé. Il est vrai que le mouvement electro-goth (dans l’ensemble) n’est pas contre la diffusion du Core, ce qui n’est pas spécialement le cas dans le milieu des raves. Mais l’avenir nous en dira plus, certainement.

« Hibou » c’était ton totem quand tu étais scout, ou c’est en rapport à un certain mode de vie nocturne ? Et d’ailleurs que fais-tu de tes nuits ?

Une ancienne statuette vaudou, recouverte de cire et d’inscriptions devenues illisibles, mes parents n’apprécient pas vraiment d’ailleurs !

Plus sérieusement, c’est un vestige de mon époque gothique justement. On m’avait surnommé comme ça car j’étais généralement le dernier à rentrer après une soirée. Philosophie du « jusqu ’au bout de la nuit ». Depuis c’est resté.

Mes nuits ? je scrute le Loch Ness et le Château de Glamis.

Peux-tu nous présenter ton label « Tombe » ?

Tombe est un label doomcore, un hardcore lent et mélancolique.

Des sonorités lourdes, une ambiance pesante, une atmosphère sombre. Pas dans l’idée du macabre ou du morbide, mais plutôt dans la profondeur des sons et nappes dark. Je suis très surpris, d’ailleurs, de voir que Tombe est relativement connu pour une diffusion de 500 exemplaires seulement, c’est cool de voir ça.

Normalement, Tombe se terminera au 13ème, mais d’autres divisons verront le jour à l’avenir.

Y a-t-il vraiment un créneau pour le doomcore en France ou te heurtes-tu parfois à une incompréhension du public ? (c’est pas assez rapide, c’est trop morbide etc...)

Avec « Doomcore academy » et l’Eurodoom 2004, on est quand même pas mal servis n’est-ce pas ? eh eh...

Ce Hardcore est beaucoup moins diffusé que le gabber, le speedcore, ou l’Industriel qui comptent plus de labels, de soirées. S’il y a un créneau Hardcore très large en France, le doomcore reste encore marginal. Néanmoins des artistes comme Cross bones, Fifth era, Dr macabre, Marc Acardipane, Miro, the Horrorist, pour ne citer que quelques noms, sont très appréciés.

Pour ouvrir des sets, ou pour un after, le mid’tempo est parfait (surtout entre deux Krisprolls et un bol de Van houten bien chaud). Il va de soit que dans une party Goa, c’est plutôt mal venu (ils préfèrent les Cracottes et le Banania).

Est-ce que tu penses apporter quelquechose de particulier au genre ? Qu’est-ce qui fait selon toi le style Hibou par rapport aux producteurs que tu viens de citer ?

Sincèrement, je n’ai pas la prétention d’avancer ce genre de choses. J’utilise des sons qui me plaisent, et chacun pourra y trouver sa définition. Les sons « dark » peuvent s’incarner de multiples façons, et prendre d’autres tournures, donc...

D’où viennent tes sons ? Que trouve-t-on dans ton studio (en plus de statuettes vaudous) ?

Un esprit sampleur, un fantôme de juno ou, un pentacle 303 par exemple.

Quel est le meilleur morceau doomcore que tu aies jamais entendu ?

Mike Oldfiel « Tubular Bells » ah ah ah

Crois-tu aux revenants, à la télékinésie, aux possessions démoniaques, à la combustion spontanée, aux crop circles, à la Bête du Gévaudan et aux prophéties de Nostradamus ?

Pour Madame soleil : oui, sans hésitations.

Je pense que chacun croit à ce qu’il veut croire, et peut se persuader que cela existe s’il s’en donne les moyens. Je pense qu’il y a une part de surnaturel, mais cela n’engage que moi bien entendu. On est loin de savoir tout sur tout. Quand une nouvelle découverte arrive, c’est toujours la révolution. Pourtant c’était là, mais personne n’avait cherché dans cette voie auparavant. La différence entre un mythe et une réalité tient dans la démonstration du fait.

Avais-tu déjà des contacts dans le milieu techno/hardcore quand tu as décidé de te lancer, ou est-ce toi qui est allé trouver les gens ?

Oui dans les deux cas. Je ne suis pas avare de contacts, j’aime que les choses se passent naturellement. Les rencontres se font a leurs rythmes et je préfère cela. Une partie de golf avec Gomez Adams est toujours un vrai plaisir !

Parle nous de Dr Strange, qui a fait le Tombe 03...

Dr Strange est un excellent compositeur irlandais, ses morceaux sont de qualité. Il sait bien créer des ambiances lugubres, et l’on se retrouve vite plongés dans des nappes mélancoliques. Il reviendra pour les prochains « enterrements », sans aucune hésitations.

Pourquoi le doomcore est-il si lent ? Est-ce une composante essentielle de l’ambiance ?

Le mid-tempo est une des particularités du Doom, pour rendre l’atmosphère plus pesante, plus profonde. Les sonorités sombres et lourdes sont tout aussi essentielles bien entendu.

Le doom se veut plus hypnotique, plus lancinant que le gabber qui est lui plus énergétique.

En tant que dj, insistes-tu sur ce coté hypnotique dans tes sets ? et si oui, comment ?

Tout a fait, l’utilisation de nappes dark s’y prête bien. La froideur des sons enveloppe rapidement l’atmosphère. Les voix répétitives contribuent aussi à créer une ambiance profonde. Dans un set gabba ou hardcore, l’idée d’énergie prime sur le côte hypnotique. J’apprécie les deux tendances. Après, c’est plutôt une question de choix dans la sélection des disques suivant l’esprit (es-tu là ?) de la soirée, de son atmosphère, ou de l’humeur du jour.

Quelles sont tes sources d’influence autres que musicales ?

En règle générale, ce sont les faits de tous les jours qui m’influencent le plus. J’entends par là des émotions, des sentiments. Le quotidien est une source inépuisable d’inspiration.

Si ta musique est le reflet de ton quotidien, tu ne dois pas te marrer tous les jours.

Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir...

Sur ton site il y a une section consacrée aux catacombes parisiennes. Est-ce un endroit que tu fréquentes ? qui t’inspire ?

Je ne suis pas un habitué des catacombes, j’aime y faire un tour de temps en temps.

J’apprécie beaucoup cet endroit. On y trouve pleins de choses a voir, l’historique se mêle au contenporain. C’est un lieu qui regorge de petits coins hallucinants et d’histoires qui y sont associées.

C’est une mine d’or et de decouvertes en gros.

On peut y ajouter les efforts physiques car de temps en temps ça ressemble étrangement à de la spéléo !

Un endroit qui gagne a être vu au moins une fois, mais la fréquentation excessive du lieu apporte bien souvent des sacs plastiques, canettes de bière vides et autres graffitis à deux balles.

C’est aussi un bon endroit pour écouter de la musique. Genre un bon dead can dance, ça passe toujours nickel. On peut effectivement y trouver de l’inspiration car ce lieu a beaucoup de choses a dire.

Attention, il peut aussi être dangereux. Mieux vaut y descendre avec le (les) gardien(s) des lieux sinon la visite peut vite tourner à quelque chose de moins plaisant !

As-tu remarqué un état d’esprit spécial chez les artistes et le public "doom" qui diffèrerait du reste des acteurs de la scène hardcore ?

Chaque personne est différente, c’est difficile de répondre. Je ne pense pas que qu’il y ait une profonde différence d’état d’esprit entre les deux mouvements car le Doom fait partie de la nébuleuse Hardcore.

Ce sont des personnes opposées à toutes sortes de violence, très respectueuses. Paradoxalement au caractère sombre de la musique, ils aiment la fête, beaucoup rire, et sont pro-écologie.

C’est de la musique de hippie en somme...

Ca y est ....... je suis démasqué !

Te produis-tu en live ?

Non, pour le moment pas de live, le transport des machines n’est pas mon truc. Le matériel est fragile et demande beaucoup d’investissements. Aussi déranger toutes les bestioles qui ont trouvé refuge dans mon studio n’est pas envisageable.

Le mot "rave" a-t-il encore un sens en France ?

De mon point de vue, oui. Dans un sens. L’idée de rave (culture techno) comme on l’a en tête existe toujours. Il y a des teufs, des ravers, des disques, des livres, des fringues...Donc vu comme ça, oui. L’état d’esprit de la rave a beaucoup changé, et comme tout le monde le dit « avant c’était bien... ». C’est vrai, il y avait de la magie à l’époque, le mouvement était nouveau et proposait une alternative niveau amusement. La rave a changé a partir du moment où elle a commencé à être médiatisée. Mais cela devait arriver un jour ou l’autre. Le mouvement ne pouvait pas rester underground bien longtemps car il était (et reste encore) très attractif.

Cela dit, il y a encore heureusement d’excellentes soirées, avec des personnes qui sont là pour la fête. La rave a aussi changé de son, l’évolution est intéressante. Cela permet de découvrir de nouveaux courants, une autre façon de mixer...

Tu as joué en Angleterre avec les Crossbones. Quelles différences as-tu noté par rapport aux soirées françaises ?

Ce qui me vient à l’esprit en premier est la façon naturelle qu’ont les Anglais de venir parler à des personnes qu’ils ne connaissent pas. L’ambiance est y plus détendue, plus sereine. Les participants s’amusent et ne jugent personne. Chacun fait ce qu’il veut, quand il veut, à partir du moment où il ne dérange pas les autres. Il est possible d’oublier sa veste et de la retrouver au même endroit au petit matin, c’est agréable. Jouer avec les Bones est toujours un plaisir, chaque soirée est un très bon moment. Mais j’ai aussi passé d’excellentes soirées en France.

Peux-tu nous dire un mot de tes prochaines sorties ? et de ce que tu comptes faire dans les mois qui viennent.

Deux sorties sont prévues en ce qui concerne Tombe : The Martyrs of Doom / Soundsquare pour le 05, et Dr Strange pour le 06.

Une vidéo des Martyrs of Doom pourrait se faire, également.

Une subdivision de Posthume devrait voir le jour si tout se passe bien. Un projet electro-dark par Contagious Sens. J’ai aussi des projets en cours avec Tieum.

Discographie Hibou :

Tombe 01 - "It’s coming from the Ashes"
Tombe 02 - "Chrysanthèmes"
Tombe 04 - "Empoisonnés"
Night School rec 04 - Tieum vs Hibou - "Blasphem EP"



Dr Venkman

Site web : http://posthume.gabber.org/

 

  Publication de l'article :
 
Février 2004

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