Pour ceux qui savent combien le Viennois dj Pure a été un artiste clé des musiques qui nous préoccupent, voici le pendant bariolé et morveux de sa beaucoup plus sérieuse anthologie « bodyhammer » parue récemment en double-cd sur Praxis.
Un coffret best of classieux sur le label arty Mego du projet le plus volontairement débile de la rave music du débuts des 90’s. Le concept en lui-meme est une énorme blague. Entre 93 et 95, DJ Pure et Christopher Just infligérent à l’Europe, sous pseudo Ilsa Gold - puis Sons of Ilsa - quelques anthems happy gabber folkloriques (« Silke », le remix de La Boum en a traumatisé plus d’un), ou dans une forme bien à eux de speed-acidtrance fluffy, extasiée et béate (« Up »). Le label local Mainframe accueillit l’essentiel de leurs méfaits, et en fut bien avisé vu le carton commercial qui s’en suivit. La bio du groupe nous narre au passage quelques glorieux faits d’armes, comme lorsque voyant leur live à Mayday ramené à 15 ridicules minutes, ils se pointèrent sur scène avec en tout et pour tout un DAT, des baguettes et des pots de yaourts. Ah ça, à l’époque ils savaient s’amuser.
Mais il n’y a rien de plus sinistre qu’un comique pas drôle (cf l’essentiel de la gadoue happycore hollandaise). Si les impostures d’Ilsa Gold fonctionnent c’est le fait d’une exécution impeccable, d’une sacrée inventivité et d’un sens de la composition très sur qui vient nous rappeler qu’aussi déconneur que soit le propos, les gars derrière les machines ne sont pas des clowns.
D’ailleurs « Bosnia 303 » et « Vienna Hartcore » versent moins dans la pantalonnade que dans un genre d’hard-acid vorace bien dans le son underground de l’époque. « Flieger remix » est gabba crypto hard-rock et gueulard style Rob Gee. « Elastico » avec son riff hoover décadent fleure bon le set de Liza cuvée 95. C’est à peu près tout pour le comestible au premier degrés. Le reste relève de la joyeuse enculade entre amis vêtus de tenues tyroliennes, se terminant pas un destruction méthodique du living room. En tout cas voilà la bande-son idéale pour tenter l’expérience, Lars Von Trier et ses Idiots ne renieraient pas. Ou comment financer les aventures musicales plus intransigeantes qui allaient suivre sur le dos du public à peine pubère et gavé d’X de Low Spirit, Marusha and co. La stratégie est bien connue, mais les amateurs de cynisme raffiné en rient encore.
Et puis que le monde se rassure, figure bien évidement le monument « For Blond Nuns » tiré du Ilsa Gold III/Mainframe 010. Il est présenté dans ses deux versions dont l’impayable « Chicago remix » ; laquelle s’ouvre sur une montée infernale d’1 :40 conclue par le sample à pisser de rire « stop this fucking hardcore and give me some Chicago house » (la suite est pure poésie).
Enfin histoire de faire collector, des extraits d’émissions radios dont le duo fut l’invité - rien compris mais ça a l’air drôle- et une poignée d’inédits dont « Under Fire », qui prouve au monde incrédule qu’on peut faire de grandes choses avec un clavier bontempi.
Ah, et en morceau caché : une cover du standard techno belge « James Brown is dead », tout spécialement revu et corrigé à l’intention du démagogue de l’extrême droite autrichienne Jorg Haider. Que demander de plus ? peut-être les remixes de « Silke » par Speedfreak/Biochip C sur Force Inc, ainsi que celui d’E-de-Cologne, tous bien supérieurs à l’original. Mais ne soyons pas pervers.
Donc 10 ans après les faits, Pure et Just s’apprêtent à se faire l’autre peloton des ravers de l’époque. Ceux qui snobaient le truc et qui aujourd’hui, trentenaires passés à l’electronica mais quand même un peu nostalgiques, vont trouver ça tellement fun et décalé.
Ils sont forts.
Dr Venkman