La Grange à Musique est une salle à taille humaine (lire petite) dont l’éloignement de Paris décourage les curieux assurant le volume de soirées plus en vue - ce qui n’empêche pas certaines oreilles atterries là de repartir avant l’aube. Le 26 juin tôt dans la nuit, l’ambiance fut vite à ce stade de sécheresse liant les vieux compadres complices en exaction depuis longtemps, un peu à l’image du joyeux comité présidant à l’organisation de cette soirée.

La Grange à Musique, à 2h du matin, porte mal son nom. C’est un salon, comme à la maison, au milieu duquel se faire trousser le cerveau s’accomplira donc dans la sérénité. Le son des K-Bal, tout de rectitude dans l’exactitude, a le claquant mielleux. Basses équilibrées, mediums contenus, aigus alléchants : s’il est une agression elle est musicale plus que sonore. Sur les deux écrans surplombant les enceintes défilent des visuels suggestifs, dont le traitement saccadé et répétitif répétitif répétitif répéti... fait rimer leur éloignement des canons du genre avec leur promptitude à happer par le bout du nez (qui sera dansé en l’air, donc).

DJ Tense est grand et malicieux et son bon set sonne chaloupé. Dévoilant au coin de stances accélératrices un goût pour ce groove hard funk entendu chez d’autres tourneurs de disques new-yorkais, Bobby la gouache admoneste la sévérité (nous sommes dans une soirée speedcore) avec bonhomie et joue ses breaks entre coups de reins et interjections de rue. Tense est de cette race de DJ - d’autres sont répertoriées - dont la propre musique les catapulte dans cet état qu’ils veulent retranscrire avec deux faders, un crossfader et des equalizers fréquentiels. Le speedcore est amène, bien que certains membres de l’assistance lookés genre tekos mains propres commencent à se demander quand va arriver le hardcore (avec des « petits sons chelous »), interrogation en guise de seul espoir musical de la soirée. Parce que si un Tense joue la partition de l’amour, celui-ci s’avère saccageur de conduits dans l’orgasme. Autant d’écart entre le fond (musique, éclate, destroyerie fun) et la forme (speedcore bold et tabasseur, la barre des 300 bpm est franchie depuis longtemps) qu’entre les pieds au bout de deux cuisses ouvertes. C’était la face humaine des choses.

DJ Plague joue équipé d’une cagoule. Timidité ou crédibilité, on ne saura. Succédant à un Tense musical dans le fist mental, il accrédite cette vision du DJ speedcore enchaînant les morceaux plutôt que les calant. Moins de musique, ambiance fin du monde soutenue, les nappes se chevauchent, les breaks s’allongent et les ruades de kicks fricotent avec le noise. La frange jeune du public s’estompe, des tournées de chat-bite s’esquissent sur le dancefloor, le son reste crémeux. Plague travaille sur la sélection, la technique est en recul mais la prestation, entre premier degré-tête-de-déjà-mort et nihilisme bien nourri, permettra de reprendre son souffle avant un enchaînement au sommet.

Helius Zhamiq est remonté. La faible affluence y est peut-être pour quelque chose - ou peut-être pas. Trois platines actionnées sec et faders dérapés au frein à main. Quelques disques de hardcore en intro repeuplent le dancefloor, mais déjà surgissent ces morceaux aux sonorités liquides, boucles suprêmes et nappes galactiques. Déconstruction en cours. Les tracks rythmés se répondent de loin en loin, au travers de phases crissantes aux ordres d’un exécuteur de facilité. Il faudra payer pour rester. Relégués le speedcore, le noise, l’expé et autres machins. L’exactitude des cuts autorise une respiration, pas deux. Les BPM s’oublient sur le tapis, ainsi que le dancefloor enfin taillé aux mesures des plus rudes velléitaires. C’est cohérent, pensé-joué-délivré. Le mix est impitoyablement élaboré : les disques se répondent selon d’inavouables logiques. Le chaos s’invoque et là tout de suite il est sapé grognon.

Alors Axiom, vous pensez ! Bestial parfois, esthète toujours. Rien n’empêche donc que son set alignât bien plus de kick que celui de son prédécesseur. La linéarité (relative, comme tout cette nuit) contrebalance la vitesse. Nappes et rythmiques entraînent dans la punition. Axiom pas content (non plus). Sombre et pas assez extrême pour vider le dancefloor. Bien plutôt question de fendre la vitesse sur le rasoir de ce fil tendu entre hardcore et speedcore. Longues plages de mix articulées de quelques stratégiques cuts, entrées et sorties barricadées, le coefficient de dilatation mentale se découvre de nouvelles ressources. Mélancolie, revanche, énergie, toute une palette y passe et le DJ joue gros et bon. Jusqu’au dernier morceau balancé comme un au revoir (de la nappe, oh ! De la nappe) rendu par la dernière brochette en activité sur le dancefloor, applaudissant des mains qui lui restent le DJ, la soirée et ses organisateurs.

Excellent moment familial donc : musique beaucoup, ambiance chaleureuse, son réglé bonheur, visuels porteurs. Aucun initié ne bouderait son plaisir de voir s’agiter un dancefloor vraiment rempli vraiment toute la nuit, le speedcore ne se perpétuant pas que grâce au mécénat, et puisque les soirées hardcore post-free excitant les petites nouilles des jeunes nouilles ne consolant pas de la rareté d’évènements tels que ci-avant décrits.
Site internet Klynikal : http://narbouk.free.fr/
Dronnzz