Maintenant que la techno « dure » a assez d’histoire pour se pencher dessus, nous sommes allés exhumer une vingtaine de trésors oubliés (ou ignorés) du patrimoine hardcore, hardtechno et hardrave de 1992 à nos jours. Des disques tueurs, purs produits de leur époque ou au contraire totalement en avance sur leur temps, qui impressionnent encore en 2007 même s’il n’y a plus personne pour les jouer...
Opération dépoussiérage >>>>>>>>>>>>>>>>>
Trip Commando -
« Temple Tunes Volume 1 » - Dance Ecstasy 2026
1995 : Marc Acardipane sort un maxi par semaine et feu la part utopique de la rave met en scène sa propre disparition via le superbe track en face titre de ce maxi. Une fragile plainte est mise en boucle. Un synthé épique et mortuaire surgit sur ces entrefaites et, une fois posées ses variations, les projette le long de séquences allongées à l’envi, jusqu’au paroxysme de l’élégie. Loin des fréquences triomphantes entendues sur les Cold Rush, ignorant les saccages commis par le gabber, ce synthé-roi oscille entre tripes et tête par le jeu d’évolutions dessinant les contours d’une rave plus forte que les démons qu’elle a engendré. Pourtant, point de mysticisme frelaté (la trance s’en chargeait bien) ni de posture s’en-fout-la-mort : l’affaire est entendue. Se fondre, simplement, dans ces entrelacs dessinant en creux la fréquence absolue. Les fantômes peuvent désormais servir de piliers à une culture rave mort-née, et ce morceau raconte aussi bien son pic que tout ce qu’on a loupé. Mais si le secret de la transformation en androïde est découvert un jour, voilà la musique qu’on entendra dans la rue.
Miro - Future World 02
Miro dans à une période très prolifique. Sur Kotzaak, la sauvagerie ; sur Dance Ecstasy, un hardcore étincelant. Ici, sur la deuxième référence de feu son label Future World, un magique « Move My Bod-E », genre de progressive rave robotique. Toute la mélancolie de Miro en un track. Là où, sur Kotzaak, elle est extériorisée via un doom speed et braillard, et quand sur Dance Ecstasy elle sert de socle à une conception replète de la musique de dancefloor, elle est ici déliée au fil d’une mélopée développée le long d’une nappe magnifique. Un « Move My Bod-E » vocal idéalement mécaniste jalonne le premier tiers du morceau pendant la montée du synthé. Diluée, étirée pendant le break, cette boucle est fondue dans une pulsation soutenue par une rythmique impeccablement simple, évidente plutôt qu’agressive. A l’opposé de cette frénésie servant de refuge aux combattants d’arrière-garde, Miro allonge les postulats et s’élève, avec ce qui est un de ses trois meilleurs morceaux, au-delà des frontières de la techno, de la rave-music et du hardcore. Rarement aussi atemporel, il tient avec « Move My Bod-E » un maître morceau au classicisme jamais remis en question.
DJ Freak - « Unknown Territories » - Boneheddz # 2
Plus vraiment hardcore, mais férocement apocalyptique. DJ Freak sur son label, loin de ses brailleries saturées et gavantes ; ici, des tracks tout sub-bass et de contenance acide, prenant à l’industriel sa froideur désabusée et trouvant dans la répétitivité le moyen de souligner un constat d’effondrement. Pas vraiment festif, ce bloc de musique paranoïaque confinant au morbide. Foin d’autocontemplation satisfaite mais l’inscription des cendres d’un genre, le hardcore, dans une entropie dont l’issue est ici expliquée. Ecouter les morceaux dans l’ordre fait d’ailleurs passer d’un superbe track tout en reptations se répondant en écho à un speedcore revenu d’entre les morts par quelques chemin mentaux - oui, fut un temps les synapses jutaient d’autant facilement que la conscience de la fin était devenue claire. Reste cet ovni, entre musique industrielle rêvée et avoinage speedcore & nuances de disto. Raide.
Mr Sinister / Moleculez / Slavefriese - « Harbingers of Doom » Audiovoid Recordings 000
C’est le “Disillusionned Masses” de Mr Sinister qui tire l’effort collectif. Bien sûr, c’est comme promis à l’opposé de tout état d’esprit type hands in the air. La monotonie de la rythmique rappelle qu’on est bien dans le doom. La boucle lancinante et les chœurs lointains de l’intro nappent l’ambiance de sacré. Un break arrime une dose convenable de solennel, toujours nécessaire quand il s’agit de cadencer le pas de l’armée des morts. Jusque là : une habile mixture des codes du genre. C’est donc la furia portée par la principale boucle qui propulse ce track au rang d’anthem, même si cette dernière idée est incompatible avec les menées des représentants du peuple de l’ombre s’adonnant à la mise en musique de leurs visions morbides. Toujours fascinant, le grand écart entre la recherche de certaine ferveur noirâtre devant passer pour malsaine et cette idée de faire danser du monde. Où ces gens-là vont-ils caser leur festif à eux, pas évident à trouver. Mais Mr Sinister, là, quand même.
Nukom - « Raw Hardcore Vol. 1 » - Hong Kong Violence 01
Répétitif et sans breaks, speed et minimaliste : un magnificat du hardcore industriel. Quatre morceaux impeccables, tous tenants de la variation sur trois sons. Ce « Raw Hardcore Vol. 1 » justifie que ‘hardcore’ et ‘techno’ soient encore accolés, alors même que ce maxi a été produit à une époque ou ledit hardcore s’était détaché depuis longtemps de ses racines - bien ou mal, à James Brown de le dire. Le climax est atteint avec « Really Hardcore », aride comme une tête d’épingle sous un strobe fou. Une sub-bass des grands fonds, une narrativité limite vaudou adjointes à une totale absence de démonstration de puissance : l’antithèse de certain hardcore actuel - pas moins bon pour autant - tout de kick et de testostérone. Nukom porte un certain sens du deep au plus haut en atemporalisant une musique dont les visionnaires au petit bras assurent qu’elle ne survivra qu’en abâtardisant son ADN dancefloor, et démontre que ce titre, « Raw Hardcore Vol. 1 », est mérité. Autant qu’il est un gros mollard bien collant sur la gueule du cocksucker et autres motherfucking son of a bitch interpellé à un moment de ce, euh, chef d’œuvre.
Motherlode - Eschaton 001
Une hard techno chauffée à blanc, en plein excès de vitesse et empilant moult effets du track qui monte. Quelques reculades rythmiques annoncent en effet le grand saut d’une boucle courant le long d’un spectre aigu, aimable folie au milieu d’une salade mentale trouvant son paroxysme dans un break beau comme de l’art naïf, ou comme ces charleys phat comme on n’en ose plus depuis des années. Une intensité confinant à la furie. Bien sûr, si les Hoffman avaient une odeur, tout cela puerait l’acide de très loin. Ne reste qu’un 7’’ blanc témoignant du rôle du feu sacré dans certaine conception de la fête techno. Sur la face label, c’est rien plus déstructuré, ambiance l’enfer a des coulisses. Rhôôô.
Black Blood - Frontline Of Sound 01
Un des meilleurs labels mort-nés de l’histoire : trois références et puis s’en va. Sur ce premier jet, un hardcore noir, poisseux et furibard échappant au cadres anglais classiques (breakbeats, samples de scratches et de MCs). Il s’agit plutôt ici de récits terribles mêlant copeaux industriels et traits acides pour s’enfoncer dans les profondeurs du désastre. En face info, la splendide cavalcade mentale de « Percussnaredrumhat », la vélocité d’un missile doublée d’une évidence instinctive confinant au bestial. Un shot féroce qui foudroie les niveaux. « Warzone », derrière, n’en fait pas pour autant pâle figure. Heurté, il se déconstruit jusqu’à laisser s’échapper une stridence acide échappée des mid 90’s avant de laisser libre cours à une sauvagerie sublimée par une construction toute tournée vers l’estocade permanente. Du rude. En face logo, un « U.T.A. » atmosphérique (comprendre : en dessous de 200 bpm et avec plus de nappes) déroule quelques états languides, de ceux qui font entendre les soupirs de mélancolie d’une civilisation empoisonnée. Grandiloquent ? Voyons là les restes d’une vision fracassée, tenus ensemble par la chantilly du baroud d’honneur.
The DJ Producer - « The Technological Revolutionary »
Deathchant 22
L’essence de Producer : un morceau, “The Sirens Of Aqua Suns”, en plusieurs mouvements. Tout y est : les pleins, les déliés, les breakbeats, une rythmique reconnaissable entre toutes, des nappes aux textures trancey, des envolées, et, en prime, le goût si romantique d’un certain paradis perdu. Là où moult tracks hardcore la jouent compact, épaules rentrées et carton plein, ces chants de sirènes cosmiques invitent le vent des dieux à venir apaiser les souffrances des pauvres êtres molestés ayant encore le privilège d’avoir une paire de tympans. Producer : la classe, le style, et un évident plaisir à fouailler les entrailles de ses machines pour en sortir des sons aussi soyeux que l’idée lui a pris de donner au track un titre techno-love comme on n’en ose plus.
Justice / Noisekick / Drokz & Sadisk / Creatures of the Occult - “Just Fuck, Not Love” - Cunt Limited Fuck Parade Edition 002
Un track immense, le “Burn The Traitors” de Creatures of the Occult accompagné de son “Coffeecore Remix“, et toute la splendeur de l’entreprise Cunt apparaît. Apparu en contre-feu du déferlement happy, c’est en tordant les gênes du gabber originel que le label de Drokz en est arrivé à devenir une référence du hardcore d’arraché. Ainsi donc, « Burn The Traitors » pousse dans ses limites un synthé saccadé qui, à 30 bpm de moins, passerait pour une horreur mainstream. L’ensemble de certaine syntaxe cramée, du son du kick à la structure rythmique, est ici aligné comme à la (Fuck) parade. Un track démoniaquement propulsif, un joui satanisant, un pogo mental au sommet d’un majeur dressé géant. Le « Coffeecore Remix », plus deep, dévoile le plan des territoires ultimes, lieu de destination des cerveaux brûlés et confits dans une sorte de cold rush permanent. Célébration d’une sauvagerie originelle retrouvée grâce à un usage dévoyé de la technologie, ces deux morceaux parfaitement non respectables portent au plus haut un certain axiome techno, celui du paradis perdu. Foin de nostalgie pourtant, mais plutôt la célébration d’un nihilisme festif au percutant savoureux. Slurp.
Temper Tantrum vs Unexist - « Destroy The Earth » -
ISE002
Oliver Chesler et Jappo réunis au sommet, avec en tête de proue un « Omnibeam » étincelant, un track de hardcore chanté (si si) jetant des ponts dans tous les sens, rappelant au hardcore ses racines dance. Rarement la vision du genre en tant que disco dévoyé a été aussi évidente. Pourtant, rien de cheese. Tout ici est puissance, gloire et feu, cf les paroles on ne peut plus explicites. Un hymne du hardcore épicurien, loin de la musique de MP3-ravers qu’il tend à devenir. Le « Lord Of Darkness » de Jappo solo assure : ici dans une époque intermédiaire entre l’italo-hardcore des débuts et la phase noisy commencée un an après la sortie de ce disque avec le EP « Fistortion » (Lethal Insanity 002), le producteur signe un track superbement affûté, toute énergie dehors, au tranchant étrangement méconnu. Quant à « Everybody Gets Laid », récréation electro au programme alléchant (“I like sex and you like sex, so together let’s have sex / I like drugs and you like drugs, let’s have sex and take some drugs”, genre), il devrait passer plusieurs fois par nuit, dans chaque soirée, à toutes les vitesses.
LNE /Ingler/ XMF - « Mururoa EP » - Substance
vestige d’un temps ou la France avait sous la main quelque chose comme
le meilleur hardcore du monde, ce maxi réunit 4 inédits extraits de la
compile CD du même nom. Particularité : compte un des meilleurs morceaux
d’Ingler et un des meilleurs morceaux d’XMF.
Liza n’Eliaz et son « is it dark ? » brasse les influences Paris/New
York : kick métallique, bruits concrets, couinements et froissements en
droite ligne de l’avant-garde française telle qu’en vigueur en 95, et un riff
de guitare en 8bit à la moitié lorgnant plus sur la hargne IS bête et
méchante. Le crossover est bien mené mais moins dévastateur que le reste du
maxi.
Le reste c’est d’abord XMF qui balance « FM terror » tout en cut-up
de conversations de tour de contrôle séquencées à la perfection sur un pied
raide et mid-tempo pour l’époque (dans les 190 bpm quoi...). Grosse intensité
qu’un synthé malsain vrillé à la LFO achève de faire basculer dans le
sinistre sur les dernières minutes. Voilà du real hardcore aux boucles
courtes, à l’esprit hypno-techno sans fioriture, c’est à dire pas encore
noyé sous les glitcheries informatiques cache-misère. Darkcore NL, rentre chez ta mère.
Laurent Hô, lui, sert d’abord « Diklax » : du Ingler pur jus,
iconoclaste, inventif, froid mais facétieux. Hô alors au zénith de sa phase
hardcore fait groover des fréquences néfastes, une tonalité téléphonique
et une voix saturées reprenant les paroles du « Relax » de Frankie Goes to
Hollywood. Avec un long et redoutable break . Puis vient « Polyterror » et
ses séquences particulièrement déshumanisées, comme si l’ordinateur avait
composé seul le track. Un épisode glacial charpenté sur un dialogue complexe
(surtout pour l’époque) entre différents kickdrums industriels. Plus des
fragments de voix humaine en boucle. C’est tout ? Oui, mais ça en raconte plus
que trois deathchant. D’une certaine façon, LE Epiteth manquant de la grande époque.
Distorted Waves of Ohm - “With intent to distort” -
Eurk 003
De la techno indus rongée à l’acide de batterie mais pas connement
noise (les sons restent très précis et incisifs). Des disques comme ça, il y
en a eu des tonnes à la mi 90. Mais celui ci compte parmi les tous meilleurs en
terme à la fois de composition et de plaisir d’écoute. Tous les morceaux
exhalent les mêmes vapeurs toxiques enivrantes, les idées fourmillent, la
programmation rythmique est aussi fine que dansante. Un monument des squat
parties londoniennes et un grand disque de musique électronique qui tape, tout
simplement.
Dj Niel - “Battlefield EP” - Coolman Special 007
Si « The cave » se résume à un gros track midtempo bien fait
mais guère marquant. "Battlefield", en face A, est une monstruosité féroce
que peu ont vu passer (merci Face Hoover de l’avoir playlisté).
Presque autant super-heavy-belgium-tekkno que gabber malgré sa
provenance hollandaise, cette charge à 150 déploie un énorme vortex
analogique tourbillonnant qui se balade à travers le spectre des fréquences
comme une tornade s’acharnerait sur un hameau. Chaque élément rythmique
claque à la perfection dans son sarcophage géant de reverb. Le genre de truc
d’une simplicité, d’une solidité si désarmante qu’il ne souffre pas la
contestation. Parfait pour le « peak time » d’un set doomcore/gabber
midtempo.
Delta Plan - « Indelibile » - Nova Zembla LP
La schranz peut épaissir le trait jusqu’à la caricature, compresser
ses kicks autant qu’elle le veut, elle n’attendra jamais le même degrés de
puissance aliénante.
Delta Plan est un duo niçois disparu dans la nature et qui compte
pourtant parmi les meilleurs projets techno jamais sortis de France. De la
techno dans ce qu’elle a de plus implacable et atonal, s’entend. Signé sur
Nova Zembla, excellent label lui aussi oublié, ce LP joue la
linéarité totale, avec des titres qui ne sont que superposition de très
bonnes boucles mordant dans le rouge juste ce qu’il faut pour crisser
agréablement à l’oreille. Quasiment aucun break et une précision dans
l’hypnose qui confine à la méthode scientifique. Le groove est bien plus
tribal/primitif que funky et un je-ne-sais-quoi de mystique flotte en
arrière-plan : avec du recul, c’est ce genre de techno qui aurait mérité
l’appellation « trance ».
Toujours est-il que peu de temps après, le « spherical perspective »
des mêmes niçois devint un éphémère tube de free parties... Il est vrai que
ça passait toujours mieux en 45 tours que du UR.
VDD Energise - "Belgium Frites EP" - SSS 01
Désireux de doter Drop Bass Network, le mythique label hard-303
sataniste du Milwaukee, d’une division encore plus hardcore. Sa tête pensante
Kurt Eckes crée en 95 la sous division Six-Sixty-Six comme une réponse aux
productions de plus en plus radicales qui arrivent du Vieux Continent.
Pourtant cette première sortie ne se distingue pas par des sommets de
violence terminale mais plus par la perfection de sa mécanique à vif. Acid
robotique décharné, bleeps et cliquetis de servomoteurs traversent des
ambiances mentales et/ou lugubres sur 6 cuts de très grande qualité. Une
forme de complexité dépouillée pleine d’intelligence, et cette atmosphère
de warehouse purement 90 qui semble si lointaine alors que c’était hier.
Difficile pourtant de jouer ça avec la production actuelle...mais réécouter
est déjà plaisant. Sinon de nos jours VDD Energise s’appelle dj Valyom et
sort de la « techno body music » façon Terence Fixmer.
Section X - « Sector X » - X-DR 003
Un petit hommage à ce live parisien oublié et très sous-estimé.
Injustement affiliés à la mouvance goa alors qu’ils n’utilisaient pas les
recettes du genre, les deux musiciens de Section X travaillaient un son
hardtrance au sens le plus noble, jusqu’à atteindre des niveaux d’intensité
rares. Cela leur permettait d’ailleurs de se produire sur des plateaux mixtes
aux cotés de dj purement techno. Et même de se payer le luxe d’être le
climax de la nuit. Leur signature : une impression d’ascension irrésistible et
de vitesse extrême...à 140 bpm. Un vrai son de rave party qui grimpe, qui
galope sur des basslines à l’arpeggiateur caractéristiques du projet, mais à
l’esprit bien différent des trucs electrotechno contemporains. Le coeur de
Section X n’était pas tourné vers les années 80, mais tout entier vers la
célébration du moment présent.
En face A, « Sector X » est leur anthem définitif. Pas de temps
mort, une autoroute de pure vélocité jusqu’au break, une grosse voix qui dit
« welcome » et l’irruption d’un juno affolé, urgent. Puis tout repart dans
un grand rush avant d’accueillir une synthé final plus mélodique sans verser
dans la trançouille cucul (quoiqu’à chacun son seuil de tolérance en la
matière...).
Ce n’est ni du Mozart, ni même de la « grande techno », mais un cas
d’étude en terme d’efficacité hangardière pure.
On ne s’étonnera pas que le projet ait refait brièvement surface vers
98 avec une sortie cette fois-ci purement hardtech (et pas hardtek), mais aux
tracks toujours très solides.
Rotterdam Terror Corps - “There’s Only One Terror” -
Megarave 14
RTC méconnu ? Pas exactement, mais le live act aux danseuses de rade
routier texan a cet effet épouvantail sur l’esthète de base, qui a dû en
faire passer plus d’un à coté du remix par Dr Macabre lové en B1. Dommage
car c’est l’une des plus belles réalisations d’un Guillaume Leroux pourtant
pas à une balle près.
Symphonie pour laser et fog machine, cette odyssée spatiale qui n’a
plus grand chose à voir avec l’original (c’est pas bien grave), invoque tous
les blizzards de Pluton dans une grande messe de synthétiseurs pécépiens. Le
genre mi-riff mi-nappe qui se filtre, se défiltre dans de grandes giclées de
sérotonine. On en a déjà eu pour notre argent qu’un ultime synth beaucoup
plus tortueux se jette dans la bataille et vient sublimer une fin de track
magistrale... La progression est parfaite. Pas chargé mais pourtant très
riche, rave jusqu’à la moelle et pourtant intemporel, le docteur est ici au
sommet de sa discipline : la musique for huge space arenas.
Leo Anibaldi - « Possession EP » - ACV 1014
Leo Anibaldi forme avec Lory D et Marco Passarani la sainte trinité
des italiens les plus inspirés de la techno. Les trois se sont toujours joués
des styles, liant leurs expérimentations par une poésie souvent sombre,
baroque, et un goût pour la maltraitance de tb 303, ou plus largement le magma
analogique comme champs de force instable et hors-controle. De la matière brute
pour leurs délires electro-narratifs. Ici, on a l’apogée du plus oublié des
trois (qui travaille néanmoins à son come back via Rephlex).
Le Possesion EP c’est l’acid aux mille visages, de l’ambient sépulcral
au hardcore furieux à 200 en passant par une dark techno hantée et malsaine,
mais à chaque fois : la grande classe. Que dire ? quand la table est aussi
garnie, que l’atmosphère et l’énergie convergent à ce point -qui plus est
vers des territoires hors normes- on tient un disque à chérir. Le coup de
grâce, c’est quand on réalise que l’affaire date de 1992. Wow.
Denn vs Alchemist - Lost in Holland - TCA 002
Fourtracker hardrave qui devrait figurer dans le Petit Robert en
illustration du terme « efficace ». Derrière on retrouve Al Core de
Micropoint et un mystérieux Alchemist qui semble-t-il n’est pas Radium.
Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire, ce n’est pas un
essai frenchy de gabber hollandais mais du hardcore midtempo qui décape tout,
en restant beaucoup moins noisy que le Micropoint d’alors. Hardstyle nous dit
discogs. Soit, mais en avance et avec des influences industrielles et acid
parfaitement digérées.
La face A emporte les suffrages et en particulier le titre
d’ouverture « I’ll will take you down there », souple autant que
puissant, avec un break qui libère des sons spatiaux descendants totalement
imparables. A une époque ou le hardcore français était encore dans une
optique de radicalisation jusqu’au boutiste (rebutant par la même toute une
partie du public rave), ce disque apparaît à posteriori comme une tentative
précoce de faire plus accessible. Une chose est sure : le résultat est
autrement plus séduisant que la vague frenchcore, qui allait se charger pour
de bon de mettre le style à portée des teenagers quelques années plus tard.
Dr Venkman,
Dronnzz