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Low Entropy

 

"J’essaie de faire des morceaux qui a) te font bouger le cul b) font que des frissons te parcourent l’échine c) te font réfléchir au monde bousillé dans lequel nous vivons...

Mes influences viennent d’artistes et de labels comme somatic responses, biochip c, senical, miro, patric c, fischkopf, praxis, pcp..."

Voilà comment Söenke Mohl, déjà quelques galettes remarquées sur des labels dont la réputation n’est plus à faire- se présente sur son site. Sur que ça inspire plutôt confiance.

Signal Zero : Le Praxis 36 et le Black Monolith 05 sont très différents. C’est vraiment le même Low Entropy ?

Low Entropy : Ca l’est. J’ai toujours pratiqué différents styles de hardcore : speedcore, breakcore, electro-core, hardcore industriel. Je fais aussi de l’ambient et des trucs expérimentaux.

Le Praxis 36 était mon incursion dans le broken beat et un genre de « doomcore industriel » comme en composaient Somatic Responses, Senical, etc...

Le Black Monolith 05 est un essai hard-techno et hard-acid bien influencé par le vieux hardcore des premiers Industrial Strenght, 303 Nation, (PCP)...

Les morceaux du Black Monolith sont bien plus minimalistes que ceux du Praxis mais j’ai passé plus de temps à bien faire sonner tous les éléments de chaque titre. Mis à part ça, je dirais que les deux sorties ont beaucoup en commun. Elles sont toutes les deux sombres et dures, ont la même atmosphère et le même état d’esprit. C’est ce qui importe pour moi de toute façon...les émotions, l’état d’esprit derrière un morceau, beaucoup plus que de savoir s’il a une structure 4/4 ou breakcore, à combien de bpm il tourne et toutes ces conneries...

S-Z : Tu sembles aussi à l’aise quand tu produis du hardcore que du break. Y a-t-il un style que tu préfères à l’autre ? Que penses-tu de leur rapprochement croissant ?

L E : Qu’entends-tu par hardcore ? Le 4/4 ? "Hardcore" pour moi englobe tous les styles de musique électronique dure : breakcore, noizecore, gabba, tout ce que tu veux. Je ne privilégie pas vraiment un style à l’autre, et comme je l’ai déjà dit l’émotion et l’esprit sont les seules choses qui m’importent. Le breakcore cheesy est aussi chiant que le hardcore cheesy.

S-Z : Te considères-tu comme un fils spirituel de l’école Fishkopf/Otaku/Blut et toute la scène de Hambourg, qui a été si productive et innovante à une époque ?

L E : OUI ! Fischkopf était, est, et sera toujours mon label préféré. Fischkopf avait des années d’avance sur la plupart des labels de la scène hardcore et par certains aspects, les a toujours. Ils ont démontré que le hardcore n’était pas obligatoirement du BOOMBOOMBOOM mais qu’il pouvait être créatif, expérimental, intelligent. Je suis sur que c’est très facile d’entendre l’influence que Fischkopf a pu avoir sur mon travail : )

S-Z : En parlant de Hambourg, comment est la scène hardcore/breakcore dans ta ville, et dans le reste de l’Allemagne ?

L E : Réduite, mais de qualité. La scène hardcore hambourgeoise est un petit groupe d’une douzaine de personnes peut-être (en ne comptant pas les gabbers..). Et il y a un paquet de gens qui ne sont pas des hardcore maniacs à 100% mais qui apprécient le son hard eux aussi. A notre fête à Hambourg on a eu 300 personnes en train de péter un câble sur du hardcore. Ce qui m’a surpris c’est qu’il y avait dans le tas des gens qui n’avaient jamais entendu cette musique et qui dansaient sur les breaks les plus bruitistes et déglingués qui soient ! Je me souviens que quand j’ai commencé à écouter du hardcore, même un morceau comme « Extreme terror » était trop dur pour moi, jusqu’à ce que je me fasse à la dureté !

On dirait vraiment que le Hardcore gagne en popularité ces temps-ci. Mais c’est toujours la même histoire : pleins de gens apprécieraient ce son, mais ils ne le connaissent pas car MTV, Sony et compagnie ont le contrôle et diffusent toute la journée de la musique de merde ennuyeuse. On essaye de contourner ça en ce moment, et de faire entendre le son hardcore à une plus large audience en animant une émission de radio mensuelle sur une radio de gauche non commerciale.

Et pour ce qui est du reste de l’Allemagne : Berlin et d’autres villes ont aussi leur petite scène comme nous. Les auditeurs de hardcore sont probablement disséminés à travers tout le pays...

S-Z : Quel regard jettes-tu sur le hardcore français d’aujourd’hui, qui est très différent de ce qu’on pouvait entendre il y a quelques années ?

L E : Bon, il y a ce truc appelé « frenchcore » en Allemagne (et dans les autres pays aussi je pense), qui est à mon avis totalement chiant et vide. C’est complètement formaté, tous les morceaux sont pareils, ce n’est même plus du hardcore car ce n’est ni hard ni rentre-dedans. Hey, la hardtrance de 1996 sonnait plus dure que cette musique ! Je pense que les producteurs qui font ce machin sont simplement en train de cibler le marché nazi gabber hollandais dans l’idée de se faire un peu de thunes... Ce qui est honteux car la France a longtemps été mon pays préféré quand elle s’est mise au hardcore. Il y a toujours de la bonne musique qui vient de France néanmoins. J’aime beaucoup les labels K-ni-bal et Mars Assault par exemple, et il y a sûrement d’autres trucs français stimulants que je ne connais pas !

S-Z : Les choses évoluent-elles de la même façon dans ton pays ?

L E : J’ai déjà décrit la scène hc underground d’ici. La plupart des producteurs breakcore de 1995 font maintenant de la musique pop, ça craint aussi, ouais.

Certains producteurs de gabber allemand se sont aussi mis au « frenchcore » parceque c’est vraiment devenu un gros truc dans la scène gabber nazi/hooligan maintenant, pas que j’en ai quoique ce soit à branler des producteurs gabber d’ailleurs. Le gabber a perdu son esprit il y a environ huit ans.

S-Z : Ta musique est-elle engagée politiquement ?

L E : Politiquement est sûrement un mauvais terme. Ca peut signifier différentes choses pour différentes personnes. Comme le dit Wilhelm Reich, la politique est souvent un moyen de se détourner des vrais problèmes du monde réel, " gueule le slogan x, vote pour le parti y, attends la révolution z ".. Est-ce que ça a déjà fonctionné de cette façon ? non ! Dans 99% des cas la politique c’est juste des théories à la con sans rien de concret. Mais la musique n’existe pas au milieu du néant. Elle est connectée au champs social, culturel etc.. Même la musique qui se prétend « juste pour le fun » l’est. Prends une connerie comme Kraftwerk par exemple. Pleins de gens les disent apolitiques, mais leurs paroles appuyaient totalement le status quo. Si ce n’était pas un terme surexploité, je qualifierais des morceaux comme « we are the robots » de complètement fascistes.

Hum.. pour revenir à ta question, ma musique est « engagée » d’une certaine façon. Elle essaye de t’encourager à résister, à t’affirmer, à défoncer tous les connards assez malchanceux pour se retrouver sur ton chemin, à éprouver de l’amour etc.. Le hardcore est la seule musique assez puissante pour éveiller les aspects cachés de ta personnalité. Je ne suis pas assez naïf pour croire que la musique va déclencher une révolution, mais j’espère qu’elle peut au moins apporter quelque chose à certaines existences.

S-Z : Tu as des projets ?

En ce moment même je travaille sur la finalisation de mes prochaines sorties sur Black Monolith et Praxis...

Le Black Monolith sera hardcore 4/4 et doomcore, dans un style très PCP. Mon cd sur Praxis sera un pas en avant par rapport au praxis 36. Sur ce dernier, je voulais méler des paysages sonores à un coté hardcore dancefloor, le plan mental avec le plan physique.. De la musique qui déclenche des images dans ta tête, mais secoue ton corps en même temps. Ce sera la même pour l’album sur praxis, mais en plus fignolé, plus profond...je voudrais que ça devienne mon manifeste sonore personnel...le son Mow Entropy :)

Je bosse aussi sur des morceaux plus digital breakcore, un peu dans la veine de ceux sur mon LP Widerstand 13, mais en plus radical, pure musique de fête avec un coté toxique. Je n’ai pas encore trouvé de label pour les sortir, donc si un mec d’un label lis ça et cherche à sortir ce genre de trucs, qu’il me contacte : ) Je fais aussi de l’acidcore, principalement aux alentours de 130 bpm. Beaucoup de bleeps futuristes et de gros pieds lourds. Là encore, pas de label sur le coup, donc si un mec d’un label lis ça et.. :)

Il va aussi y avoir un CD-R de morceaux speedcore/noizecore que j’ai joué lors d’une soirée au club techno berlinois le Tresor. L’histoire derrière ces morceaux est que des gens comme Bakalla et moi avions lâché le speed/noizecore après que des labels comme United Speedcore Nation en aient fait une scène merdique, avec leurs morceaux à deux balles. Mais quand les mecs qui organisaient la soirée hardcore au Tresor m’ont booké, je me suis dit : d’accord, rien à foutre, je vais faire de nouveaux morceaux speedcore et noizecore ! Après tout, je pense que le genre a encore un gros potentiel...

Et un truc que je veux absolument faire c’est un album dark ambient avec des voix. Les textes traiteront d’expériences personnelles de voyage astral, d’amour, etc.

Tu vois, j’ai plein de projets. Mais seul le futur dira comment tout ça va se concilier avec mon emploi du temps et ma paresse :)

Attends ça dans les deux ans qui viennent...

S-Z : Comment envisages-tu le futur de la musique électronique dite "hard" ?

L E : Une question "hard", tu ne crois pas ? : )

Hmmmm, je ne pense pas qu’il y aura UN futur, ça va probablement prendre différents chemins. Je ne crois pas que ça va soudainement devenir un truc énorme ou quoi. Mais ça ne va pas mourrir non plus. Comme dit le vieux proverbe ; « Hardcore will never die ». Il y aura toujours des gens dans le son hard electronic, et il y aura toujours des gens pour l’écouter. Ce sera toujours là, quelque part. D’une certaine façon, je suis d’accord avec Zip de Core-tex et l’intro de « houseparty 10 - the hardcore ravemix » qui expliquent que cette musique peut être considérée comme la survivance des rituels et des cérémonies des mages et des sorcières d’il y a 1000 ans. Après tout, ils invoquaient eux aussi l’énergie la plus enfouie et obscure de la psyche et du corps humain. Donc si nous avons une histoire vieille de 1000 ans, y a-t-il une raison pour que notre futur ne s’étale pas sur au moins 1000 ans lui aussi ? : )

Je ne peux pas prévoir le futur, mais mes souhaits personnels seraient que les gens essayent moins de s’identifier à un style ou une scène ! fais ce dont tu as envie, essaye de faire mieux que tout ce qui a jamais été fait avant ! La musique électronique dure est souvent dépourvue d’émotion - sûrement en raison de son héritage dance music conventionnel. J’aimerais voir plus de mélodies dark, d’atmosphères prenantes dans les morceaux ! S’il y avait plus de filles qui se mettaient à faire ce son, je pense que ce serait vraiment rafraîchissant ! Et il devrait y avoir moins de gens qui sont là pour se mettre en valeur, et plus, bien plus de monde ressentant le pouvoir et les idéaux du mouvement hardcore au fond de leur cœur (bien sur ceux qui se mettent en valeur sont les premiers à dire que ces « idéaux » n’existent pas -« c’est juste de la musique après tout » disent-ils. Qu’ils aillent se faire foutre ! Le hardcore c’est bien plus que de la musique !!).

Autre chose : au final, c’est à nous de dessiner le futur de cette musique par nos actions.

S-Z : A quelles actions penses-tu ?

L E : Faire des fêtes, faire des zines, faire des émissions de radio, faire de la musique, répandre la bonne parole ! Etre actif ! L’establishment ne poussera jamais notre musique, nous devons le faire par nous-mêmes, tout le monde peut faire quelquechose pour propager la vibe...

S-Z : A part ça, quels sont les artistes qui t’impressionnent ?

Hecate et Christoph Fringelli étaient à la pointe du hardcore électronique avancé, et le sont toujours. Amboss & Zombie Flesh Eater, parcequ’ils ont poussé le breakcore industriel à un niveau d’extrémisme inédit. Ils cassent tout. System Shutdown, parcequ’il comprend que l’essentiel n’est ni la vitesse ni la distorsion mais bien de basculer dans d’autres mondes... Lunatic Asylum pour les mêmes raisons, parcequ’il s’est tiré de cette stupide scène gabber et parce que sa musique défonce. Parmi les autres artistes que je respecte il y a The Magus, Resurrector, Retrigger, Deceptican, Primas Annas..

Ok, merci Söenke pour ta patience et pour avoir pris le temps de répondre. Je te laisse le mot de la fin.

Le hardcore est vivant, stay true to your core, et salutations à tous les gens merveilleux que j’ai rencontré à travers cette musique !

DISCOGRAPHIE :

Releases :

Anti-Sedative E.P 12" (Blut 06)

Acid Massacre 12" (Black Monolith 05)

Anarcho-Psychotic E.P 12" (Praxis 36)

Low Entropy 2x12" (Widerstand 13)

Apparitions :

"Hinterhalt", "Fuck.It" et "Melodic" sur Kougi Series 01 12" - en split avec Cdatakill (Kougai)

"Low Entropy" on Fuckparade Support Disc CD

"Adrenaline Junkie" sur Biophilia Allstars 2x12" (Lux Nigra)

"Daark" sur Public Convenience 12" (Restroom Records 01)

"Back to the Oldschool" sur Momentum CD (Epileptikmix 4 par Simon Undreground.



Dr Venkman

Site web : http://anarchist.widerstand.org/

 

  Publication de l'article :
 
Eté 2003

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