Les Américains (Los Angeles) Minion et Ressurector perpétuent la noble tradition de l’emo-breakcore, en bons apprentis de la guilde du beat indus et de la nappe lacrymale.
13 compositions originales influencées au dernier degrés par Somatic Responses - d’ailleurs le nom de leur label/sound system n’est-il pas un clin d’oeil au Shadowcast-1 des frangins Healy ?
Des morceaux limpides, aérés, qui ménagent des poches d’accalmie pour mieux sublimer les décharges kick-snares. La stratégie semble pertinente vu que la course à la surenchère dans la complexité rythmique s’avérera tôt ou tard une impasse -on en aperçoit d’ailleurs déjà les limites- comme l’a été celle à la vitesse pour le hardcore. Minion et Resurrector
forment presque un seul et même projet tant il est difficile de déceler ce qui différencie le son de l’un par rapport à l’autre. A chaque fois un pied hard croise le fer avec une snare industrielle hurlante sur une chorégraphie broken elektro au compas. Des synthés qui toujours surfent sur la crête de l’espoir et du désespoir (l’un n’appelle-t-il pas l’autre ?). Mais aussi une 303 tournoyante cathedralo-reverberée sur « Heatrip », là encore façon S.R
sur Drop Bass Network & Future Galactic. Tout se tient, mais on retiendra surtout « Nothing/Skipper » et ses belles nappes à la
(Moby ?)
Autechre des débuts. « Negative Force » pour sa puissance et sa profondeur. « La Muerte », aussi, qui se résigne et meurt sans faire de vague. Saviez-vous qu’au fond de l’épave du Titanic, dans une suite engloutie gît une mariée-squelette ? Sa robe flotte et ondule tout autour d’elle comme une aura, par 3780 mètres de fond.« Waltz of Failure » est une fête foraine déserte en automne.
De tout cela se dégage un fort romantisme et euh...une intense beauté quoi, un peu naïve et c’est ça qu’est bien.
L’autre cd c’est un mix de Diskore. Tout d’abord une petite déception car
on aurait bien aimé trouver Baseck, l’autre deejay casseur de diamant du collectif. Mais les regrets s’estompent vite car ça late tout autant. De l’industriel monopattern façon chaine de montage. Un cours magistral à deux platines sur le traitement de l’information à l’époque de la mécanographie à cartes perforées. Tous ces trucs machiniques et distordus qui remuent leurs prothèses multiarticulées à toute patate. Dans la tracklist : Imminent Starvation, Bombardier, Somatic Responses, ADC... Progression electrocore rectiligne. Implacable. Impeccable. A mi-parcours, la danse se fait plus cyberbreakée et « phonky » (on ne s’excusera jamais assez auprès des amateurs de vrai funk lorsque nous autres employons ce terme !). Et on ne décroche pas tant c’est réjouissant de précision.
Ce serait bien qu’un organisateur français un peu plus éclairé que la moyenne booke tout le staff un de ces quatre. Une belle cérémonie en perspective.
Dr Venkman