Signal-Zero : Tu pourrais nous parler de tes débuts dans la musique électronique, de tes influences ?
Olivier Moreau : Ce qui m’a amené à la musique électronique en soi, ce qui m’a amené à la musique tout simplement... Je devais avoir 13 ans. J’ai écouté un jour par hasard un disque de Front 242 . A l’école les personnes un peu underground / différentes écoutaient ce genre de choses. Alors j’ai acheté un disque, et ça a été une révélation. J’ai été conquis par la musique électronique, la musique tout court. Pas simplement écouter ce qu’on me donne, mais moi-même choisir et développer un esprit critique. Ça a été le début de la passion, et c’était ma première introduction. J’ai élargi vers d’autres horizons ensuite.
En tant qu’acteur, je ne sais pas très bien pourquoi j’ai commencé. J’avais envie de faire quelque chose, ça m’amusait. J’avais envie de devenir comme mes idoles. A l’époque, étant ado, on n’a pas les mêmes valeurs et ambitions que plus tard. Je devais avoir 17/18 ans.
Ça me semble une évolution logique. Ils on fait quelque chose qui était pas mal du tout dans les années 80, mais dans les années 90 tout ça, c’était fini pour moi. D’autres horizons me sont apparus. Je suis passé d’abord par l’EBM puis par l’Indus. Et, en 90/91 j’ai découvert la techno, tout en continuant à écouter ce background Indus et EBM. Et ça m’a beaucoup influencé. Le vieux son Imminent, c’était un peu le mélange des sons Indus, avec la musique techno.
Signal-Zero : tout dans la progression...
Olivier Moreau : en fait c’est toute une question de groove. Beaucoup me disent qu’il n’y en a pas. Mais par exemple dans la musique Indus ça manque de groove. C’est très carré comme son. Les rythmiques ne roulent pas. C’est quelque chose que l’on retrouve plus dans la techno.
Signal-Zero : J’ai l’impression qu’il y a eu une grosse évolution dans ton son depuis tes premiers albums. Tu as pris de grosses influences Break.
Olivier Moreau : Je pense que j’avais fait vaguement le tour de la question Industrielle. Ça fait longtemps que je baigne là-dedans et je ne voyais plus très bien quel genre de direction je voulais prendre. C’est pour ça qu’il n’y a pas eu d’album d’Imminent depuis 99. J’ai fait beaucoup de morceaux et de concerts, mais le son ne me plaisait pas assez pour le sortir sur disque.
Depuis peut être un an et demi, deux ans, j’ai plus d’influences qui me viennent du Breakcore / Hardcore. Mais je ne veux pas l’utiliser tel quel. Il y a beaucoup de choses qui sortent dans ce milieu qui ne sont pas intéressantes, et très peu qui sortent du lot. Il y a par exemple Venetian Snares, qui est au sommet de la pyramide et le reste est vraiment très bas, point de vue agression et violence. Ce qu’il fait est vraiment très fin et très violent à la fois. C’est toujours ce que j’ai recherché, quelque chose de violent, de brutal, mais à la fois relativement intelligent, dans le sens où ce sont des rythmiques plus complexes, des sons qui s’entrecroisent, qui évoluent. Pour l’instant je me sens attiré par ça, j’aime beaucoup ce genre de choses. Y’a pas grand-chose en dehors du Breakcore dans les musiques électroniques dures en ce moment. C’est vraiment ce qu’on peut faire de plus violent pour l’instant.
Signal-Zero : La violence c’est vraiment ce que tu recherches en premier lieu ?
Olivier Moreau : Non, ce n’est pas vraiment une violence. J’aime faire des choses très différentes, mais c’est vrai que j’aime ce qui est plus énergique, puissant, qu’on se prend dans la gueule, qui donne envie de bouger.
J’écoute beaucoup plus de musiques calmes, et une minorité de choses « violentes, », très énergiques. Surtout à la maison. A la maison faut que ce soit très très bon. Quelque chose d’énergique, ça passe mieux en soirée.
Signal-Zero : D’ailleurs, qu’est-ce que tu écoutes chez toi ?
Olivier Moreau : J’aime bien Venetian Snares. C’est un des artistes en musique électronique les plus intéressants depuis un an. C’est une claque dans la gueule. Sinon, j’aime beaucoup ce que fait Mike Patton de Faith No More. Heureusement, il a arrêté Faith No More, mais ce qu’il fait actuellement, sous les nom de Fantomas, Mr Bungle, je suis fan. On peut en un sens le comparer à Venetian Snares. C’est une musique qui n’est pas statique, qui évolue sans arrêt. Ça passe du Hardcore Trash à un morceau de musique traditionnelle juive. C’est quelque chose de très vivant, qui n’est pas linéaire. Sinon, pas mal de musiques électroniques plus calme, ou de Jazz, genre John Zorn. C’est d’ ailleurs le jazz que je préfère en concert, pour ce côté vivant, très libre.
Signal-Zero : A ce propos, quelle est la part d’improvisation dans tes lives ?

Olivier Moreau : Je déteste répéter un concert, j’aime bien ce qui est spontané. Pouvoir faire quelque chose sur scène, quand c’est trop préparé, c’est chiant, y’ a plus rien à faire. Les concerts récents que j’ai fait, je ne savais pas ce que je l’allais faire en montant sur scène. Il y a parfois des incidents, comme ce soir (une des machines a refusé de démarrer dès le début du live, NRD), mais finalement, ça s’est bien passé, j’ai pu me débrouiller. Si ça avait été beaucoup plus statique, ça aurait été beaucoup plus difficile. J’aime bien inviter des gens sur scène aussi, pour qu’on improvise, ça m’est arrivé récemment avec Synapscape, et assez souvent avec John Sellekears. Musicalement, ce n’est peut être pas ce qu’il y a de plus intéressant, mais c’est beaucoup plus spontané, beaucoup plus agréable pour moi. C’est ce qui m’amuse le plus.
A d’autres niveaux, les concerts plus Ambient sont très largement improvisés. Quand la musique est rythmique, il faut quand même préparer un minimum. Mais un concert Ambient, je n’imagine même pas le faire sans impro. Avec Urawa, Ambre, on travaille chacun de notre côté, sans trop se concerter, sans répéter, et on arrive sur scène sans savoir ce que les autres vont faire. Ca crée des choses que l’on n’aurait pas imaginé autrement. Ce sont des sortes de jam, ce qui se rapproche le plus de ce que peuvent faire des musiciens de Jazz. C’est très frustrant en musique électronique, d’être confronté à des machines, peu malléables. Je pense que ça va s’améliorer dans l’avenir. Déjà, avec les laptops, les nouveaux programmes permettent de faire beaucoup plus de choses. Mais quand les interfaces seront vraiment performantes et puissantes, ça ouvrira vraiment de nouvelles possibilités pour les concerts.
Signal-Zero : Tes lives sont préparés longtemps à l’avance ?
Olivier Moreau : Non pas vraiment. Oui et non en fait. Pour le Maschinenfest, j’avais commencé quelques semaines à l’avance, mais l’essentiel a été fait comme toujours les 4 ou 5 jours avant les concerts, en cumulant quelques nuits blanches.
Signal-Zero : A propos des lives, j’ai l’impression que tu as pas mal évolué au niveau du matériel. La dernière fois que je t’avais vu, tu n’avais qu’une MPC2000, une petite table de mixage, et quelques pédales d’effet...
Olivier Moreau : Il y a juste le laptop en plus maintenant. Le MPC a un très gros problème, c’est qu’il a juste 32 Mo de mémoire, et avec les morceaux que je fais maintenant, ça prend de 20 à 40 Mo par morceaux. Donc certains ne pourraient pas tenir. En faisant des efforts, je devrais recharger la machine tous les trois morceaux à peu près, et ça prend trois minutes à charger. Donc, tous les trois morceaux, je serais bloqué pendant trois minutes. J’ai fait ça ces derniers mois, je passais un minidisc sur lequel je jouais avec des effets, mais c’était très frustrant.
Niveau programme, j’utilise Ableton Live ! pour les concerts. Je ne compose pas avec, mais je transpose mes morceaux dedans en concert. C’est ce que tous les musiciens attendaient depuis de très nombreuses années. Le programme est bien pensé, même s’il y a encore quelques petites choses à modifier. A l’avenir, je pense que je n’utiliserai plus que l’ordinateur, en utilisant des contrôleurs.
Signal-Zero : Pour la composition justement, tu es plus ordinateur ou machine ?
Olivier Moreau : Avant je travaillais essentiellement sur machine, mais là ça fait trois ou quatre ans que je compose à 100% sur ordinateur.
Signal-Zero : Niveau programme ?
Olivier Moreau : Vegas et Soundforge surtout. De temps en temps Reason, mais très peu.
Signal-Zero : Ce qui est très étonnant avec toi, C-drik et John Sellekaers, c’est cette multitude de projets parallèles que vous avez. Comment tu arrives à gérer ça ?
Olivier Moreau : Ca n’a rien de difficile. Il n’y en a pas assez même ! On général, on travaille projet par projet. On se dit : bon on va faire un nouvel album de ***, on se réunit, et on travaille sur cet album. Parfois, il arrive que l’on fasse morceaux par morceaux, coup par à coup, mais en général, on ne travaille que sur un truc à la fois.
Signal-Zero : Et vous vous voyez à chaque fois, ou vous vous envoyez des pistes ?

Olivier Moreau : Non, on se voit toujours. Enfin, oui et non. Par exemple, j’ai un projet avec Gabriel de Silk Saw, on a sorti deux morceaux sur le dernier album de Rob(u)Rang, et on a éventuellement un disque en préparation, ça ne tient qu’à moi. Lui me fournit, il fait plein d’enregistrements de ce côté, assez bruts, il fait une sélection, et à partir de ça, je coupe, j’édite, j’utilise tel ou tel son. Mais pour les autres projets, on est dans la même pièce.
Signal-Zero : Comment est-ce que tu fonctionnes quand tu travailles sur un morceau ? Ca te prend combien de temps en moyenne ?
Olivier Moreau : Ca dépend. Ca peut prendre longtemps comme ça peut aller très vite. Je ne peux pas vraiment dire, mais parfois certains morceaux peuvent se faire sur 6 mois / un an. A plusieurs, ça se fait beaucoup plus rapidement en général. D’une après-midi à plusieurs jours.
Signal-Zero : Tu me sembles être assez fidèle au Label Ant-Zen, est-ce qu’il y a une raison particulière ?
Olivier Moreau : Je m’entends très bien avec Stefan Alt de Ant-Zen, je n’ai jamais eu de problèmes avec lui. On a une relation de confiance, notre collaboration fonctionne assez bien. Il serait difficile de trouver un meilleur label pour Imminent. Pour les autres, c’est vrai qu’on est plus connu dans un certain milieu, ce qui nous ferme des portes ailleurs.
C’est vrai que j’aimerais un peu sortir de ce carcan pour aller vers d’autres univers. Mais à mon avis, il faudrait un projet un peu différent pour aller ailleurs. Et puis ça nous intéresse assez peu d’aller sur un autre label qui évolue dans les mêmes sphères.
Signal-Zero : Tu as été un des premiers à sortir sur Reloaded Ambient à l’époque, et c’est la même personne, Seal Phuric, qui a monté Ambivalence. Est-ce que tu aurais envie de sortir sur ce label ?
Olivier Moreau : Pourquoi pas, mais le problème, c’est la structure qu’il y a derrière. A une époque, Ant-Zen s’occupait de la logistique, ce qui n’est plus le cas maintenant, il faut qu’il trouve une autre structure. Moi ça me plairait bien. Mais quand je fais un disque, j’aime que ça sorte vite, et avec lui ce n’est pas forcément le cas. Mais il faudrait un vrai projet de sa part.
Signal-Zero : D’ailleurs est-ce que tu arrives à vivre de ta musique ?
Olivier Moreau : Oui, j’en vis. Je n’ai pas de grosse voiture, évidemment, mais ce n’est pas la galère non plus. Je mange à ma faim, je ne me plains pas. Si j’arrive à en vivre, c’est grâce à Imminent. Tous les autres musiciens proches de moi doivent bosser à côté, ils n’ont pas leur « Imminent ». C’est mon gagne-pain en quelque sorte.
Signal-Zero : La Belgique a été en pointe au début de la musique électronique, ne serait-ce qu’avec Front 242, et en ce moment, je trouve qu’il y existe encore de très bons projets, que ce soit Imminent, Axiome, Dead Hollywood Stars, etc. Est-ce qu’il y a quelque chose qui favorise ça ?
Olivier Moreau : Je ne sais pas, c’est une question que l’on me pose souvent. Moi, je trouve qu’il y a finalement peu de choses qui se passent. Si je compare avec l’Allemagne, ce n’est pas comparable. Mais je pense que comme la Belgique est un petit pays, on nous remarque plus.
Cela dit, il y a beaucoup d’événements qui se font en Belgique, il y a beaucoup de salles, les disquaires ont toujours été bien approvisionnés. Je sais que je n’ai jamais dû me déplacer très loin pour voir des concerts. On a tout chez soi, ce qui favorise pas mal. En France, ça semble être un problème pour trouver une salle, alors que ce n’est pas le cas en Belgique, l’organisation est plus facile, les salles ne sont pas chères. Les free-parties ne sont qu’un phénomène de mode récent chez nous, puisqu’il n’y a aucune difficulté à trouver une salle pas chère.
Signal-Zero : Pour terminer, ton avenir, musicalement parlant, tu le vois comment ?
Olivier Moreau : Je ne sais pas du tout. C’est pour ça qu’il n’y a pas de nouveau disque d’Imminent, tout simplement parce que je ne sais pas encore quelle direction prendre.
Le nouvel album est prévu depuis des années ! Mais je ne vais plus dire de dates, j’en ai dit tellement. Il serait quand même temps que je pense à sortir quelque chose.
Zetschai