Voici tout simplement le disque d’indus que tous les amateurs du genre attendaient depuis bien longtemps. Rien de moins. Alors, évidemment, si pour vous l’indus se résume à Noisex, Hypnoskull et Asche, vous risquez d’être déçu. Il ne s’agit pas ici de produire un simple enchaînement de rythmiques saturés tournant en boucle pendant des heures (non pas que les groupes pré-cités soient nécessairement mauvais, mais disons qu’au bout du troisième morceau, on en a fait le tour). Non, ici, l’ambiance prédomine. Attention, qui dit ambiance ne dit pas nécessairement ambient. T/I/D est un album rythmé. Mais il n’y a pas que ça, loin de là.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, de décrire le quasi orgasme musical qui vous attend à l’écoute du premier opus de Remain Silent, parlons un peu du concept. Car il y a concept. Tout est dans le titre : T/I/D, trois lettres, pour Tension, Introversion, Destruction. Si l’on écoute Yann Souetre, l’être étrange aux manettes de Remain Silent, il s’agit de décrire musicalement le triptyque fondateur de notre existence (toujours selon Yann S.) à savoir que la Tension est omniprésente dans notre société, l’Introversion étant la réaction de chaque être face à celle-ci, menant inexorablement à la Destruction, seul exutoire possible face à cette spirale négative. Un concept en trois parties, donc, pour un disque en trois plages, chacune de 22 minutes à peu près, composées de sous parties non indexés sur le CD, mais précisées dans le livret. Un choix qui peut sembler gênant de prime abord mais qui ne l’est pas tant que ça au final. Le découpage du disque en trois parties a pour but de forcer l’auditeur à une écoute continue de l’œuvre en question. Seuls les DJ en seront vraiment gênés.
Mais au-delà du concept (chose rare malgré tout), T/I/D est surtout un disque magistral, une sorte de cours d’histoire de ce qui s’est fait de mieux en matière d’Indus ces dernières années. Mix de techno-indus, d’électro, d’ambient, l’ensemble est d’une cohérence rare, et l’on est forcé de reconnaître la pâte de l’artiste. Certaines rythmiques roulent à la façon d’un Imminent en pleine forme, les sons de synthés font parfois penser à Front Line Assembly, une forte influence de Somatic Responses, le tout avec une touche très personnelle. Les variations entre plages rythmiques et plages ambiantes se font toujours en douceur, l’auditeur navigue dans un univers musical rare où la violence devient beauté, et l’agression sérénité. Mais T/I/D n’est pas un album qui se raconte. Il se vit. Dire qu’il y a encore peu de temps, Yann Souetre cherchait quasi désespérément un label. Heureusement, Brume est venu mettre de l’ordre dans tout ça, pour le plus grand plaisir de nos oreilles.
Zetschai