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Seal-Phüric

 

Protagoniste aventurier de la scène électronique et chercheur en plaisir " sonic " non-subventionné, Seal Phüric nous raconte la naissance du poulpe " Ambivalence " en quelques lignes.

SZ : Etes-vous aidé pour les choix de sorties sur "Ambivalence" ou êtes-vous seul décideur mossieur SO4 ?

Vu que je suis toujours la seule personne à y investir des picaillons, je me réserve un minimum le droit de prendre les décisions finales ; ceci n’empêche que je suis entouré et que je demande des feed-backs ponctuels à certaines personnes que je pense à même d’émettre un avis nuancé.

La participation active de mon comparse Trionix influe aussi de plus en plus sur l’issue finale de chaque production que nous travaillons au corps, en collaboration avec les artistes, tant au niveau sonore (mixage, mastering, cutting...) qu’au niveau structurel (continuité, choix des morceaux, ...) et graphique (pochette, site web, ...). On tente d’être assez pointilleux sur l’ensemble du processus afin de tirer le meilleur parti des qualités de chaque artiste.

Certains sont en demande de ce recul car ils sont moins confiants ou assez intéressés par le ressenti des récepteurs externes (comme Subskan avec lequel j’ai pu collaborer activement sur certains aspects sonores), alors que d’autres préfèrent assumer la globalité de l’issue, comme SEL (the syncopated elevators legacy) qui ampute sans vergogne ( ’didju...) ses albums des morceaux qu’il juge moins intéressants pour en faire des maxis. C’est un processus que je comprends mais qui est parfois assez frustrant lorsqu’on est en désaccord sur la valeur de certains tracks qu’on aimerait bien faire partager à d’autres gens.

Toujours est-il que l’artiste, s’il le désire, reste le seul vrai maître à bord sur la manière de présenter les choses dès lors que le label souhaite produire son travail. Il peut y avoir discussion et quelques compromis, mais je n’irai jamais à l’encontre des désirs d’un artiste si son point de vue est défendable. Je tente juste de pousser les choses dans une direction où tout le monde s’y retrouve...

SZ : Sont-ce des coups de cœur ou le fruit d’une recherche particulière ?

Les deux, bien sûr... Des coups de cœur dans le sens où je me méfie comme de la peste des idéologies univoques et que mes goûts sont très variés, le nom même du label appuie ce fait... J’ai néanmoins des accointances plus particulières avec certains ressentis sonores, il y a donc des styles que je recherche, mais les choses doivent me toucher avant tout. Je ne cherche aucunement à produire des disques qui vont dans mon sens en tant que musicos ; à la limite, des morceaux que je serais incapable de produire seul m’intéressent plus.

Je recherche une diversité de propos encline à exprimer la complémentarité de différentes formes d’expressions sonores qui m’attirent. Un Uské Orchestra est à 20.000 lieues d’un Subskan, le plaisir d’écoute est totalement différent, voire opposé, mais je ne pourrais pas bouffer de la glace à la myrtille tous les jours, si bonne soit-elle, ce serait sinistre et très lassant.

SZ : L’esthétique de votre site est très feutrée - L’atmosphère pesante des œufs me rappelle un roman de Maurice Dantec où ces œufs servaient de tombeaux sous-marins. Les ovales sont omniprésents.

Sacré Maurice... Je m’inscris volontier dans la lignée de ses "délires". Il doit aussi y avoir de l’ "Altered States" ( Paddy Chayefsky / Ken Russel ) là-dessous : le côté caisson d’isolation, expériences hallucinogènes sur les origines de la conscience, tout ce fatras de désir d’expansion du psyché que nous exprimons souvent maladroitement sans jamais en être débarrassé... Un film qui conserve ses aspects série B mais qui touche toutefois suffisamment par son côté volontaire un brin sur-motivé. Le plan "œufs", c’est une autre histoire... Je risque ici de m’embarquer dans des explications complexes où peu de gens me suivraient, ou souriraient de façon simiesque de ce qu’ils ignorent... En gros, la thématique récurrente de l’œuf (présente jusque dans les pochettes) me vient de la lecture assidue des ouvrages de Carlos Castaneda, ethnologue américain d’origine hispanique qui a complètement perturbé mon rapport au réel de façon quasi irréversible, au point que je me dis souvent que la seule chose qui me taraude et vaille vraiment la peine en ce bas monde est la lecture, la compréhension de ses ouvrages et la confrontation personnelle à ses enseignements.

Méfiez vous des gens qui ricanent béatement en affirmant qu’ils savent de quoi il s’agit car ils ont lu son premier livre, il ne s’agit que d’une introduction sommaire à la suite qui contient probablement une bonne part des clés que l’homme a perdu comme un cave au cours des âges... Il me semble assez difficile de rentrer dans le détail, probablement par manque d’énergie et de "pouvoir" personnel que je dilapide encore toujours dans mes petites préoccupations de citadin bien ancrées. Je vous conseille juste (très) vivement de vous frotter à ces lectures. Elles n’ont rien de fort littéraire (au contraire d’Huxley qui pousse pourtant dans la même direction), mais vous mettront tout simplement très vite au pied du précipice...

La forme ovoïde témoigne d’un concept chamanique particulier qui affirme que les êtres organiques sont entourés d’une sorte de cocon lumineux d’énergie pure, imperceptible par la vision commune de l’homme, lequel est conditionné, dès sa naissance et via son éducation, par une forme de perception réduite destinée à maintenir son "point d’assemblage" fixé dans une position unique propice à lui faire utiliser ses sens de façon spécifique dans un contexte ne répondant qu’aux menus besoins perceptuels de notre civilisation actuelle.

Le fait de se déconditionner et d’apprendre à manipuler son "intention" pour faire "glisser" ce point d’assemblage vers des positions différentes (comme il le fait parfois naturellement lorsqu’il bascule dans un certain type de rêve) lui permet d’ "assembler" d’autres réalités insoupçonnées, pour la plupart terrifiantes pour notre sacro-sainte raison, et lui donne l’occasion, par son impeccabilité et une intention inflexible, de parcourir le chemin pouvant mener à "la totalité de lui-même",...ou de se perdre en route dans la folie totale s’il se comporte comme une merde... Je n’irai pas plus loin. Cette récurrence ovoïde dans l’esthétique du label reste un maigre clin d’ œil que j’utilise par jeu et avec un brin de mysticisme un peu cramé, il est quasi impossible de la représenter graphiquement de façon vraiment pertinente...

L’interface de base du site est bientôt destinée à changer, elle ne correspond plus trop au reste du site que nous développons actuellement.

Le programmeur principal de ces pages est Fabian Aerts, un ami qui à l’œil et est techniquement suffisamment compétent pour mettre en forme mes délires graphiques et ceux des artistes du label. Comme il s’agit d’un boulot de taré à produire pour un seul exécutant, je travaille à présent avec de nouveaux concepteurs comme Matthieu Sartenaer (pour la subdivision Uské bientôt explorable), Prokium (pour la section SEL & l’e-card FOC), Ego (pour les futures sections Norbert Weedloaf et Gwelmime) & plus récemment Djoul qui planche sur un update massif du site. Nous recherchons par ailleurs de nouveaux collaborateurs compétents & endurants au rayon pixel. Esprit de Dave McKean, si tu nous lis (mais bin sûr...), viens bouffer des nouilles au poulpe à midi...

SZ : Est-ce que l’Académie musicale dans laquelle vous avez étudié vous a justement permis d’acquérir ce sens de la diversité sonore suscité ?

Absolument pas. L’univers académi(a)que a tendance à ne prôner que ses propres valeurs ; dans le cas présent, celles de la musique électroacoustique et acousmatique. Les profs ont d’ailleurs généralement certains à-prioris sur le reste de la scène électronique, quand ce n’est pas une certaine aversion... Ils voient souvent d’un mauvais œil la récup’ bancale de leur( ?) forme d’expression sonore qui - selon la majorité d’entre eux - s’est progressivement faite par notre génération de bidouilleurs sans véritable souci de leurs théories et de leur héritage.

Sur ce point, il est évident qu’ils n’ont pas toujours tort : beaucoup de pseudo-musicos s’imaginent en effet révolutionner le genre alors qu’ils ne font bien souvent que reproduire des schémas qui ont été développés depuis les années 50 avec souvent plus de brio et de pertinence.

Ceci est principalement généré par un cruel manque de culture et un refus majoritaire de se frotter à la théorisation des techniques de composition qu’ils ont pu développer. Ce phénomène provient massivement du clivage manifeste qui subsiste entre les générations : la nôtre refuse de théoriser par peur de manque de spontanéité, et la leur refuse de se laisser aller à des formes de composition plus arbitraires qui mettraient la pertinence de leur langage en péril. Lorsque des deux côtés on perçoit ces méfiances, on se dit que les torts sont nécessairement partagés ; il se s’agit bien sûr que de méconnaissances réciproques qui engrossent un racisme sonore des plus débiles...

Ma prof principale, Annette Vande Gorne (Conservatoire Royal de Mons) - qui m’a appris énormément de choses, notamment sur les techniques de composition et les différents niveaux d’écoute - avait par exemple un certain mal à admettre l’intérêt de la rythmique à l’heure actuelle, s’abritant derrière le fait un brin dogmatique que tout aurait déjà été ’dit’ à ce niveau. Le caillou dans son escarpin, c’est que brandir cette affirmation comme une vérité achevée renvoie la musique à un phénomène purement conceptuel dont le moteur essentiel serait l’innovation à tout prix, au détriment du plaisir, de l’émotion et de l’indicible...

Il est évident qu’en regard de ce qui a déjà été fait, nous ne faisons effectivement bien souvent que reproduire des schémas rythmiques existants " mathématiquement ". Mais on s’en secoue le manche dans la mesure où l’issue du ressenti s’avère différent, imprimant autre chose.

La déformation majeure des acousmaticiens intégristes réside dans le fait qu’ils tentent de retrouver leurs théories dans chaque enregistrement électronique qu’ils écoutent ; ceci ne fait que les éloigner un peu plus du ressenti plus instinctif caractérisant les compositeurs de notre génération. Pour eux, tout événement sonore se doit d’être justifié au sein d’une forme d’écriture particulière déterminée (si pas suivie) par le compositeur, ce qui doit couper court à toute surenchère ou complaisance structurelle, mais qui peut aussi réduire le propos à un simple exercice de style d’une grande froideur...

Ils ont aussi de grandes réticences concernant le mixage de portions d’ "œuvres du répertoire", comme il est dit, avec d’autres. Et si l’on entreprend de les mixer " live " pour un public avec des musiques non-électroacoustiques ou non-acousmatiques, là, c’est la crucifixion les pieds dressés vers le ciel ! Je comprends cette réaction mais je ne la cautionne absolument pas. Elle provient du fait que les acousmitudes (mot à 30 Points !) sont généralement des compositions de longue haleine (ça peut aller jusqu’à 6 mois de travail sur un morceau unique, doux Jésus...) qui tentent de diriger l’écoute vers des ressentis quasi-physiques bien spécifiques ; l’écoute est souvent progressivement ’resserrée’ afin que la perception s’acclimate en douceur à des entités sonores parfois issues du quotidien mais dont la fonction est détournée afin de susciter un niveau d’écoute accru.

Les choses s’opèrent donc tout en finesse et sont à mille lieues de nos gros sabots distos qui prennent la perception par la peau des burnes pour la retrousser et nous aspirer vers un état de transe tribale exacerbée (ah bon ?).

Quoiqu’il en soit, je persiste à penser qu’un certain mélangisme sonore que je défends peut aussi se faire dans la subtilité et le respect des ’pères’. Tout est question d’intérêt et de curiosité pour ce que l’on ne comprend peut-être pas encore. Les théories peuvent s’avérer intéressantes mais ne doivent pas constituer une finalité en soi.

Il ne sert à rien de faire la théorie de sa pratique lorsqu’on la pratique, ce serait se couper de la nature des ressentis proposés. Mais ne caricaturons pas non plus, beaucoup d’acousmaticiens sont aussi conscients de ce fait et écoutent des univers différents sans se raccrocher de façon outrancière à leurs théories.

Lors d’un cours, je posai la question un peu frontale suivante : " Mais à quoi donc peut bien servir tout ce langage, cette nomenclature acousmatique si précise, en phase de composition ?"

Ma prof, après un bref instant d’hésitation, eût la décence et la lucidité de nous répondre plus ou moins ceci : " ...à rien, strictement à rien... Un compositeur ne se dit pas : je vais commencer par un ’flux’ sur lequel je vais enchaîner des ’figures’ que j’introduirai par des ’déclencheurs’ en ’delta’ qui s’étioleront en sons ’composites’, etc...

La phase de composition, c’est une autre histoire où il faut faire table rase de la théorie et se mettre face à soi-même ou à autre chose... " En fait, ce langage sert principalement à faciliter la communication avec d’autres compositeurs, à décrire efficacement les choses et, surtout, à comprendre ’’pourquoi’’ un morceau fonctionne aussi bien - ou pas - sur les sens, par l’analyse des mouvements sonores opérés à tel et tel instant, etc...

Je sais que ceci peut paraître un brin abstrait et brise-burne conceptuallo-branlecouille pour beaucoup d’auditeurs, mais le fait de ponctuellement s’essayer à percevoir la structure d’un track à travers le prisme d’un langage adéquat permet de comprendre plus précisément comment les choses sont faites, et d’ainsi avoir à son tour - en phase de compo, sciemment ou pas - recours à ces mêmes techniques afin d’articuler le " fond " d’un morceau en une " forme " propice à mettre ce fond personnel en valeur.

" Oué oué, René... " glapiront certains pseudo je-m’en-foutistes qui se fardent de la cape très sexy-tendance des Tout-ça-c’est-d’la-daube-pour-branleur-conceptuel, ceux-là même qui flashent comme des bœufs sur des pièces monumentales sans se rendre compte qu’elles sont issues d’un processus de création bien précis...

Ceci dit, à chacun sa sousoupe interne... Et beaucoup de morceaux incroyables ne répondent strictement à aucune technique consciente de composition, et c’est tant mieux. La diversité des techniques génère partiellement la diversité des styles, et chaque pan de scène a énormément à apprendre des autres ; les rassis critiquent principalement par manque de culture ou par désir d’affirmation patibulaire de leur petit " moi " isolé qui se mâchouille frénétiquement le dard. A ce niveau, rien de neuf sous le soleil...

SZ : Des projets comme "The Forsaken Odes Conglomerate" ne laissent plus aucun doute sur l’attachement que vous portez à la musique "acousmatique". Quelle sera votre prochaine conquête spatiale ?

Le mot n’est finalement pas si mal choisi, il faut effectivement faire appel à la NASA pour ce genre de vacarme mouvant. Ces jours-là, des centaines de petits chinois-nains habillés tout en blanc courent en tout sens et s’agitent pour monter l’Acousmatron - monium disent les autres - et le tester avec des instruments bizarres que même Gérard Matrax il a pas sous sa cape en skaï. Ca, c’est pour le fantasme...

Le truc, c’est que passée la phase de compo où 10 artistes nous ont gracieusement permis de remixer leurs matières/séquences, on n’est que deux hystériques racornis (avec Trionix) pour faire gicler tout le tintouin (gérer ça à 12 est quasi-impossible), et que ça rabote bien les synapses de s’acharner à ce que rugissent enfin les membranes. Et puis il faut aussi rassembler les mutants qui aiment à s’étourdir de volutes d’énergies sonores cheloues et de typhons qui vrillent les tympans... Toute cette logistique suce du temps.

Rappelons tout de même que la zique acousmatique refuse sciemment de se voir véhiculée par la mélodie ou la rythmique, quelle n’est que pure énergie sonore qui se meut selon des principes encore fort peu explorés par notre génération du culte du Beat-à-gogo. Ca n’intéresse du coup qu’une portion bien spécifique du public et quelques curieux avides de nouvelles expériences.

Malgré cela, nos deux derniers concerts en la matière se sont avérés sold-out en prévente, ce qui me laisse penser qu’un certain public est en demande de nouveaux délires...

Et comme on est un peu tordus et téméraires, on tâche de ne pas se limiter à ce que les acousmaticiens proposent, mais d’y adjoindre quelques défis supplémentaires comme un double dispositif - lequel permet de véhiculer des entités sonores différentes dans des espaces distincts (2 tables de mix séparées abreuvant des grappes de HPs différentes, à 360° et du plafond jusque sous les miches) - ce qui multiplie les possibilités de jeu, des interventions de musiciens live (blêmes de larsen multipliés par 40...), comme des cordes (que l’on retraite en temps réel), des interventions de danseurs (parfois costumés), des lumières, des vidéos synchronisées et un décorum particulier (sculptures de notre pote Benalô) enclin à plonger l’auditoire dans un état de réceptivité un brin hallucinatoire...

Tout ce bastringue qui lorgne assez vers le spectacle multi-média prend donc un temps et une énergie énorme à mettre sur pied, sans compter son budget qui n’est pas toujours à la portée de n’importe quel organisateur ; c’est pourquoi nous attendons le moment opportun et le lieu adéquat pour remettre le couvert.

Nous avons des vues insistantes sur l’Abbaye de Villers-la-ville, un site en plein air dans des ruines incroyables, et sur le Concert-gebouw de Bruges. Nous cherchons aussi des lieux de résidence (pour le montage du projet & les répétitions) à l’étranger afin de présenter la chose à un public plus large, avis aux organisateurs un peu dingues... 2 HPs en stéréo, c’est sympa, mais 40 indépendants, quand la musique est bonne, ça laisse des traces assez indélébiles dans le cortex et le cérumen ; c’est pourquoi, malgré la lourdeur de l’infrastructure logistique, cela nous excite pas mal de monter ce genre de projet insensé...

Dans le futur, si on ne se claque pas l’aorte, devrait poindre le vrai multi-canal toute source indépendante ou la Rave spatialisée (back to da beat), mais ça c’est une autre histouare (de dingue assurément)...

SZ : La recherche acousmatique s’accompagne souvent d’une partie très technique sur les instruments . Avez-vous de nouvelles constructions en cours pour vos prochaines performances (logiciels, machines, instruments, voix...) ?

Bizarrement, ces aspects techniques ne sont pas ce qui nous préoccupe le plus. On s’en soucie principalement au moment où on cherche à mettre une idée sonore en pratique, comme pour la mise en place d’une seconde géométrie de haut-parleurs sur un acousmonium car la première ne suffit pas à mouvoir le son comme on l’entend... Comme notre perception naturelle est capable de localiser des sons isolés dans l’espace, nous tentons d’être le moins limités possible par la duplication d’une stéréo dans des HPs autonomes en intensité, laquelle ne permet pas de séparer les sons d’un même signal, ce qui est en revanche possible sur un système multicanal avec ne source 8 pistes ou autre mais doit être présent dès la phase de composition dans un studio adéquat qui le permet.

Comme ce genre de studio coûte l’équivalent du pont de la rivière Kwaï et que le résultat spatialisé s’avère souvent moins convainquant que prévu pour la perception (pas mal d’acousmaticiens vous le confirmeront), nous tâchons, à partir de plusieurs signaux stéréo, de combiner différentes géométries afin de se rapprocher des perceptions générées par le multicanal tout en conservant les avantages de jeu propres aux acousmoniums classiques.

Nous songeons donc à des triples ou quadruples géométries pour nos futures prestations, ceci en sachant que nous n’avons que deux mains et qu’il nous faudrait donc peut-être du renfort, et que cela complique aussi la technique, le montage du matos et...da fuckin’ budget qui brise trop souvent certains élans...

Une autre optique qui nous tenait à cœur pour les concerts spatialisés mais que nous n’avons pas encore pu développer faute de temps est le joystick comme contrôleur-midi pour remplacer certaines tranches de la table de mix, histoire d’avoir une sensation plus tactile sur les mouvements des masses sonores... Nous avons un concepteur d’interfaces dans notre entourage direct qui risque bien un bô matin de se pencher sur cette épineuse mais salvatrice question...

SZ : Pouvez-vous nous décrire vos outils de travail actuels et les avez-vous développés seuls ?

Nous avons pas mal d’outils classiques comme les claviers, les échantillonneurs ou les softs qu’il serait peu intéressant d’énumérer ici... Mais un de nos atouts non-négligeable est notre collaboration avec un concepteur de modules analogiques expérimentaux : Fabrice Dubusquiel [aka Modular 2], concepteur notamment du Ventury II.

Il développe nos engins-à-patchs sur mesure depuis de nombreuses années et est en partie responsable du grain tout particulier de projets comme "the syncopated elevators legacy" qui s’est concentré sur le potentiel sonore de ces machines avec l’acharnement et le style qu’on lui connaît.

Ces modules s’avèrent loin d’être simples à contrôler si on ne connaît pas bien leur structure interne. Ils sortent facilement des sons tordus et leur instabilité naturelle les rend assez vivants, mais si on ne les travaille pas, on retombe immanquablement dans des sinusoïdes classiques peu intéressantes ou des effets chaotiques amusants mais gratuits ; il faut se les approprier...

J’ai eu la chance d’arriver à l’époque bénie où les circuits ricains Curtis étaient encore disponibles et permettaient un son du djable d’une puissance de feu difficilement égalable. Cédric Stevens [aka S.E.L.] a pas mal exploité leurs possibilités multiples... J’ai aussi pu les travailler un brin au corps sur certains morceaux, mais plus en tant que compléments à d’autres sonorités.

Ayant récemment accouché d’une fournaise sonore exclusivement issue de ces modules sans aucun effet, le bon sens me susurre de me replonger dans ces câblages obscurs afin de ré-explorer cette voie hallucinée bardé de mes fantasmes soniques les plus sournois...

Nous aimerions aussi aborder ces engins de manière un peu plus ludique. Un projet concret - qui devrait s’engager un jour qu’on se prendrait par les burnes - s’articule autour des sculptures d’acier de notre comparse Benalô. Il s’agirait de concevoir une sculpture sonore incluant des circuits analogiques commandés par des potentiomètres classiques et des patchs mais aussi et surtout par des zones sensitives à-même la sculpture, composées par des revêtements spécifiques comme des sortes de tissus conducteurs, des antennes réagissant à l’imposition des mains, et des zones moles carrément malaxables.

Bref, un sacré merdier qui ferait passer des nuits polaires de conception à certains, mais pour un résultat qui devrait constituer une belle avancée lobotomesque dans les salons de thé pour junkies en phase terminale...

SZ : Des artistes (un peu foufous) comme Robert Filliou prêchent des concepts comme la création permanente et le principe de l’équivalence (bien fait = mal fait = pas fait) qui donnent un aspect très subjectif à la démesure artistique. Quel est votre avis sur cet aspect "non borné" ?

Voilù une question-quelle-est-obscure ! Je conçois fort bin que tout track - ou oeuvre artistique - comporte nécessairement ces trois entités, mais leur pourcentage reste différent pour chacun et elles ne s’équivalent nullement à mes sens. Robert doit aimer les équations qui se mâchouillent le dard avec volupté. Lorsqu’on joue de la sorte avec les termes, tout et son contraire devient justifiable. Le "bien fait" de l’un est quasiment toujours le "mal fait" d’un autre, soit ; de là à en proclamer l’équivalence, il y a une marge qu’il est trop commode de mettre sur le dos de la subjectivité.

Par extension, je refuse de croire que l’ œuvre de Ligeti serait équivalente à celle de Presgurvic, trop nihiliste comme trip... Si le "bien fait" de Gérard pourrait s’avérer correspondre au "mal fait" selon Gyorgy, je doute fort de la réciprocité de l’équation...l’auteur de "Roméo & sa pétasse" ne se permettrait jamais ce genre de considération qui le mettrait en porte-à-faux avec l’étrange. Cette réflexion me parait donc biaisée car fort dogmatique, un brin absconse et finalement assez bornée... Ouéé mais dans l’absolu... ? Il n’y a pas d’absolu, pas encore ( ?), sinon Gérard nous casserait pas les glawis avec autant d’inconscience pour les goûts des générations futures.

De notre humble côté du méchoui, nous prêchons plutôt le principe de l’ambivalence - heh... - ce qui en soi n’est déjà pas une sinécure lorsqu’on en vient à tenter de l’expliquer aux bulbes dogmatisés en ghettos stylistiques... Le principe d’équivalence à Robert me parait en revanche assez louche et gorgé de conceptualisme enclin au dérapage artistique.

Pour parler concrètement, une séquence sonore me parait bien faite lorsque le but du ressenti escompté semble atteint, lorsqu’une intention manifeste transpire des woofs, et mal faite lorsque des erreurs de mixage ou d’enchaînements en affaiblissent l’efficacité... Mais ce n’est qu’un exemple qui peut rester arbitraire, encore faut-il qu’il y ait un but précis recherché, déterminé au préalable (ou qui naît sur l’instant), ce qui reste rare dans le domaine de l’expérimentation instinctive.

Toutefois, beaucoup de gens peuvent brandir la pancarte de l’expérimentation pour justifier des trucs imbuvables, ce qui a souvent tendance à m’exaspérer... Expérimenter ne signifie pas faire n’importe quoi en affirmant que l’intérêt du résultat est contenu dans le processus.

Le résultat destiné à l’auditeur se fout complètement des techniques utilisées, du moins il devrait (...le résultat ?), l’important pour le récepteur se situe dans l’impact sur ses sens avant de se préoccuper de la cuisine interne de son concepteur (heu...de l’impact ?).

Pour ce dernier (...tsss), la question des priorités reste épineuse...on avance casqués, terrain miné... Faut-il se faire plaisir ou suer comme un goret jusqu’à ce que la résultante nous mette la trique aux colimaçons et à ceux qui peuvent avoir la gaule qui darde vers les mêmes cîmes ? Un peu des deux ? Mais voui-sûrement-médème ! ...Je crois qu’il faut plutôt s’en secouer le manche avec ardeur. Trop intellectualiser une démarche finit par boucher le regard...(vui, je dois probably en savoir qqch, so what.) Il y a bien des moments de réflexion où cette notion de démesure artistique se prend les pieds dans le tapis et nous susurre que ce n’est pas le nombre d’heures passées sur un morceau qui en fait son intérêt, mais cela vient avant ou après coup ; il faut éviter de faire la théorie de sa pratique lorsqu’on la pratique...(bis)

Il n’existe donc à mon sens aucune vérité arrêtée à ce sujet. J’ai un faible assez affirmé pour la complexité assumée, et pourtant certains morceaux ultra-travaillés me laissent complètement froid (balançons : je pense à certains Venetian Snares ou quelques Xanopticon...) car la technique semble primer sur l’intention, alors que des enregistrements beaucoup plus dépouillés ou faits dans l’instant me touchent parfois beaucoup plus en profondeur. Je comprends que la notion de "démesure artistique" peut en énerver plus d’un lorsque cet obscur désir du "bien fait" devient une finalité en soi ; mais l’antithèse qui consiste à lorgner vers la spontanéité obsessionnelle et l’humilité affirmée témoigne aussi d’ordinaire d’un orgueil à vif, une sorte de vanité plus ou moins dissimulée que j’exècre encore plus...

Ma nature me pousse d’ordinaire vers une certaine diversité de propos, et c’est pour cette raison que l’ambivalence artistique consistant à entreprendre un travail sérieux & titanesque à certaines périodes pour s’atteler le lendemain à des délires beaucoup plus légers me plaît assez bien.

Ceci ne m’abritant nullement du fait d’avoir pu pondre des choses très critiquables ; je suis d’ailleurs mon premier bourreau à ce sujet, ce qui génère - dans le meilleur des cas - un dynamique évolutive par la remise en question-qu’elle-est-bien-faite-pour-ma-gueule, et - dans le pire - de longues périodes d’évitement dont on met des plombes à se remettre...bordel de croûtitude suintante.

Le simple fait de nommer un label ambivalence peut aussi probablement paraître un peu fat aux yeux de certains...mais je m’en contre-cogne ; tous les arguments sont critiquables dès lors qu’on choisit un angle pour tenter de démonter une démarche... Le logo du label est par ailleurs notre meilleur dissolvant à esprits suspicieux...

Et une fois pour toutes : OUI j’aime une certaine forme de démesure, et principalement celle qui nous renvoit à notre petite condition d’humain face à l’Insondable, celle qui claque les couilles de la présomption contre le gibet de l’omnipotence indicible... Et NON, je ne crois pas qu’il existe de relation univoque entre l’œuvre d’un artiste et ce qu’il peut être au quotidien. (Yo, spéciale dédicace aux grincheux retors, rassis & soupçonoïdes...)

SZ : Question sans regard avec vos influences musicales - Avez-vous déjà pensé à faire de la musique joyeuse ? (c’est une question que j’aime poser à cause de tout ce qu’elle peut sous-entendre).

Pour avoir longuement arpenté la face glauque du son et m’y être étrangement fendu la pomme, j’ai un temps tenté de m’attabler à des ressentis plus sereins via mon projet "Ant¿dote" (qques tracks présents sur ma compile rétrospective "Zeal’s arrkhives"), mais il s’agit plus d’esquisses éparses que de morceaux aboutis. Je parviens plus aisément à accoucher d’entités tortueuses ; on ne se refait pas (si facilement). Et mes mélodies plus légères ont souvent tendance à virer vers une relative nostalgie, c’est un constat.

Je parviens toutefois à prendre un gros pied en écoutant des musiques beaucoup plus positives (que je me considère actuellement incapable de composer de façon naturelle), et ces derniers temps, à tâcher d’en produire sur le label : c’est le cas pour "Uské Orchestra" (lens005) et bientôt pour "Gwelmime" (projet popisant un brin chelou) & "Norbert Weedloaf" (du festif complètement barré) qui sont en phase de production.

Le maxi imminent d’Ucture (Bwata E.P. - lens006) comporte aussi quelques aspects plus joviaux, ainsi que le futur album de Nicolas Musch (membre du projet F.O.C.), qui se fait un peu attendre mais probablement pour le meilleur...

Je ne cherche en fait absolument pas à tenter de produire des disques exclusivement dans la lignée de ce que je fais, cela enfermerait le label dans un sillon particulier trop univoque. C’est ce que je veux éviter en produisant des artistes qui ont manifestement autre chose à dire que moi, et c’est tant mieux, quitte à dérouter les gens qui pensent à tort que je ne me complais que dans la darkitude la plus opaque... Que neni les mutants !

Mais même lorsque je travaille avec d’autres gens - particulièrement avec Trionix en ce moment - j’ai la manie de les tirer instinctivement vers le côté obscur... Trionix a tendance à m’y suivre avec ardeur, mais je sais aussi qu’il a des vues & des envies beaucoup plus légères que les miennes et souhaite travailler de son côté sur des projets lorgnant vers le Hip-Hop halluciné mais festif, une affaire à suivre...

Il y a aussi un truc qui me tarabuste depuis fort longtemps : dès que les ambiances sonores sont tamisées ou expérimentales, la majorité du public a tendance à les assimiler à un univers dark, comme s’il n’y avait que de la zique positive ou négative et rien entre les deux. C’est évidemment complètement faux (ha bon ?).

C’est précisément dans cet entre-deux que se situent les choses les plus substantielles. Lorsqu’on tente par exemple d’exprimer une certaine torpeur liée aux états de conscience modifiée, les choses passent nécessairement par certaines tensions sonores enclines à exprimer ce Far West de l’inconscient collectif. Le titre du même nom que nous avons placé à la fin de l’album "tonal tutorial" (lens002) en est un bon exemple : à mon sens, ce track n’a rien de foncièrement sombre, il est même plutôt regénérant... Il tente d’exprimer (on a fait ce qu’on a pu, bon...) ces fins de parcours psychodélectables où notre conscience, chavirée par le chemin tumultueux de l’expérience, finit par se poser et recevoir des décharges hallucinatoires moins chaotiques, s’étalant dans un nouvel espace temporel plus fluide qui nous susurre avec une étrange certitude que tout est à sa place et que - comme l’affirment les chamanes mexicains - "rien n’a d’importance", que "de toute manière le monde s’adapte à lui même"... Ces affirmations indémontables lorsqu’elles surgissent, se dissipent peu à peu lors du retour à la conscience "normale", et on a souvent la fâcheuse tendance à n’en retenir que les passages les plus chaotiques car plus impressionnants pour les néophytes. Mais les gens qui ont exploré la chose à maintes reprises cerneront probablement bien ce que j’essaye de mettre en lumière... Hors contexte, ce track paraîtra sombre à bon nombre.

Il suffit en fait d’observer le quidam technoïde lambda (ou autre, toutes les difformités sont dans la nature...) lors d’un after où le maître de maison commence à virer vers des ziques plus barrées et moins structurées (en apparence) en regard de la sacro-sainte time-line midi (qui fé souvent chier l’ monde) : une sorte de confusion exponentielle s’empare généralement des cortex les plus formatés et une certaine gêne les pousse de façon irrépressible à quémander discrètement leur fix de beat rectangulaire ou de mélodie plus bombée & définissable (tu les connais ces casse-burnes dogmatisés, non ? Ils sont légions...). L’étrange les fout mal tandis que les autres tripent à donf, silencieusement, avec connivence et moultes borborygmes suaves... Merrrrrveilleuse jeunesse !

Certes, il y a des tracks qui se veulent ouvertement sombres, mais cette classification systématique & intempestive fait passer beaucoup de gens à côté de l’essentiel. Le cas est récurent sur des projets particuliers comme les travaux de Cédric Stevens (the syncopated elevators legacy) : trop de gens mal informés (ou pas suffisamment) ont tendance à les assimiler à une volonté de ressenti sombre et quasi cynique, alors que ses compositions très singulières oscillent souvent d’un sentiment indéfinissable mais palpable à un ressenti différent parfois en une fraction de seconde.

Seulement voilù : tout ce qui est indéfinissable, bizarre ou indicible inquiète et s’assimile donc trop aisément aux ténèbres. C’est un raccourci qui n’est pas très finaud mais dans lequel tombent facilement les portions de public qui sont restées calées sur l’aspect festif des musiques électroniques... Ceux qui cernent mieux les choses sont généralement des gens qui avalent des quantités plus importantes...de son (bon...) ou des musicos qui sont eux même confrontés à ces formes d’expression de manière plus directe. C’est d’ailleurs le prix à payer lorsqu’on s’engouffre avec ardeur dans les tréfonds de l’expérimentation sonore : faire des disques destinés à des gens qui en font eux-mêmes... Ceci ne constitue nullement une fin en soi mais plutôt un constat dont il faut tâcher de se foutre.

Un disquaire electronica me disait il y a peu avec une pincée de confusion latente : "Parfois je me demande si les gens qui vous suivent n’achèteraient pas vos disques par solidarité plutôt que par intérêt ou compréhension véritable de ce que vous voulez exprimer..." C’est à ce moment précis que monsieur Manatane a surgi de dessous le comptoir et lui a balancé un "Non mon cher ! Tu as une grosse flaque d’eau dans le cerveau, on l’entend quand tu tousses !" .....Bon, je déconne et je ne lui en veux vraiment pas. Je comprends en fait assez bien ce qu’il sous-entendait et je ne le nie pas totalement. Il a probablement raison pour cette portion du public technoïde qui s’imagine qu’Acid Kirk & Seal Phüric sont toujours englués dans l’univers du dancefloor acide névrotique ou du chill-out ambient darkoïde. Le gras du public (oulah...) s’imagine souvent que parce que l’on mixe encore régulièrement dancefloor, nos préoccupations musicales sont identiques. Et il semble décontenancé - pour ne pas dire déçu - lorsqu’il constate que nos productions sont à mille lieues de cette dynamique reproductive ; il pense alors que l’on s’est "calmé" - j’entends souvent cela - ce qui me fait sourire, car les prods qui sortent à présent sur le label ou dans notre entourage vont à mon sens beaucoup plus loin qu’il y a quelques années, et heureusement...

La puissance d’évocation d’un morceau à tendance frappadingue ne se situe pas exclusivement dans l’agressivité de ses sonorité ou dans le nombre de BPM balancés sur le sillon, c’est une idée toute faite qui limite cruellement le propos, et on met souvent des années à l’admettre... Il y a tellement de façons de faire passer une émotion que se limiter à de la disto pour exprimer...pour exprimer quoi en fait ?...et à une vitesse pour exprimer la frénésie ampute le processus de beaucoup trop de possibilités attrayantes.

En somme, on ne va pas dire non plus qu’on est plus joyeux qu’avant dans nos compositions, on est toujours aussi hystériques, et même peut-être plus, mais cela passe par d’autres ressentis, par un éventail que j’espère plus large et plus pertinent qu’à nos débuts.

La joie béate devrait poindre son nez rougeau tôt ou tard, même au 12e degré... Mais comme c’est toujours un peu la rage et la folie pour concrétiser un projet (et vivre tout simplement...), les résultats sonores s’avèrent encore un peu tordus et incompréhensibles pour certains, tant pis pour eux... Ce n’est que le reflet de ce que l’on vit, et c’est tant mieux pour ceux qui s’y reconnaissent...

SZ : "Va t-il faire beau demain ?"

Ouch...fallait pas me la poser celle-là... yurk yurk... Au risque d’heurter quelques derniers synapses endoloris & d’une pincée de sans-gêne à l’égard du mystère : il fera beau demain si les armes de distraction massive perdent un peu de leur puissance de feu pour les yeux, si le business de la nostalgie régresse, si les services monnayables en viennent à se |roquer, si la bonne conscience ne tient plus l’effort en respect, si les désirs osent être des excès, et si le tapinage médiatrique s’essouffle, au même titre que l’élan "civilisationnel" abscons.

Beau demain, beau demain... Il fera beau demain si les marchands d’angoisse font faillite, si la stéréophobie du monothéisme et de la monogamie recule (on ne devient pas "normal" par hasard), si l’on reconnaît enfin que l’inertie est la cause de 2/3 des mariages, si le pape admet la touze et surtout celle du mélangisme spirituel, si les transes de bêtise inquiète se disloquent, si la vie qui nous essaye dans un genre réclame enfin l’autre sans souffler sur nos cendres d’intérêt, et si la recherche de la plus grande émotion possible nous permet de devenir enfin nous-mêmes avant de passer de l’autre côté du merdjé...

Il fera choli demain si le pardon tiède se réchauffe, si le sentiment de confusion qui chez les gens apeurés tient lieu d’amour se dissipe, si les heures verticales happent le plus grand nombre, si le bonheur en banque perd de sa valeur putride, si on greffe une conscience aux binaires qui l’ont à l’état de projet, si les normopathes se soignent à gros coups de truelle pluriculturelle, si les entités en mal de complétude refusent l’hébétude passionnelle & carcérale de leurs excroissances identitaires, si l’on s’efforce de dévisser la réalité lorsqu’elle étrangle trop la cognition, et si l’on fonce sans peur & à vive allure vers les rives de l’inconscient salvateur... Oui madame.

N’en déplaise à certains, il fera beau demain si les nécessiteux de l’importance cessent d’en nourrir leur espace pensant, si la frèrocité, la tendresse navrée & le cancer de l’amitié se traitent sans part phobiaque de la retenue, si l’obsession constructive refuse toute camisole, si l’enfer domestique & la clarté ripolinée du quotidien est soigneusement évitée par chacun, si les ténèbres pulsionnels s’éclairent enfin pour s’assumer d’un contagieux entrain, si les mol-pensants s’anesthésient le confort mental & menteur du repli identitaire, si l’escapisme massif recule, si les certitudes sont ignorées et qu’on écoute ce qu’on entend pas au détriment de la musique stimulant l’achat du kilo de beurre.

Bref,...c’est pas demain la veille qu’il fera moins moche...surtout pour les cyniques même pas contrits qui tâchent toujours de rendre absurde ce que leur esprit obtu refuse encore d’appréhender.

L’ironie persistante rend immobile et mécanise le jugement en un fatras d’impostures tacites dont l’homme ordinaire se gargarise avec volupté, pour n’engrosser qu’une lucidité de seconde main - faite d’avis d’occasion, de devises surannées et de suspicions à l’emporte pièces du puzzle - inapte à saisir que la prise-de-tête reste inutile si on ne se la dévisse complètement. ...Blonk ?...

Un jour, (y’en a 2 qui suivent méjmencogne) les plus téméraires d’entre nous chanteront enfin leurs cantiques à ventre ouvert, et leurs viscères gorgés de sang neuf éclabousseront tant & si bien les mol-pensants que même l’indolence née du suivisme les fera jaqueter leur mère, vui médème...

Alors, la civilisation de l’ennui pour tous et ses dictats intellectuels s’essouffleront au profit d’un plus large accès à soi-même. L’orphelinat initiatique né de la contemplation épurera les sages, empirera les sots, et nos fanons contre le système mueront en dents de lait. Les mâchoires enfin moins achalandées en reproches & résistances multiples, libérées du joug de la conformité abrutissante, de l’indigence humaine et de l’obsession carcérale de notre petit devenir révolutionnaire personnel (que l’on croit souvent à tort si différent de celui du voisin odorant), nos nouveaux modes de présence au monde nous feront croire - pour une fois à juste titre - au lendemain collectif évidé de cette obsédante permanence de notre apocalypse à tous, pour nous affirmer avec vigueur et simplicité...qu’il faisait en fait déjà beau hier, mais qu’on était trop occupé à lobotomiquement confectionner nos parasols gastrosophiques pour s’en apercevoir...bande de cons qu’on est...

Il FAIT beau. (des fois)

Zeal.

Interview par R47474C

sur le feu : (tous les tracks sont prêts)

- [lens006] - Ucture : Bwata E.P. / 8 tracks electronica-jungle-techno-xp-ambient (12inch) >> imminent <<
- [lens007] - Norbert Weedloaf : hijo de la luna (12inch) + album (CD) / weird & funny stuff - one acid track
- [lens008] - the syncopated elevators legacy 2 track EP (8inch) / XP analog noises
- [lens009] - Gwelmime : Masters of Disaster [heat box] album (CD) / weird pop band songs

en gestation : (ça bosse)

- Naan mini album (CD) / noise ambient
- Wilbur & Pullmann 6 track EP (12inch) / XP urban electronica (Ucture+Trionix)
- Nicolas Musch album (CD) / acoustic & electro XP project
- Subskan new 6 track EP (12inch) / harsh industrial & illbient soundscapes

en projet : (si Djeu le veut)

- the syncopated elevators legacy ze album / unpredictable...
- Alfred Middle album (CD) / ambient
- Claire Goldfarb mini album (CD) / celloplayer & singing artist from the "Ensemble Musiques Nouvelles"
- Ergon’s original score & DVD film / music from the 18min. documentary-film of Joël Godfroid by Trionix & Seal Phüric with entire tracks of Claire Goldfarb, Naan, and reshaped material from John N. Sellekaers, Olivier Moreau, Rawakari,...

Dessins à l’encre de chine sur LENS002 par Oly Thys

Dernières sorties de Seal Phüric :

- SNEL-01/BdF 05.1 - Phonic Sins (Works for Claudio Bernardo’s choreographies)

- SNEL-02/BdF 05.2 - Zeal’s arrkhives (various unreleased stuff & compilation tracks)



Ratatac

Site web : http://www.ambivalence.be/

 

  Publication de l'article :
 
Avril 2004

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