La bande marasmatique frappe une septième fois, à nouveau selon la formule du vynil 7" graphique, avec une sortie finalement bien différente de la précedente. Demeure le concept (ô combien courageux mine de rien) du disque collectif.
Arrivant peu de temps après le Marasm 06 (chroniqué dans nos colonnes), ce petit 33 tours nous propose de la musique industrielle de qualité. Pas de « dancefloor killers » ici, mais des morceaux pour l’écoute.
On débute avec Míra me Míguel par Sikhara, et une citation d’une chanson traditionnelle (en Portugais me semble-t-il ?), qui se fond ensuite dans des rythmiques tribales (mais certainement pas tribe) plutôt que martiales. L’intégration fusionnelle des samples vocaux, l’ambiance atmosphérique, la noirceur obsessionnelle des rythmes, les nuances dans les percussions font de ce morceau un début qui place l’auditeur dans une ambiance toute en demi-teintes. On pense à Coil, notamment à leur Last rites of spring. Ici la profondeur n’est pas artificiellement créée par des nappes qui jouent des mélodies en mineur, elle suinte simplement de la simplicité sans simplisme, du côté direct du discours. Le morceau respire, et donc vit dans nos oreilles. Sikhara nous prouve aussi que le sampling peut-être un outil créatif, et que fusion ne rime pas toujours avec plagiat.
Suit une Obsession très (trop) courte usinée par Umkra, métallique, grinçante. Il semble aimer contempler les échos de ses rythmes, avant de les laisser se distordre dans des hurlements feedbackesques. Un morceau de transition, trop bref nous l’avons dit, mais plein de saveur.
La face B débute avec une profession de non foi de Ripit, intitulée No Crea. Une rythmique lente mais qui broie, concassage asynchrone, percussions métallisées. Et pourtant, un désir de groove suinte de ce morceau, bien plus que dans les productions habituelles de Ripit, comme sa sortie sur YB70, plus abstraite. Une nappe grave oscille, une plaque de métal résonne au fond de l’atelier, un souffle rauque précède, le rythme entre en jeu, et un chanteur de flamenco fait planer sa canción au loin dans cet enfer métallique. Paysage apocalyptique certes, mais dans lequel on se laisse volontiers flotter quitte à se faire rouler sur les copeaux de l’usinage de cette rythmique déjantée qui surgit soudain. On acquiert la conviction que le breakcore a encore des choses à dire, fût-ce par le biais d’un ralentissement introspectif et descriptif.
DrKnous avait séduit sur le Marasm 04. Il le fait à nouveau avec Feux de fringales, morecau par trop court qui achève la seconde face.. Une rythmique breakée, lente, métallique. Une inspiration, une expiration, l’oxygène est dans le sang, mission accomplie. Quoi, c’est déjà fini ? Ah non, j’veux pas !
Liste des morceaux
A1 - Sikhara : Míra me Míguel
A2 - Umkra : Obsession
B1 - Drk : Feux de fringales
B2 - Ripit : No creo
OlgaZzz