Snawklor est un duo australien, composé de D. Krasevac et N. Gray. Ils
nous proposent ici leur second album sur le label Synaesthesia. Leur réordonnancement des sons de la vie de tous les jours est remarquable.
Lorsque la fin du disque arrive, une terrible impression de vide saisit l’auditeur. En même temps qu’un vague sentiment indéfinissable, qu’on qualifierait approximativement de presque dépressif. Dieu que ce disque est riche, et qu’il nous emmène loin !
Comment le qualifier si ce n’est de musique concrète ou acousmatique ? Aucun son numérique habituel est ici présent, on entend clairement que la plupart des sonorités proviennent du « monde réel ». Tous les sons sont retravaillés avec une précision qui frise la manie. Chaque sonorité est clairement isolée et si une confusion apparaissait, il doit être clair pour vous qu’elle est voulue dans la composition. Il y a même une exhibition volontaire de l’artifice dans cette chirurgie sonore pointilleuse : ici une réverbération est trop localisée spatialement pour être honnète, là un clic de bouclage de sample a volontairement été laissé.
La musique de Snawklor crée plus qu’une ambiance, elle emmène l’auditeur en voyage dans les propres replis de son cortex cérébral. Le voyage intérieur n’est cependant pas proposé par le circuit facile du son qui vous masse. Ici l’interrogation surgit à chaque instant de la méditation. Les morceaux donnent, à leur début, presque tous l’impression d’avoir très peu de son, et pourtant ils finissent par envahir tout l’espace sonore et géométrique. Des nappes obsédantes, presque dérangeantes tant elles paraissent à la fois mélodieuses et bancales vous font osciller en vous-même. Oscillation, rythme ? En effet, même si le disque est très peu percussif, la structure est tapie derrière les évènements pseudo-aléatoires. S’il n’est pas mis en avant par des sons de percussions standards, le rythme est clairement là et équilibre la globalité de chacune des pièces de ce disque.
Des petits êtres se promènent dans le champ auditif, émettant des sonorités tour à tour cristallines ou brutales. Car la chirurgie sonore comporte également une pratique de la rupture, et des sons, aigus ou graves, surgissent pour disparaître aussitôt (en particulier dans « Doublivores back » et « Alloys out cold » . Cette dualité entre rythme implacable mais pas écrasant et micro-évènements crée une ambiance méditative (surtout vers la fin du disque) et même interrogative. Tout ne se passe pas dans le calme. Par exemple, « War in the trees » a un début très ambient et pseudo-aléatoire, mais cela ne dure pas, une nappe monte de plus en plus jusqu’à en devenir malsaine et se transformer en une percussion répétitive qui fait songer au Sextet de Steve Reich, le confort en moins. La tempête ne surgit cependant pas.
On peut parfois penser à « How to destroy angels » de Coil, et aussi à certains morceaux de Download, et même par moments à Varèse. Il y a pire paternité à revendiquer. La musique de Snawklor est, malgré ces références qui s’imposent, très personnelle et riche. René Char ne disait-il pas qu’il faut occuper toutes les pièces de sa maison mentale, les obscures et les belles aérées ? Ce disque vous en donne l’occasion.
Liste des morceaux
1 - Doublivores back
2 - Assemble the shade
3 - Craykles wonderful time
4 - Alloys out cold
5 - War in the trees
6 - Nocturnal :
- Secrets of the hounadine
- Anchovies pleasure ghost
OlgaZzz