
Bien que le hardstyle attire les sympathies, que la salle oldschool contrebalance l’infamie des sonorités par elle distillée par la vitesse à elles conférées, et considérant que dans la salle darkcore les DJ tiennent à ne pas caler un disque, c’est la salle hardcore, ses 150 db et ses strobes-feu-du-ciel qui convoque les esprits de nuisance les plus attrayants et, tiens, tout le line-up de cette salle est hollandais (à un DJ Tommyknocker et un live Nordcore près).
(Cette soirée ayant commencé à 20h, le début est passé à la trappe pour cause d’accidents en Belgique et en Allemagne, d’exploration des routes de campagne de ce dernier pays et de la prise de conscience que leurs panneaux, ils sont pas faits pareils, donc,)
JDA vs Tommyknocker : si le premier fait parler sans peine ses gènes hollandais (efficacité dans les phases courtes, aller-retours dans les montées-descentes, distillation d’anthems), le second est plus laborieux : longs temps de calage, hésitantes phases de mix. Rien de rebutant, mais un exemple de plus que la réussite d’un ping-pong ne tient pas qu’aux fins calculs d’organisateurs avides de mettre plus de noms sur un flyer en faisant mixer deux DJ en même temps.
Evil Activities : la pénibilité hollandaise dans toute sa splendeur. Succession d’anthems gabbouse à peine mixés, dilution dans la dilution de mélodies imbitables, breaks peine-à-jouir pendant lesquels rien moins que deux MC viendront taper leur baratin clap your hands. Est au hardcore ce que Bon Jovi est à Slayer.

Dans les couloirs et les salles de bar, certains jouvenceaux bien bâtis en provoquent d’autres par des bousculades bien placées ou des œillades savamment administrées à des donzelles outrées. Les bagarres ne commencent à émouvoir la sécurité que lorsque plus de quatre personnes y participent, les filles frappent les roméos aux avances trop explicites, des rigolos passent dans le dos pour pousser violemment vers l’avant certains danseurs lors sommés de s’expliquer auprès de ceux qu’ils ont heurté. La tension est palpable autant que naturelle : elle fait partie de la fête. On reconnaît les hollandais à ce qu’ils gueulent « Rot-ter-dam / Rot-ter-dam / Rot-ter-dam » sur le dancefloor mais aussi à ce qu’ils s’excusent quand on les bouscule ; les allemand(e)s étant plus du genre à chercher le regard pour le soutenir et exiger réparation sur l’instant. Bref, c’est super agressif partout, mais faut pas s’en faire, c’est pas quelques pains dans la gueule qui vont émouvoir cette saine jeunesse.
Partyraiser : le choc de la soirée. L’apéritif commençait à durer, et le DJ aux allures de Chris Penn (chemise limite Las Vegas en exergue) démarre tendu. A ce stade, l’hypothèse que ça retombe vite n’est pas exclue, le mix en montagnes russes à la hollandaise s’adaptant à la gloire de la chimie en action dans les jeunes organismes. Mais vite il appert que le sieur Partyraiser ne joue pas les breaks, que son hardcore prend des tournures industrielles bouillantes, que ses faders ont l’agilité du grizzli à la pêche au saumon. Chaque morceau embroche le précédent, les couches de kick se multiplient et brouillent les pistes balisées des montées et des descentes. Des pogos sont repérés sur le dancefloor, pendant que les deux officiants chargés des lumières gardent le doigt appuyé sur « strobe rotokill » sur la régie lumière. Partyraiser est un fauve qui s’ébroue dans la mare aux gazelles les babines pleines du jus chaud de leurs entrailles. Son feeling animal possède le dancefloor. Un break : une boucle aux étranges modulations s’enroule dans le déroulé rythmique avant la reprise d’un kick que ladite boucle retient de l’autre côté de la porte de toutes les malédictions. Mais quoi, ils en sont à programmer du gabber mental ? Sauf qu’il joue sa boucle au scratch, en adaptant sa tonalité aux évolutions du premier disque. Précision magnifique, énorme potentiel de nuisance mentale, terrible vision du DJ tenant le dancefloor au bout des mouvements de son bras gauche. Tout ce set carnassier ne sera que dépeçage sauvage. L’atomisation sera finalement ponctuée de juste par le « Six Millions Ways To Die » du SS13. Set de la nuit.

Quelques temps plus tard, la fin du live d’Endymion est dark, speed et minimaliste. Mais bon, c’est quelques temps plus tard, parce que l’autre a flingué quand même.
Nosferatu, alors Nosferatu, il est drôle. Revenu aux affaires grâce à la sortie de maxis stylés, limite intellos, en tous cas terminalement expérimentaux (en regard des critères en cours dans les The Netherlands), sur l’ultimement branché label Enzyme, il pointe sa bouille enjouée aux platines en dégainant ses mimiques de Bozo. Démarre mélodique. Abat tout de suite ses atouts happy. Boïng boïng. Oublieux de ses options deep classieuses sorties sur le label précité, il cale, entre une démonstration de grimaces et des invites répétées à taper dans les mains, des choses complètement pas dark du tout, s’amuse à exécuter un joli mix d’un classicisme de grand ancien. Libéré de l’obligation de faire ses preuves (ayant rempli ses devoirs dès 1993), Nosferatu vient insuffler un air printanier dans une salle hardcore qu’il a trouvée exsangue. Les petits oiseaux chantent sous ses doigts d’humaniste fou, la poésie se répand via des tracks gabber finalement très gabber, les phases de mix sont très enlevées, fraîches et légères, tout le monde rêve de devenir un Bambi d’amour (ce à quoi incitent des nappes aux fréquences impalpables), ça jumpe, bref, Nosferatu permet au dancefloor de reprendre son souffle tout en le faisant courir au plafond après des papillons aux couleurs de l’éternité confraternelle. Le mix est aussi bon que le niveau de pitrerie est élevé. Le DJ progresse tranquillement vers un hardcore des plus énergiques et tiens, on ferait comme si on serait des jolis joggers et des bêêêêêêêêêêêêêêêlles gentilles fées et... Bon.

Soit dit en passant : le seul morceau non hollandais identifié joué dans la salle hardcore fut le « Revolution » de Tommyknocker, joué par son auteur.
Très grosse ambiance, danseurs torse nu et jeunes femmes à caméra devant le DJ dès 1h du matin.
... Pendant qu’en France on continue de tourner avec le même top 2 depuis 10 ans...
... Pendant que le niveau moyen de mix dans une soirée comme icelle est bien plus élevé que dans la plupart des brochettes à Tartuffes tenant lieu d’évènements hardcore dont il faudrait que l’on se contente chez nous...
... Allons nous amuser chez les autres...
Mais Partyraiser, sa mèèèèèèère.
Dronnzz