S-0 : Tu viens de sortir le Violent 11 avec ton comparse Duff des TMLP. Qu’est-ce que ça fait de sortir sur ce label mythique ?
TSX : Sortir sur un des labels allemands des plus mythiques et bien c’est pas simple, déjà ! Car il fallu batailler un moment. Ensuite c’est un honneur que d’être les premiers français pressés sur un label tel que Violent Recordings et en plus pour couronner le tout c’est un picture disc. C’est aussi le premier sur Violent donc c’est clair que ça te triture le furoncle de plaisir. Ça aide à se motiver d’avantage pour faire d’autres productions à l’étranger et toucher pourquoi pas d’autre labels prestigieux.
C’est quoi le hardcore corrézien en 2004 à part DJ TSX ?
Le hardcore corrézien a commencé il y a pas mal d’année avec un DJ/compositeur excellent : Rom1, qui avait créé son label Epyleptik en 1995/1996 me semble t-il (à ne pas confondre avec le Epileptik parisien), et Rom1 fut aussi produit par la suite sur des labels comme Core-Tex Labs ou Hypnoise ou encore Kor Factory. Malheureusement il a cessé l’activité dans le monde techno il y a maintenant quelques années. En hardcore corrézien, il y a aussi TMLP composé de Duff et Fatman qui eux font du Hardcore/Speedcore que j’apprécie de par son efficacité et ces samples bien débilos. Ils ont aussi créé leurs labels Kashwalu et Yesaow. J’ai suivi leurs traces en me lançant d’abord dans le mix en 1997 puis la composition en 1999. Mon choix fut vite fait en faveur du hardcore, sachant que j’ai toujours aimé les son plus dur en matière de musique en générale.Voilà un peu l’histoire du Hardcore corrézien, et en 2004 et bien en matière de "hardcore corrézien" il ne reste que TMLP et Dj Tsx. Il y a bien sûrement d’autres artistes hardcoreux corréziens dans l’ombre mais je ne les connais point.
C’est quoi, DJ TSX, au fait ?
À l’origine le Tsx est un automate programmable de la marque Télémécanique. Il y a 6/7 ans, un jour où je glandais en cours d’automatisme, je cherchais un nom de DJ pour passer le temps et j’ai vu cet automate sous mes yeux. Le pur hasard et la flemme de se creuser l’esprit ont donc fait le reste.

Y a-t-il des soirées valables dans ta région depuis la fin des grosses free ?
MOUAHAHAHAH, certes, les nôtres ! Vu qu’on est les rares à faire du son un peu underground dans notre région, même s’il y a quand même d’autre personnes à part nous qui organisent ou qui ont organisé des soirées ici. Il faut quand même préciser qu’il y a peu de teufs dans notre région et on est un peu les plus réputés dans le coin. Mais bon, on peut pas parler de "depuis la fin des grosses teufs" car même à l’époque des grosses teufs on en a jamais eu de très importantes. Mais l’ambiance est bonne par contre et ça c’est plus important que la taille ! Dans le Limousin c’est comme partout il y a eu de bonnes et de mauvaises teufs.
Raconte au lecteur avide la saga des free du sud ouest !
Je n’ai découvert les raves qu’en 1996. Je me souviens d’une de mes premières teufs vers Toulouse, une Fraktal / Voodooz Circle / THC. Jamais je n’avais vu cela de ma vie, et jamais je n’avais entendu un pareil son auparavant. J’ai découvert une immense chaleur humaine, plein de convivialité, de rires, de cris de joie, et surtout des gens avec le sourire partout. Ensuite ce fut le son et là je suis resté sur le cul car le hardcore toulousain eh bien c’est un autre monde, une autre dimension. Industriel, perchant, péchu et très attirant. C’est là que je me suis dit que c’était ce son là que j’aimais.
Toutes les teufs faites dans le sud-ouest en tant que teuffeur furent pour moi les meilleures de ma vie et pourtant j’ai fait des teufs dans beaucoup d’autres régions. C’étaient des teufs qui étaient d’une autre dimension des points de vue musical et festif.
J’ai joué en novembre dernier avec Mouse (Fraktal/ Karnage/Fishkopf) en Bretagne et en entendant son live je me suis retrouvé un peu dans cette dimension connue il y a 7 ans de ça a Toulouse, en plus le public breton est un public très festif que je salue au passage. Donc, trouver un pur son d’origine toulousaine et un public se rapprochant de celui connu à l’époque dans le sud-ouest m’a transporté dans mes souvenirs. C’était grandiose, tout comme le live de Mouse. D’ailleurs vu que je parle de souvenirs, je pourrais rajouter aussi la soirée où j’ai joué au Gibus : je vais donc ajouter quelques mots sur le mix de Armaguet Nad qui me fit faire un retour en arrière, lui aussi. Son mix était bien dans cet esprit hardcore que j’ai connu il y a des années (Bravo Nad !).
Tu joues des mix préparés. Comment places-tu ton feeling de l’instant lorsque tu joues un enchaînement déjà "écrit" ?
Question piège ! Je passe énormément de temps derrière mes platines à écouter des disques, voir ceux qui vont ensemble, trouver les temps exacts d’enchaînement pour que justement tout se coordonne au mieux possible. Bien sélectionner mes galettes aussi, pour faire un mix varié, gabber, frenchcore, les tendances d’aujourd’hui et les vieilles (en ayant une préférence pour les vieux labels ou vieux disques). C’est aussi varié en tempo ; dans mon bac ça va de très lent à assez violent. Cela me permet d’avoir aussi un choix en tempo pour pouvoir attaquer à n’importe quel moment dans une soirée pour adapter mon début de mix là ou le DJ ou live précédent se sera arrêté. Je fais un gros travail sélectif, c’est un amusement pour moi, c’est une préparation du bac que je vais traîner dans deux ou trois teufs en quelque sorte. En fait je prévois un set que je vais jouer comme programmé suite au travail fait chez moi, et si l’improvisation s’impose, et bien ça ne me posera pas de problème non plus, car vu que j’ai énormément joué ces galettes lors de la préparation de mon set, je les connais sur le bout des doigts, et je crois que quand on connait ses disques sur le bouts des doigts on peut faire énormément de choses avec, si on a le bon feeling ! Donc que ce soit de l’impro ou du mix préparé, le "feeling de l’instant" se rajoute au "feeling préparé", et parfois ça fait des trucs assez forts. De toute manière, jouer sur du son permet de réaliser plus de choses qu’à la maison. Il y a toujours de la place pour un "feeling de l’instant" dans mes mix préparés.
Le gabber devient une grosse mode. Tu joues toi-même des morceaux plutôt typés. Est-ce que tu t’y es mis pour les filles ou quoi ?
Ahahah !!! Non pas tout, je ne m’y suis pas mis pour les filles car déjà, je ne suis pas un coureur de jupons à la base. Dès mes début dans le hardcore j’ai aimé le son gabber, et j’en ai toujours joué. Dans mes débuts je jouais pas mal de vieux D-Boy et autres labels italiens, et les premiers Gobble, Tcher No Beat, et beaucoup d’autres choses dans ce style là. J’en joue toujours a l’heure actuelle car certes, si pour certains labels gabber il faut être très sélectif sur les morceaux, les excellents tracks gabber n’ont rien à voir avec les tendances françaises actuelles. Le synthé dans la techno a toujours été utilisé. Dans mes premières teufs, ont entendait quasiment que du gabber en matière de hardcore, et maintenant quand on joue gabber, on nous le fait remarquer, car c’est pas du frenchcore. C’est dommage car beaucoup de gens bougent sur le gabber quand ils en entendent. Je trouve qu’à l’heure actuelle il y a largement plus de sorties valables en maxi à l’étranger qu’en France, mais bon, ça reste mon avis. Voilà peut être aussi la raison pour laquelle j’achète mes disques en grande partie en dehors du territoire français.
Tu mixes beaucoup de morceaux contenant de grosses nappes de synthé. Par contre, pas de synthé dans tes compositions.
Tout simplement parce que je ne suis pas très utilisateur de synthés. Je pars à la base de sons récupérés partout, donc du wave en général. Je n’utilise pas par la suite de synthé virtuel ou même des synthés en plug-ins, je travaille mes compositions uniquement à l’échantillonneur et au processeur d’effets. Donc c’est pour cela que dans mes compositions on ne trouve pas, ou quasi pas, de sonorités venant de synthé.
Quelle est ta configuration technique pour la composition et quels en sont les avantages et les défauts ?

Gros travail à l’échantillonneur. Je travaille en grande partie sur Reason, un peu sur Cubase. L’avantage réside surtout dans la gestion des samples et la facilité de traitement de chaque son. L’inconvénient, c’est que ça me demande un gros travail avant sur la préparation de mes samples sélectionnés au feeling, puis ensuite pour la préparation de la configuration avant de commencer a écrire mon track. C’est hyper long de foutre tous les samples sélectionnés dans les échantillonneurs, et ensuite de faire les réglages sonores de chaque sample. C’est la partie la plus fastidieuse dans ma manière de composer.
Bien que tu n’inclues pas de samples sur la police dans tes tracks, le son de tes morceaux est assez caractéristique du si controversé frenchcore. Es-tu alors obligé de mettre une fausse barbe pour aller acheter ta baguette ?
Je veux bien me dire, même a moi même, que je compose du frenchcore, mais avec la touche personnelle de Tsx. Je cherche avant tout a faire un son qui me plaise et qui puisse plaire à beaucoup de gens sans non plus tomber dans une schématique frenchcore que l’on retrouve dans pas mal de composition françaises du moment. Je ne cache en aucun cas le fait que je fasse du frenchcore.
Tu souhaites vivre de ta musique ? Si oui, comment quelqu’un dans ta position (quelques bookings par an, quelques maxis par an) peut-il compter y arriver ? Parce que le fonctionnement du circuit des soirées françaises ne favorise pas la professionnalisation des artistes.
Oui j’espérais un jour en vivre, mais j’ai abandonné cette idée depuis quelques temps. Avec quelques bookings et quelques maxis par an, il m’est impossible de pouvoir en vivre. Mon objectif maintenant est de continuer pour le moment à composer puis mixer. Je laisse les choses se faire.
A quoi ressemble le Paysage Hardcore Mondial depuis la Corrèze ? Quelles sont les ondes qui arrivent jusques à vous ?
Le Paysage Hardcore Mondial depuis la Corrèze est pas trop mal, on va dire. Notre vue s’étendant bien au-delà de nos frontières. Le paysage est très varié sur le plan musical hardcoreux, mais ça ressemble de plus en plus à un bordel où se mêlent fric et n’importe quoi. On a une vision lointaine comme beaucoup d’autres régions qui sont un peu isolées de ce milieu, c’est à dire loin des régions pleines de soirées et de gens qui sont en route pour la gloire et le pognon. On remarque plus facilement que ça devient du n’importe quoi en France ; ça me désespère légèrement la manière dont tout cela évolue. Bientôt on fera peut-être des émissions de télé-réalité pour trouver le nouveau DJ/live star, et quand on en sera là, ça sera grave. C’est pas encore à la télé, mais c’est un peu ce qui se prépare en silence...
Le hardcore a-t-il encore quelque chose à dire ?
Le hardcore a sûrement encore plein de choses à dire même s’il en a déjà beaucoup dit. Mais je crois que ça ne vient pas du hardcore en lui-même mais des artistes, car s’ils gardent la tête sur les épaules et ne voient pas que les dollars, les compositions/productions hardcore auront quelque chose à dire. Sinon ils tomberont dans un cercle de compositions standard, un style de copier-coller des autres en se faisant passer le CD de samples du voisin, et donc là : le hardcore n’aura plus rien a dire. J’ai pas de voisin qui font du son et qui ont des cd de samples à me passer... Sur Paris c’est plus simple de se passer les samples entre voisins ! Le Hardcore aura toujours quelques choses à dire si les artistes savent lui faire dire.
Quel est ton souvenir le plus fort en tant que DJ ?
Mon souvenir le plus fort remonte à l’époque où les grosses free parties se faisaient partout. Vers 1999 je jouais pas mal vers la Charente et Charente Maritime. Je me souviens d’une énorme free party où j’ai joué, qui était sur un terrain militaire abandonné. Il y avait plein d’immenses hangars désaffectés. Dans l’un d’eux les organisateurs avaient posé 25 kw de son vraiment pur, super bien disposé et en plus en longue portée. Le plus gros du monde arriva vers 2h du matin, le hangar était quasiment plein, entre 3000 et 4000 personnes. Hardtek d’abord, puis à 7h du matin le hardcore arriva car je suis enfin passé suite a une longue attente. Il restait environ 1500/2000 personnes. Ce fut la première fois que je jouais devant autant de monde, les conditions de mix étaient vraiment excellentes, avec un publique en grande forme. Je fis un mix qui enflamma le public... et donc l’intérieur de ma personne aussi...Ce fut la première fois que je ressentis une telle émotion intérieure ! Devant un si grand public... Je crois que ces images resteront toute ma vie gravées dans mon esprit.
Quels sont les DJ qui t’impressionnent ?
Il y a en tout premier MATT (Fraktal) à l’époque des free parties et technival dans le sud entre 1997 et 2000. Je l’ai vu jouer quelques fois et il a réussi à bien m’impressionner tout d’abord par une sélection de skeuds excellente, une superbe finesse dans ses mixes. Il m’a laissé sur le cul plus d’une fois. Ensuite il y a Radium mais pas pour ce qu’il joue maintenant. Je préférais ce qu’il jouait à l’époque de la K7 Stormcore Three Dex Mix. Mais Radium m’impressionne surtout en matière de technique, car la sienne est monstrueuse. Quand il joue deux skeuds c’est comme de la magie. Ca rentre, ça cut, c’est propre et efficace. J’ai énormément appris de choses en regardant Radium jouer quand j’ai eu l’occasion de le voir d’assez près. Ensuite Simon Underground m’a énormément impressionné, d’une part par sa technique de mix proprement dite, et ensuite avec cette déferlante de scratch propres, fins et impeccables rajoutés à tout cela. C’est un très grand Dj Hardcore en plus d’être un excellent Dj Hip-hop, alors les 2 techniques réunies ça fait très mal quand ça sort sur du son. En plus Simon fait une très bonne sélection de disques et m’a bien laissé sur le cul lui aussi dans les quelques teufs ou j’ai pu le voir jouer. Je finirais par un Dj que je n’ai jamais vu et que je tiens à voir absolument, car rien que d’entendre ses mix en mp3 ça donne envie. Eh bien c’est Mister Mc Drokz !!! Ah la la...Drokz est grandiose, Drokz joue des skeuds terribles !!! Donc je veux le voir !! !

Discographie TSX :
Toon’z Records 02 - 12"
Crush 03 - Rave Evolution Calling Ep - 12"
Beast 024 - En Dehors des lois Ep - 12"
B2k Records 06 - Furonculoze Corrézienne Ep - Dj Tsx vs Duff Tmlp - 12"
Kiosk Eclektik Records 02 - Pushy ! - Dj Tsx vs Duff Tmlp - 12"
DDT 02 ( Descente De Trip ) - Fight Club Ep Rom1 vs Dj Tsx - 12"
Violent Records 011 - Braindead Ep - Dj Tsx vs Duff Tmlp - 12" Picture Disk.
Dr Venkman