Dans la vidéo de « Come to Daddy », une créature hybride et rachitique au visage de Richard D. James veillait sur une portée de gnomes ricanants à son image. The Flashbulb pourrait être l’un d’eux. Et peut-être bien le plus doué. Le voilà signant un impressionnant LP sur la division de Suburban Trash, qui transcende son mimétisme un peu trop grillé
(Il y a même deux ballades au piano dans une grande bâtisse déserte ; « an external frost » et « sunset hamlin » » ne sont rien d’autre que du Squarepusher en forme)
par un sens du Beau à fondre sur la moquette. Et puis, après tout, considérerons désormais le style « skyzocomptines naïves n’ rythmiques cérébrales » comme un sous-sous-genre en soi,
mise en musique des rêveries étranges et tristes d’un gamin solitaire. Breakbeats façon réaction en chaîne de cartoon, que perturbent des tremolos, des drills, des placements jazzy ou psychotroniques. Le sens obsessionnel du détail, l’aisance particulière des zicos de formation classique qui se mettent à triturer des softs... tout ça se lit dans l’évidence des arrangements, dans les courses d’amenbreaks surdécoupés jusqu’à une agréable frénésie : un déluge d’informations qui paradoxalement apaise (à ce jeu là, les trois parties de « lawn wake » tapent vraiment très haut). Benn L. Jordan est un homme orchestre qui fait sonner l’acid comme une guitare électrique, arrive à donner une âme folk-autour-d’un-feu-de-plage (ou indie rock plus véner) à des morceaux écrits à la souris. S’aventure dans l’electronica sans lâcher l’émotion, ou affirme enfin une personnalité unique lorsque les cordes de la guitare sèche se mêlent à des notes synthétiques d’une grande pureté... juste avant que l’Artiste ne chante l’amour et les arbres qui parlent. Intense poésie virtuose tout du long, jamais chiante.
Dr Venkman