C’est antique mais le seul morceau « The Nightraver Strikes Again » est tellement gavé de cette énergie ! Bien que le gabber version stéroïdes (à Rotterdam, on est des durs) parade ici dans toute sa morgue paranoïaque et revancharde, genre « On est les meilleurs pour 1000 ans / Que les autres se battent à vie pour la deuxième place », cette synthétisation patente des riffs de Metallica et Slayer aborde son côté autoroutier le coude à la fenêtre. Le boom est là pour le boom, ça vous a son petit 180 hargneux et ça passe son temps à gratter le cerveau autant que ça peut. Ponctué de « The Nightraver ! » et autres « The Nighraver strikes again » vocodé, ça vous a encore la constance et l’élégance d’une hélice de porte-avions croisant en eaux hostiles. Voilà bien le genre de manifeste anti-babas craché façon grand style à la gueule de ces gauchos d’Amsterdam qui avaient le happy moins refoulé. La crédibilité esthétique de l’entreprise étant piétinée dès la première sortie, le n’importe quoi trouverait donc chez Terror Traxx un allié de choix.
« If You’re Smart » plus étagé et lancinant autant qu’aussi simpliste hisse le pavillon lizaesque à coups de filtres qui à l’époque faisaient mentaux. Le charley surmixé de juste et la ficelle apparente, ce titre bascule de l’autre côté, celui du devenu difficilement jouable à l’époque de la modernité distanciée et du placement instantané dans un contexte historique toujours plus fabriqué.
« We Are From Rotterdam [Remix] » balance après sa longue intro un riff rave dénaturé explicatif si besoin en était des basses intentions de ces gens. Pendant que l’Angleterre jouerait son joker jungle et que la rave allemande serait majestueuse jusque dans la disparition de ses formes élémentaires, le soudard rotterdameux profanerait le cadavre utopiste en magnifiant les premiers remugles de la putréfaction d’icelui. Assénant son titre-slogan à l’envi, le track est zébré de synthés agressifs repoussant les happy ravers au-delà des limites de leur agaçante béatitude. Gros beat martial, breakbeats dum-dum et fins de mesures ninja s’entortillent pour une démonstration annonçant tous les désastres (qui ont d’ailleurs eu lieu).
« So », le tube. 160 bpm, kick écrasé-phat, handclaps revendicatifs et mélodie (eeeeh oui) bubblegum, vaste et accueillant trou rose de mediums prompt à attirer à lui toutes les énergies distraites. Progression simpliste, accentuation du côté « couplet-refrain » (« It’s a dirty job, but someone’s got to do it. Sooooo ? ») du gabber, programmation cependant un rien plus fine que les autres morceaux, et surtout ce synthé laserisé/filtré. Ben, pas super digeste, même quand on a faim de la Grande Geste d’Antan, hein.
Au final, le track ayant le meilleur ratio composition/jouabilité/infamie folklorique est bien « The Nighraver Strikes Again », qui bien qu’il pût aujourd’hui passer pour un anthem happy aux oreilles d’un public raffiné, est un jet de pisse sur la tête en fleur de l’utopie techno.
Dronnzz