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The Rapist

 

La France hardcore de 2005 piaille au constat d’une scène effondrée. Plus de soirées à part les festivals proposant la même affiche ou presque d’une année sur l’autre, une production discographique hasardeuse et disparate, peu d’artistes nouveaux à part les fabrications de labels.
De plus en plus se répand l’idée - justifiée - que c’est en Hollande que se passent les affaires. Là-bas demeurent des soirées hardcore dignes de ce nom, et nombreux y sont les DJ de talent avéré et les producteurs solides. Orphelin de la plupart de ses mythes fondateurs et aux prises avec une dynamique au point mort, l’underground français lorgne donc vers le nord. Pas forcément en connaissance de cause.
Des éclairages instruits sont donc bienvenus, pour ramener les caquetages de roitelets de basse-cour à ce qu’ils valent et que l’on mesure aussi que si le hardcore cartonne en Hollande c’est parce que c’est un business d’envergure industrielle. Tant pis pour le romantisme.
William Jordens est connu des DJs sous le nom de Kit Williams ou The Rapist - on se souvient notamment d’un Industrial Strength Europe 005 (« Darkness Is Back ») savoureux ou d’un Explosive 005 hypnotique en diable. Mais il est aussi agent artistique au sein d’Extranza (management et booking, www.extranza.com) et a trempé dans nombre d’organisations. Donc, le business à la hollandaise expliqué par un hollandais.
Que les informations soient parfois délivrées au compte-goutte et sur un ton mêlant la supériorité à la raideur montre que c’est ça aussi, la Hollande. « On a pas besoin du reste du monde pour garder le hardcore en vie », comme il dit.

Quels sont vos différents alias et quelles sont les particularités attachées à chacun d’eux ?

The Rapist - New Industrial Hardcore in full effect. Hellbound et lui ont démarré toute la Nouvelle Force Industrielle. Ils ont donné à des DJs comme Unexist, Tieum, Partyraiser un espace pour travailler et faire leur truc. Aujourd’hui on voit plus de gens rattraper le train et se lancer dans cette musique.
Kit Williams - Mon pseudo pour les pays où je ne peux pas utiliser le nom The Rapist.
Starbanger - Electro, techno et disco. J’aime jouer electro. J’ai grandi avec la musique de Yazoo, Patrick Cowley, Depeche Mode, Pet Shop Boys et plein d’autres.
Dj Jordens - J’ai commencé ma carrière et fait des tonnes de disques sous ce nom. C’était vraiment les tous débuts quand j’ai sorti mon premier disque sous ce nom. C’était du hardcore mainstream et je déteste la plupart de ces tracks maintenant.

Comment êtes-vous venu à la techno en tant que musicien ? Quel est votre background musical ?

J’ai commencé à aller en soirée en 1989/1990. J’aimais le new beat belge à l’époque... Et soudain R_S a commencé à sortir ces disques de Joey Beltram, CJ Bolland et Outlander. J’étais accro à cette musique. Plus tard Marc Acardipane a sorti son Mescalinum United et mon cœur hardcore n’a jamais cessé de battre depuis ce jour.

Quelles sont vos activités dans le hardcore à part la musique ? Parlez-nous de votre travail en tant qu’agent dans votre agence de booking Extranza.

Je travaille en tant qu’un des rares véritables agents hardcore en Hollande. Bien sûr il y a MOH qui est toujours le plus important pour le hardcore mainstream mais nous essayons d’avoir les autres noms, les gros ou les nouveaux. Nous avons une approche différente du management. Notre propos est la loyauté. Si des artistes veulent travailler avec nous, nous en attendons de la loyauté et rien d’autre. Nous avons comme stars exclusives : Tieum, Partyraiser, Lunatic & Hysteria, Dr. Macabre, The Rapist, Champ-E-On, Deathmachine, Fracture 4, Miss Flower, Delirium, Mantes et Ricky Raw. Ces stars travaillent chaque semaine tout autour du monde et la plupart de ces bookings sont administrés par Extranza Management.

En tant qu’agent, êtes-vous beaucoup impliqué dans le développement d’artistes ? Dans le cas de Partyraiser par exemple.

Partyraiser était déjà connu quand on a commencé à travailler avec lui. La seule chose qu’on ait faite était de lui donner le bon horaire dans les soirées, de continuer de le booker dans les mêmes évènements et nous avons sorti un mix-CD et quelques disques sur le label de Hellbound. Si vous voulez développer des talents, le secret est la continuité. Continuer de booker un artiste sur un même évènement encore et encore. Bien sûr les artistes doivent avoir du talent !

Hellbound est une marque appartenant à Extranza ? Pouvez-vous en dire plus à propos d’Extranza ?

Hellbound n’appartient pas à Extranza. Hellbound est la propriété de Multigroove qui est la plus ancienne organisation d’évènements aux Pays-Bas. Je suis le propriétaire d’Extranza avec trois autres personnes et j’ai travaillé sur les CD et les bookings de Hellbound. En ce moment je me concentre sur autre chose que Hellbound. Extranza est une organisation travaillant différemment des autres agences de booking et de management. Nous travaillons pour l’artiste et pas autrement. Nous organisons également des évènements tels que : E-Fect outdoor, qui est un gros festival à l’est des Pays-Bas. A côté de ça nous avons quelques labels tels que Explosive et V-Trax.

Quand, en tant qu’agent, vous signez un artiste chez Extranza, quelle importance accordez-vous respectivement à son art et à son succès commercial ? Vous développez des artistes ou vous signez seulement des gens confirmés ?

J’aime travailler un artiste qui a déjà du succès mais qui n’a pas encore percé, comme Partyraiser ou Tieum. La façon dont je travaille est simple et tout commence avec la continuité. Parfois on signe des gens confirmés mais la plupart de nos artistes ont besoin de développement.

Comment expliquez-vous la taille et l’efficacité de l’industrie hardcore en Hollande ? Le business y est de loin bien plus important qu’ailleurs dans le monde.

Tout d’abord tout le hardcore a démarré ici. Bien sûr il y avait Industrial Strength Records aux Etats-Unis qui a sorti le Mescalinum United de Marc Acardipane qui fut le premier disque hardcore, je pense. Mais C’est Paul Elstak, sur Rotterdam Records, qui en a samplé le son et qui a collé un vrai kick distordu derrière. C’est comme ça que le hardcore est né et les hollandais l’ont aimé dès le premier jour. Le distributeur Midtown est propriétaire de Rotterdam Records et a eu la possibilité de vendre les disques tout autour du monde, faisant du hardcore hollandais le hardcore le plus populaire. Ensuite, les gens l’ont tellement aimé et que c’est devenu le son le plus populaire des Pays-Bas. Il y avait des émissions télé comme “Hakkuk” et des artistes comme les Party Animals, Charly Lownoise et Mental Theo, etc... C’est devenu si gros que ce fut impossible de travailler sans vision ainsi qu’un bon management. Voilà pourquoi c’est si professionnalisé comparé au reste du monde.

Mais est-ce raisonnable quand des DJs jouent trois fois dans la même nuit, même s’ils sont très bons ?

Je ne trouve pas ça raisonnable à moins que ces DJs fassent cela parce qu’ils en vivent. Les gros noms ne devraient pas le faire parce qu’ils gagnent suffisamment d’argent avec un seul set. Trop jouer dans un si petit pays rend la scène et les DJ sans intérêt à un moment.

Pouvez-vous donner des details sur cette histoire d’Amsterdam vs Rotterdam ? Ca a toujours cours ?

Le premier disque hardcore sorti par Paul Elstak s’appelait “Amsterdam war lecht dat dan ?”. Vous pouvez imaginer que les partypeople d’Amsterdam n’ont pas aimé ça. Pour être honnête je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé après. Demandez à quelqu’un d’impliqué dans cette affaire.

Le hardcore industriel est de plus en plus important au Pays-Bas. C’était très gros en France quand le hardcore y a commencé, avec des labels comme Epiteth ou Dead End. Les hollandais viennent-ils au hardcore industriel par un ras-le-bol du gabber ou est-ce une voie pour le business hollandais de se développer grâce à un style de hardcore existant depuis dix ans ?

Dans tous les business la popularité marche par cycles. C’en est donc de même pour le hardcore et tous ses styles. On en a vu tellement des styles, qui ont eu leurs hauts et leurs bas. Aujourd’hui le mainstream est très populaire mais aussi détesté. Il en va de même pour le hardcore plus industriel.

New style, terror, new industrial, darkcore... Quel est le but d’avoir tous ces noms ? Comme si les producteurs de soirées hollandais étaient dans une course pour trouver de nouveaux noms chaque mois, histoire de garder l’attention des gens.

Oui, quelquefois ça tient de ça. Toutefois je pense qu’il s’agit plus d’un truc hollandais consistant à tout ranger dans des boîtes pour que ça soit plus compréhensible.

La Hollande peut-elle continuer d’avoir une scène forte sans exporter ses artistes et sa musique un peu plus que maintenant ? Parce que les DJ stars hollandais sont inconnus en France. Bien sûr, il y a des soirées en Allemagne, Suisse ou Italie où jouent quelques artistes hollandais mais ce n’est pas une invasion planétaire.

Comme vous dites. Pour le hardcore on touche l’Italie, la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne et la Belgique. Mais l’Angleterre et la France arrivent. Le problème avec la France est que le public n’aime que le son français produit par des DJ français. Mais on a pas besoin du reste du monde pour garder le hardcore en vie.

La fierté hollandaise ! D’où vient cette rage particulière au pays ?

Ce n’est pas de la rage mais la vérité. Regardez autour du monde. Dans presque tous les pays la techno et les raves en particulier sont interdites. Les Pays-Bas sont le seul pays qui les accepte. Voilà pourquoi c’est si professionnel. Le gouvernement a fait des lois strictes et on joue selon ces règles. Je suis fier de la façon dont nous le faisons.

Pouvez-vous en expliquer un peu de la culture gabber ? Elle est incompréhensible pour beaucoup de gens.

La culture gabber est très diverse maintenant. On trouve toujours les cranes rasés portent du Cavello et des trucs autraliens, à l’opposé des hardcore hooligans affichant du Lonsdale. Les filles portent des jupes avec de grosses bottes. Parfois ça semble stupide mais c’est leur choix. Toutefois ils ont en commun l’amour du hardcore. Le plus positif dans cette scène est qu’il ya bien plus de filles que dans les vieux jours. Et elles sont vraiment jolies.

Vous avez jamais eu envie d’explorer d’autres pays ?

Bien sûr et nous le faisons en ce moment. Extranza Management travaille avec beaucoup de gros clubs en Allemagne, Suisse et Belgique. Nous avons des antennes de management en Allemagne, Angleterre, Suisse, Espagne, Etats-Unis, Italie et peut-être à l’avenir en France ainsi qu’en Autriche.

Et l’Asie ou l’Amérique du Sud ? Pensez-vous que ça vaille le coup d’essayer d’y travailler ?

Oui, ce devrait être intéressant à explorer mais par où commencer ? Je suis allé au Japon et j’ai constaté que la communauté hardcore y est très petite.

Quel est le problème avec l’Allemagne et le hardcore allemand ? Qu’est devenue cette scène ?

Comme tout, ça marche par cycles. C’était vraiment au plus bas au début des années 2000 mais maintenant la scène est chaque jour plus grosse. Le hardcore a de nouveau le dessus, même si ce n’est pas aussi gros qu’au début des années 90. Il y a des organisations sérieuses telles que : PTP, Kingsize, Up a Lala, UHM, pour en citer quelques-unes. Extranza est aussi dans le coup. Le 8 juillet il y a une Hellraiser à Uelsen avec un beau plateau.

De plus en plus d’organisations de soirées, mais qu’en est-il des artistes ? Il n’y a en Allemagne que quelques DJs et producteurs. Dans les grosses soirées la plupart des DJs sont hollandais. N’est-ce pas un problème pour l’Allemagne ?

C’est bon pour la scène hollandaise, bien sûr. La scène allemande vient juste de se remettre sur pieds. Dans les mois à venir de plus en plus de DJs vont arriver.

Où est la limite entre le talent, l’art et le marketing ? On dirait que quand quelqu’un sort un tube en Hollande, il doive se produire en tant que DJ, même s’il ne l’est pas. Et un DJ doit sortir un hit pour devenir un gros nom, même s’il n’est pas producteur. Et une fille peut jouer beaucoup grâce à son physique. Ne craignez vous pas que ce système fasse baisser la qualité des soirées ?

Les acheteurs de musique définissent les standards. Tant que les gens achètent la musique d’une fille ou d’un DJ qui n’est pas producteur la limite n’est pas atteinte. Pour être honnête je n’ai pas de problèmes avec le shadowproducing. Dans la musique pop c’est pratiqué à mort.

Pensez-vous que le DJing techno et le turntablism vont se rencontrer plus encore dans un avenir proche, comme le pratiquent aujourd’hui des gens comme Vince ou Partyraiser ?

Oui. Aujourd’hui en Hollande on a : Vince, the Viper, Vinyljunk, Bass D, Gizmo, Partyraiser, Cixx, qui sont considérés comme les meilleurs en hardcore. Des autres pays, je connais : Delirium, Unexist, Manu Le Malin, Mark N, The Dj Producer, Hellfish, Simon Underground, Deathmachine. La liste croît sans cesse. Pour certains ça assure, pour d’autres ça craint.

En tant que DJ, vous êtes toujours à la recherche de nouveaux plans, nouvelles phases ? Comment vous dosez feeling et technique ?

Je travaille sur de nouvelles phases en ce moment. Mon style consiste à essayer de mixer vite et sans break à moins qu’il vaille le coup. Je suis oldschool donc je regarde toujours avant de couper. Pour faire simple, quand il n’y en a pas besoin je ne joue pas mes disques les plus durs mais je vais essayer de créer une atmosphère en jouant des vieux morceaux ou même des trucs oldschool. Je ne suis même pas très fier de jouer du mainstream. Je veux jouer pour les gens et pas pour des halls ou des clubs vides.

Après toutes ces années, quelle soirée vous vient à l’esprit en tant que la plus folle où vous mixâtes ?

Pour la meilleure vibe c’était Impulz l’année dernière et Thunderdome. La meilleure soirée à laquelle j’ai joué était une Love and Pride en 2003. Pour la communauté gay hollandaise. Les gays sont de loin les meilleurs partypeople.

Vous êtes tout-PC ou machines+ordinateurs ? C’est toujours la peine d’avoir une 909 pour produire du hardcore ?

Je suis très oldschool. J’ai acheté mon strudio en 1993 et je l’ai mis à jour jusqu’à il y a quelques annés. Je n’y ai pas travaillé depuis un an parce que le standard est si élevé pour le hardcore que je me traîne... Les jeunes font du si bon hardcore et produisent si vite avec un PC que je ne peux rivaliser en ce moment. Mais promis, quand je reviendrai avec de nouveaux morceaux ils vont être fracassants, telluriques, surprenants. La 909 est toujours un outil avec lequel vous pouvez toujours produire de bons beats.

Quelle est votre période préférée musicalement parlant ? Quel est votre top 3 des meilleurs vinyles hardcore ?

L’année dernière et 2002 quand je suis allé en tournée avec le Industrial Strength Sickest Brutality Tour. C’était un des plus gros trucs que j’ai vécu. On était avec Lenny Dee, Smurf, Boony, Unexist, Demigod, Lethal Insanity et d’autres tares. C’était le pur pandemonium et j’y ai retrouvé la foi dans le hardcore. Je dois tellement à Lenny Dee !

Top 3 : Dr. Macabre - “Poltergeist” (sur “Dr. Macabre’s Ghost Stories Chapter 1”, Power Plant 003) ;
Manga Corps - “The Hunter” (sur “War Dancer” de Manga Corps, IST 014) ;
Rave Creator - “A New Mind (Cold Rush Phuture Mix)” (sur “A New Mind (Remixes Part 2)”, Dance Ecstasy 2037 Gold).
Ces trois disques ont change ma vie pour toujours.

La rave est-elle toujours vivante ?

« Rave » est plus un mot pour la house dure faite pour les gros évènements. Hardstyle, hardcore et techno sont considérés comme de la rave music dans la plupart des pays. Je ne pense pas que la rave music telle qu’on en concevait l’idée dans les années 90 existe encore.



Dronnzz

Site web : http://www.extranza.com/

 

  Publication de l'article :
 
Juin 2005

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