/recherche : /netlabel /forum /contact /sommaire

/interviews
/chroniques
/reportages
/playlists
/dossiers
/signal parasite

/reportages récents :
- MOH – The Warrior Elite - 16/02/2008 - Den Bosch (NL)
- Bush Rit Speed Party - 14 10 2006 - La Grange à Musique (Creil, 60)
- Hellraiser vs Megarave - 01/07/2006 - Beursgebouw, Eindhoven (NL)
- Ghosttown - 22/05/2006 - Vechtsebanen, Utrecht (NL)
- Beter Kom Je Niet - 11/02/2006 - Happy Dayzzz, Culemborg (NL)
- Outblast Birthday - 05/11/2005 - Hemkade, Zaandam (NL)

Transmission - 26/03/2005 - Alexandra Palace, Londres (UK)

 

Si l’Angleterre a enfanté le concept de rave party, avec deux summer of love qui alimentent encore une sérieuse nostalgie (y compris chez ceux qui n’y étaient pas), et autant de fêtes devenues légendaires (Perception, Amnesia, Raindance...), il faut bien admettre que les amateurs de grande messe mégalotechno n’ont guère plus que la Hollande pour s’en prendre plein la gueule.

Transmission était explicitement présentée par ses promoteurs comme le grand retour du Royaume-Uni sur la carte des raves géantes européennes (carte il faut bien le dire assez clairsemée en ces temps post-free, post-raves, post-tout...). " The waiting is over" clamaient ainsi les affiches. Le site était un élément clé du projet visant à faire de Transmission une party hors du commun : Alexandra Palace, un bâtiment victorien fin XIXème situé sur les hauteurs au nord de Londres, tout en verrières et salles immenses. Le lieu a accueilli en 1935 la première retransmission télévisée anglaise en direct, d’où le nom de la soirée.

Six organisations s’étaient associées pour l’occasion, sous la tutelle de Slammin’Vinyl, qui domine le marché des raves commerciales du pays (on parle bien d’un marché). Chaque orga était en charge d’un plateaux : happy hardcore pour Hardcore Heaven (les Scott Brown, Ixxy -pas celle des spis- et autres Seduction sont là-bas des stars pour des hordes d’ados surtazés et de candy ravers qui n’écoutent pas Autechre) ; trance pour Wildchild (au sens anglais : une espèce de trançouille béate gnangnan et confortable déroulée au kilomètre, à faire passer les vieux Cosmic Baby pour des abysses doomcore), house pour Pushca (accessible qu’au tickets VIP hors de prix...) etc. Rien à foutre, donc.

Beaucoup plus excitants sur le papier étaient les deux derniers plateaux. D’abord une énorme salle drum n’bass tenue par One Nation, avec pour le plus prometteur : Friction, Dj Hype, les Australiens Pendulum (qui seront remplacés in extremis par Bad Company) et surtout : Ed Rush & Optical, dont l’approche du genre comme musique hi-tech minimale, rampante-menaçante, est de loin celle qui nous stimule le plus les jambes et l’imagination.

Mais c’est bien la dernière salle, celle tenue par l’un des plus vieux collectifs anglais « Raindance », qui alimentait nos fantasmes : une salle dédiée toute la nuit au uk hardcore (ou’ardkore pour le cognoscenti). Soit le son unique, éternellement frais, breaké, barré, épique, extatique des raves britanniques de 91 à 93, avant que la chose ne mette bas d’un coté à la jungle et de l’autre au happy hardcore anglais (et ne meure en couche au passage). En fait, mieux vaut lire les très bons écrits de Simon Reynolds sur le sujet, qui décrivent et analysent l’intensité inimitable, différente, du UK ardkore bien mieux que quiconque (ou alors se procurer des morceaux comme " Johnny " de Johnny Jungle, " Dark Angel " de Nasty Habits, " Move my Body " d’Altern- 8 ou encore le Big Bag Head mix - Neorave 2 de Panacea).

Toujours est-il que la perspective de jumper toute une nuit sur des anthems chéris dans la semi-clandestinité depuis plus de dix ans, jadis à travers la radio Maxximum puis via quelques mixtapes décrépies écoutées encore et encore, avait quelque chose de motivant dans le genre pervers (il y a peu en France il était honteux d’écouter du gabber...alors ce genre de trucs...).

L’arrivée dans la salle pose des bases saines. Un énorme smiley jaune fluorescent surplombe les danseurs. Le son est impeccable, les basses profondes. Mais ce qui frappe immédiatement est la ferveur du public. A l’énergie naturelle d’une bonne fête techno bien engagée s’ajoute une couche de nostalgie-chair-de-poule qui démultiplie la réponse des gens à ce qui sort des enceintes. On retrouve des morceaux comme « T99-Anasthasia » tels de vieux amis trop longtemps perdus de vue. Les riffs de pianos cybernétiques comme des dalles de marbre qui dégringolent du ciel sont accueillis mains en l’air par tous. Un morceau sur deux est collectivement identifié/acclamé dès les premiers sillons (musicalement la nuit dans cette salle ne sera qu’une quasi-succession de classiques, toujours switchant entre l’angélique et le démoniaque, du pire au chef d’œuvre immortel, du plus cheesy à de méchantes saillies protojungle).

Il est clair que la nostalgie est le moteur de l’ambiance rare qui règne ici . La preuve : les autres dancefloors accueillent deux à trois fois plus de monde sans jamais égaler en euphorie ce qui se passe dans le périmètre Raindance. La nostalgie est pourtant un sentiment honteux dans la techno, la musique du futur comme chacun sait... mais cela ne semble pas déranger grand monde par ici. Surtout quand rentrent dans le mix le « Blame » de 2 Bad Mice, « Your Love » de Prodigy, « Ravin’ I’m Rravin’ » de Shut Up and Dance ou « Livin’ in Darkness » de Top Buzz. On danse parmi beaucoup de rescapés de la grande époque venus s’offrir quelques remontées, mais aussi des kids trop jeunes pour avoir connu le Grand Rush autrement que par les K7 du grand frère... ce qui ne les empêche pas d’observer leurs mains exécuter des figures géométriques en mâchouillant, comme de véritables clichés dansant échappés d’un documentaire de 92. Les filles sont très très court vêtues lookées party-fluo-ange de manga (les Hollandaises des gabberaves passeraient presque pour prudes à coté de certains accoutrements). Partout les sifflets, les lightsticks et les cornes de brume de pacotille... antique folklore réactivé.

Et si tout cela est un peu l’équivalent (un brin déviant quand même...) des trentenaires qui entrent en transe devant Casimir aux gloubiboulga nights, une telle ferveur collective de RAVE balaie vite les sarcasmes de sociologue à deux balles. Nos chers petits pois se réuniront-ils un jour pour sautiller sur de la hardtek de "quand c’était mieux" ?

A chaque fête Raindance, un live act mythique de l’époque est invité à se produire. Ce soir c’est N-Joi qui, pour l’occasion -et sûrement un gros cachet- a ressorti les vieilles machines du placard. Ils sont deux, n’ont plus vingt piges, et font plus ou moins semblant de manipuler des empilements de Juno et de Korg de part et d’autre de la scène. C’est le climax de la nuit.

Leurs classiques encore assez redoutables dans le genre « old school qui envoie » se succèdent sans pitié. "Adrenalin" (We gonna get this place !!), "Malfunction"... des morceaux cultes déroulés méthodiquement en une orgie de sons belges tordus, de breakbeats imparables à 130 bpm, jusqu’à leur hymne pop-rave rentré à l’époque dans les charts anglais : le bien nommé "Anthem". Un truc chanté, tout imprégné d’une « euphorie triste » typiquement début 90 et un peu dans la même veine naïve et lumineuse que les tubes commerciaux mais de qualité d’Inner City (aka Kevin Saunderson aka E-Dancer). Pendant une heure inoubliable : un flot d’énergie pure, tout snobisme ravalé et beaucoup de...euh..émotion. Le live se referme sur un anecdotique remix drum ’n bass speedé d’"Anthem" histoire de faire le lien 1991-2005. La rave dans ce qu’elle a de plus populaire au bon sens du terme. Nous n’oublierons pas de si tôt la leçon.

On sèche nos larmes et se rachète une dignité pour aller voir ce qui se trame dans le hall drum n’bass.

Les lasers tentent frénétiquement de désintégrer le plafond. Le deejay est encadré par deux danseuses qui exécutent en synchro des figures entre le tribal et le robotique. Un écran géant diffuse des visuels quelconques. Le MC et les premiers rangs sont très chauds mais le son s’avère vite honteusement mal réglé pour un évènement de cette ampleur et de ce prix. Une espèce de marée noire indistincte de vibrations à saigner du nez (cool) à l’intérieur de laquelle ne surnage pas grand chose de lisible (pas cool). Difficile dans ces conditions d’évaluer la prestation d’Ed Rush et d’Optical. Disons que ça avait l’air costaud...

Repli rapide dans la salle old school donc, où des pointures certifiées d’époque comme Ratpack ou Top Buzz continuent de déverser le ardkore le plus décomplexé qui soit sous les exhortations bon enfant de MCs aux noms à coucher dehors typiquement locaux : Strict, Fearless, Mad P...

A 7 heures du matin, l’enthousiasme n’a toujours pas baissé d’un cran. Il s’intensifie, même, quand de nouveaux ravers arrivent par vague des autres salles pour se finir tranquillement au mentasm-sound sur un tempo plus amical. « 15 years on / still the best party in town » rappelle le MC. On veut bien le croire.



Dr Venkman

Site web : http://www.slamminvinyl.com/

 

  Publication de l'article :
 
Avril 2005

/copyright /sommaire /signal zero e-zine 1999/2006