Il est né le divin label du trashcoreux nippon Naoto Suzuki, alias Smily Slayers, alias Burning Lazy Persons, alias Absolute Terror Field, alias Meaning of Nonsense, alias un régiment d’autres projets.
Le Teikoku 101 donc, un pot-pourri de la scène psychotronique japonaise en 24 plages, visité par une phalange de guests et amis occidentaux de Suzuki, (ça aide à l’exportation). Alors oui : c’est un cédé, ce qui réserve son usage aux cdj’s et autres final scratchers. Mais la qualité générale, l’éclectisme des titres, en font un objet gravé aussi pour l’écoute domestique.
On parle là d’un LP très dense, foisonnant voire gentiment bordélique. La digestion est rude en une seule écoute. Le bruit lessive, c’est une part de son attrait. Sans autre prétention que de donner envie, un survol en vrac du contenu :
Megadrive d’abord, s’illustre par deux crises d’amok digital hardcore qui se donnent beaucoup de mal pour sonner comme du ATR (et y parviennent). Amenbreaks foutraques, vu-mètres dans le rouge et ambiance émeutière. De plus ça beugle avec un fort accent japonais, ce qui est quand même franchement plus drôle.
Atopy-9 programme dans le biscornu, l’exotisme. C’est très bleepeux, un peu noise, un peu chiptunes, tout en plastique et couleurs flashy. Avec le coté déviant des gadgets criards et inutiles des boutiques de Shinjuku.
Absolute Terror Field travaille un genre de pumpin-techno-pop hybride, avec un chant passé au vocodeur. Bizarre ne veut pas dire mauvais, surtout dans les musiques qui nous sont chères.
Bomb 20, un temps petit protégé d’Alec Empire et maintenant occupé à faire le deejay pour les marionnettes rappeuses de Puppetmastaz, offre un morceau hip-hop noise filtré, orienté bruit gras, qui gronde d’on ne sait quel complexe souterrain.
TR-décidément doué- signe « Souldead », épisode darkstep que scannent d’amples synthés gutturaux. Classique, efficace, tout ça.
Le titre de Dope Coara d’Irritant a la bonne idée de greffer des tablas et autres échantillons de musique indienne à des rythmes frénétiques braindance-style. La greffe prend : on dirait du Talvin Singh en un poil plus barré.
Les Japonais d’Opium 16bit sont représentés via deux morceaux plus aboutis que ce que l’on connaissait d’eux. Sur « Fascist synphony », une architecture breakée intelligente qu’habillent des chœurs abyssaux tissent une atmosphère assez accrocheuse.
Et puis vlan : Noizecreator is in da house. Son style cut-up au laser, on connaît, on s’en délecte. Une nappe occulte, des lamentations de sub-bass...et toujours ces sculptures rythmiques vitrifiées-écartelées-repliées-sur-elles-memes monstrueuses de précision. Techstep futuriste pour jambes cassées.
Unuramenura, tokyoïte repéré sur Peace Off, est là le temps d’une comptine drill n’glitch avec les routinières perturbations plug-inoïdes parasitant des mélodies volontairement infantiles. Richard D. James n’en finit pas de faire des émules.
Patric Catani, enfile gants et masque pour aller piocher dans une décharge de sons un assortiment de bruits, de samples carbonisés et de beats en lambeaux. Tout ça pour aboutir à un collage provocateur façon graffiti obscène dans les chiottes. HARSH. Quelques trouvailles amusantes, à l’image de ses productions Audio Chocolate, à condition de ne pas être accro à la lisibilité. Catani que l’on retrouve plus loin en duo avec Meaning of Nonsense sur le moins gratuit « 09111 » qui fait référence aux attentats du 11 septembre.
Enfin Smily Slayers, le projet gabba de N.Suzuki, frappe à trois reprises. Hardcore typiquement japonais, c’est-à-dire drôle et violent. Notez que « Nishikokubunzi silent » durant six secondes, faut être vif au calage.
Ce qu’il faut retenir : le hardcore nippon (ni mauvais) a su conserver une folie, une certaine cruauté et un coté « tout est permis » qui semblent largement défunts chez nous.
Si vous avez manqué le début : c’est une compilation réussie. Les premiers cris saturés d’un label qu’on ne manquera pas de suivre.
Dr Venkman