Que Mokum soit un label gabber hollandais mythique suffit-il à ce que n’importe laquelle des pochettes rouges au marteau soit exhumée aujourd’hui encore ? Un track monstrueux du vivant de Jésus est-il encore capable de ferveur susciter ? Faut-il précipiter des masses orphelines du mythe Spiral Tribe dans les bras d’un autre, aussi sulfureux que mal connu parce que moins chanté le soir à la veillée donc au potentiel onirique encore puissant ?
Ainsi, "The Point" de The Prophet. Son beat rugueux en retrait, son charley en crépon frotté, son breakbeat fraîchement débarqué du UK hardcore, son riff de synthé, son sample vocal - « Get directly to... The point ! »- en doigt du (pas) sage montrant le stroboscope. Ses huit minutes quarante autorisant toutes les tentatives de babelisation mixée. Sa production versée vers les haut-mediums. L’arrivée avant la mi-morceau d’une stridence claire faisant l’identité du morceau, un peu au goût de cerveau en phase d’évaporation il est vrai.
L’évolution en dents de scie façon rush de montée, trappes et fausses pistes, l’accentuation des reliefs en fin de morceau, rendre les masses folles avec un an de mix au bout des doigts (en 1993, rares sont les DJ très techniques).
Eh bien, pourquoi pas - on peut rouler le dimanche en Renault Fuego Sport lustrée et brillante et dignité garder. Un sosie de Johnny Hallyday n’a-t-il pas aussi droit au respect ?
Plus simple, le "Cosmic Trash" de Dano avait dû taper au cerveau (entre deux scènes de chasse à l’auroch) en ce qu’il pique un sprint à mi-morceau, run à la suite duquel le synthé déjà bien en place se transforme en cet archétype gabber, épais de fréquences empilées à tordre à coup de filtres et à recomposer selon les règles du riff de guitare thrash. Pure stalagmité garantie d’époque, là.

Quant à "Skippybal", c’est un truc speedhouse préfigurant les Game-Boyismes. Le ressortir situerait haut l’auteur de ce geste esthétique dans l’échelle des poètes.
Alors, le Mokum 1, à jouer / pas à jouer ?
Il sort quand le Enzyme 57, déjà ?
Dronnzz