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Ybrid
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Xunk

Ybrid - Defixio / Ex Nihilo Nihil - Xunk CD003

 

Ybrid

Label : Xunk

Titre : Defixio / Ex Nihilo Nihil

Référence : XKCD003 ou XKLP003

Format : CD ou 2X12"

La musicienne caennaise a d’abord assis sa réputation sur des live act tétanisants. Vite repérée - et quelques étapes brûlées - c’est déjà l’heure du (double) album là où la grande majorité des producteurs HC tentant l’exercice se vautrent sur à peine douze titres. Mais Sylvie Egret a pour elle l’inspiration, la culture musicale et peut-être une absence de cynisme qui font que la sauce prend. « Defixio » et « Ex Hihilo Nihil », les deux volets de l’album, se tiennent sans problème, avec même ça et là de vrais grands moments de hardcore.

Ybrid ne mérite jamais autant son pseudo que lorsqu’elle métisse l’industriel de stabs old school qu’on imagine samplés sur quelque antique « Rotterdam brain destruction in hell vol.7 ». Echantillons qu’elle recombine ensuite en des thèmes originaux et plus sophistiqués que la moyenne. Sur ses tracks les séquences se chevauchent, les fausse pistes abondent, tout ne se passe pas toujours comme le veut l’usage : un peu de danger pour tenir l’assistance en haleine, voilà une bonne idée. Un son très dense qui se laisse emporter par une surcharge de pistes baroques avant de se recadrer brusquement sur un pattern debout-les-morts plus lisible. La hargne ou le romantisme selon les phases, emmenés par des pieds qui se partagent entre résonances de bunker et pistons micropointeux. Parfois au sein d’un même titre.

Le art-core d’Ybrid est bien différent de celui de Manu le Malin, mais sur le papier ils partagent quand même des similitudes : alliage de sonorités mécaniques écorchées et de synths eurorave sortis de cathédrales en ruine, penchant pour le solennel, l’épique, le grandiose (hardcore médiéval fantastique ?) avec un soucis d’originalité. La spontanéité et le foisonnement préférés au carré et à l’épure, aussi...jusqu’à cet album qui rappelle Fighting Spirit dans son concept « disque dancefloor vs. disque d’écoute ». Sur le premier Ybrid fait le grand écart entre son parcours musical classique, gothique (la mélodie, les arrangements complexes, Dead Can Dance et autres heavenly voices...) et l’approche plus fonctionnelle/in your face qu’exige la techno hardcore de party. C’est le long de la ligne de frottement de ces deux plaques que jaillissent les plus belles étincelles de Defixio. Les meilleurs plans ? Les grandes orgues du Jugement sur « Escaria », le thème dark trancey à la « the meltdown » de « Echidna ». Et surtout le morceau fleuve de 10 mn ouvrant l’album, qui voit à mi-parcours s’abattre sur le pauvre monde les hoover les plus belliqueux entendus depuis l’époque où le hardcore était hardcore (le track est tiré du Ark Aik 01 mais vous avez presque tous préféré en jouer le nettement moins bon « Dragonid », bande de gueux !).

Très peu de vrais breaks mais plutôt des accalmies où le kick piétine en retrait avant de bondir à nouveau sur le devant du mix. Jouer sur de violents contrastes de volume plutôt que sur une compression qui aplatit le signal : l’une des signatures d’Ybrid. Il en résulte une impression de tension constante-lessivante, un pilonnage qui se réduit à une rigole pour mieux débouler en torrent mais dont les vannes ne se ferment jamais vraiment. De la belle défouraille en live.

L’autre cédé est vendu comme la partie ambient, mais c’est vite dit. Il s’agit d’une collection des titres les plus inclassables de la miss. Des compos qui empruntent aux sonorités indus-hardcore ou féeriques-éthérées pour générer une musique presque toujours rythmée mais destinée à l’imaginaire -fréquemment dans la veine des collaborations les plus torturées de Biomechanik II. On pense aussi sur certaines plages aux instrumentaux de groupes electrogoth comme Hocico (une histoire d’influences communes surement), et souvent à rien d’autre que du Ybrid en roues libres seule tard le soir avec son équipement (et ses démons ?). Si le premier disque donne à entendre ce que doit être le vacarme du pandemonium, celui-ci évoque d’obscures conclaves en sous-sol. Globalement inspiré, on retiendra surtout d’Ex Nihilo Nihil deux authentiques processions doomcore à même pas 120 bpm qui en remontrent aux Seigneurs du genre.

Des constructions de track inhabituelles annoncées par une pochette sobre/crépusculaire, des titres écrits dans une langue étrange ne semblant avoir de signification que pour l’artiste elle-même... On ne va sûrement pas cracher sur un disque qui, dans le fond comme la forme, participe à remystifier le H-Core, un style ayant perdu ces dernières années pas mal de son potentiel de fascination à trop vouloir devenir une bande son du samedi soir parmi d’autres.

(La version vinyle 2X12’’ reprend les tracks inédits de Defixio).



Dr Venkman

Site web : http://www.ozore.org/

 

  Publication de l'article :
 
Juin 2005

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