
S-Z : Quel est votre parcours artistique et y a-t’il eu un élément déclencheur particulier qui vous a amené à faire de la vidéo ?
slinee : j’ai pas spécialement de formation plastique ni audiovisuelle, j’ai une maîtrise IUP information et communication, j’ai appris a décoder des images mais pas à les créer. Par contre, ça fait longtemps que je bricole des trucs visuels. Avec mon frère, on faisait pas mal de films avec la caméra des parents, un "soap opera", un film d’horreur, un film d’animation avec les Maîtres de l’Univers et les Barbies, des émissions de tv, mais surtout des clips vidéo. On faisait les scénarios, on se mettait en scène, on faisait les prises au fur et à mesure, pas de montage. Ensuite on est devenu grands... (mon frère travaille quand même dans une boîte de prod audiovisuelle).
Et puis j’ai rencontré Jérôme. Tous les deux, on est très branchés "image", très attentifs à l’esthétique visuelle, ça passe par la photo, la mode, l’architecture... et l’image en mouvement. Et puis on aime bien travailler ensemble. Alors on a commencé par faire des animations (flash), des images vouées à être jouées avec de la musique, Jérôme avait développé un soft qui permettait de mixer avec de l’actionscript Flash. Ce qui fait qu’on s’est lancés à jouer en public, c’est qu’on a acheté un vidéoproj à crédit, et du coup on s’est fait un video-system (à l’instar des sounds systems), pour jouer en free, de manière autonome.
grom : j’ai fait deux ans d’études photographiques qui m’ont permis d’étudier les différents mouvements de la photographie , sa préhistoire, son histoire... puis avec Céline nous fréquentions des ateliers vidéo art.
Je travaille dans le secteur de la création multimédia, à Lille, c’est un secteur qui s’est beaucoup développé avec des boîtes comme Chman , oeil pour oeil, nocopy, analogiks indians
Ces agences s’intéressent aussi au mix d’images, de vidéos en live. Travaillant dans l’une d’elle, j’ai pu combiner les techniques personnelles (vjing, live a:v) avec les professionnelles ( flash , swf interactifs...).

- Cimattics - Bruxelles
S-Z : Donc au départ, Flash semble tenir une grande place dans dans votre boîte à outils. Pourtant votre travail ne ressemble pas à du flash standard et vous paraissez avoir dépassé les contraintes de ce logiciel que certains qualifient de "Flashiste" .
Sans nous dévoiler tous vos secrets, pouvez-vous nous expliquer comment vous préparez vos images et quelles sont vos sources d’inspiration ?
Slinee : moui, Flash a une place dans notre manière de travailler mais ce n’est qu’un outil parmi d’autres. Ca sert juste à obtenir le résultat que l’on veut sur une image.
Grom : Par exemple, pour obtenir un effet lo-fi, j’exporte des vidéos en gifs animés pour ensuite travailler sur une palette de couleurs réduites (4 bits), ensuite je les recompile en flash sans compression pour pouvoir les jouer dans notre soft favori : Resolume.
De plus resolume "prend" l’actionscript, ce qui permet de travailler sur l’aléatoire par exemple....
Sinon pour le montage, on utilise Vegas... , un peu Premiere.
Slinee : En fait, on n’a pas vraiment de secret de fabrication, c’est plus de l’inspiration en amont et du feeling en live.
Grom : En ce moment, nos sources d’inspiration, ce sont des vieux super 8 de la famille de Céline, on les a numérisés et on les retravaille.
Slinee : Et puis il y a la musique... on a des périodes, on a quelque chose qui nous chatouille l’oreille et ça donne pleins d’idées. En ce moment on est très branchés : Venetian Snares, Otto Von Schirach.... c’est très inspirant sur le plan visuel, le rythme...

- Cimattics - Bruxelles
S-Z Justement, parlons un peu de musique et d’inspiration. Plus haut, vous parlez de free parties et maintenant vous nous citez des artistes breakcore Idm. Quels ont été les artistes musicaux qui ont influencé votre travail visuel et dans quel sens vous ont-ils influencé ?
N’y a-t’il pas également des artistes visuels qui vous ont apporté de nouvelles pistes à explorer ?
Rechenzentrum , par exemple, propose un show audiovisuel de toute beauté, l’avez-vous vu ?
Slinee : je pense que c’est au fur et à mesure des rencontres avec des musiciens que nous orientons notre travail et affinons nos idées. Par exemple, quand nous avons joué avec M83 à Dour (Belgique), c’était la première fois que nous jouions sur quelque chose de si calme. Nous y avons pris beaucoup de plaisir, car nous improvisions une histoire au fur et à mesure du concert. Quelque part cette lenteur nous donnait le temps d’apprécier nos images. Par la suite, nous avons eu l’occasion de jouer avec Hecate (Zhark), c’était fabuleux ! Nous improvisions toujours, mais il y avait tellement de connexions entre sa musique et nos images... ça nous a amené à découvrir son univers, d’autres artistes...
Nous aimons ce qui est doux et violent à la fois, on aime bien les jouets, les trucs marrants, les gadgets... On aime bien ce qui est hi-tech, mais on adore le lo-fi. En fait je ne sais pas trop ce qui nous influence précisément.
Grom : c’est plein de choses à la fois, on a plein d’idées, on essaie de s’en sortir avec tout ca. On est en recherche permanente, il y a justement tellement de pistes à explorer. En lo-fi justement, Solu fait des sets remarquables. J’aime beaucoup son style. Mais il y a plein d’autres gens... entre autres Rechenzentrum, nous avons le DVD et évidemment on adore, mais nous n’avons jamais eu l’occasion de les voir en live.

- C.Marx - Milan
S-Z : Vous dites adorer le lo-fi pourtant le matériel que vous utilisez semble assez hi-tech. Pouvez vous nous décrire votre installation standard en live et plus particulièrement ce qui vous sert à mixer les images (logiciels/table de mixage)
Il m’a semblé voir que vous possèdiez une table mix vidéo Edirol dernière génération, en êtes vous satisfait ? Comparée aux bonnes vieilles Panasonic mx, quelle différence ?
Grom : Notre matos n’est pas spécialement hi-tech, mais on a surtout choisi une config light, pas trop de matos et surtout que tout tienne dans une valise... ou presque. On joue avec 2 laptop, 1 contrôleur midi Evolution UC33 et une table Edirol V4. On a aussi un petit moniteur de contrôle. C’est tout. Et comme soft, on utilise Resolume.
Sans vouloir faire trop de pub, la V4 est vraiment bien. D’abord son prix, raisonnable pour une table de mixage vidéo, et puis sa taille compacte. Sur le plan de l’utilisation, comparée à une MX50, elle est très intuitive. Pour une utilisation simple de mix, cut, gestion des sources, application de quelques effets, ça se maîtrise très vite. Par contre, il y a des centaines de possibilités de paramétrages, d’effets etc... et j’avoue qu’on n’a pas tout testé. Mais ça n’a jamais été trop notre truc d’appliquer beaucoup d’effets, même avec une Panasonic.
Slinee : Ce qu’on apprécie particulièrement avec la V4, c’est sa réactivité. Il n’y a pas de latence dans le cut, donc tu peux te permettre de sortir du binaire, et marquer les contretemps etc.. Elle est très souple. A l’inverse, le fading est très propre et donc quand tu veux quelque chose de lent et progressif, tu gardes vraiment le contrôle du rendu.
S-Z : Il existe sur Internet une scène vj très active. Vj forums, Vj central et Audiovizualizers pour ne citer que les sites les plus connus fédèrent une communauté vivace et hétérogène de vjs pros et amateurs. Participez-vous à ce réseau ? Ne trouvez-vous pas qu’il existe entre vjs une solidarité qui fait souvent défaut dans le milieu de la musique ?
Grom : Je consulte régulièrement vjcentral car je trouve plein d’infos intéressantes sur des tests de matériels, softwares, on peut aussi trouver des discussions de forum intéressantes.
Concernant la solidarité, c’est vrai qu’on a l’impression que c’est plus facile d’échanger des infos, des plans pour jouer, mettre en commun son matériel vidéo avec les vj’s.
Nous collaborons souvent avec d’autres collectifs de vj’s (Vidioatak, Komabox, Altern V) pour mettre en commun notre matos et se partager des dates.
S-Z : Cette communauté de vjs organise également des événements (Avit, Contact Europe, Vidéa). Vous avez participé à certains de ces événements. Pouvez vous nous donner votre avis sur ces festivals ?
Slinee : J’ai beaucoup aimé le VIDEA à Barcelone, d’une part pour l’accueil convivial et chaleureux des organisateurs Telenoika et No Solo Techno, d’autre part parce qu’avec peu de moyens ils ont proposé une programmation de vj intéressante (notamment (Otolab) dans des lieux superbes (une coupole sur la Rambla et une discothèque squattée). J’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de respect pour les participants et le public. Contact Europe à Milan, c’était différent. On s’est bien amusé, mais il y avait tellement de salles et de participants qu’on n’a pas pu tout voir.
A la différence du VIDEA, Contact Europe m’apparaissait plus comme une « convention » de VJ, un aspect communautaire assez fort (qui se matérialisait peut être par le grand dortoir, mais nous campions dans le jardin). Ce genre d’évènement est la meilleure occasion pour rencontrer d’autres vj et performers...
Grom : un autre événement vj que nous adorons est le Cimatics de Bruxelles qui a une programmation A/V assez pointue (Solu, Cinetik, Qubo Gas, Exceeda...)

S-Z : Vous participez vous même à l’organisation d’événements. Pouvez vous nous en dire un peu plus sur ces expériences (un bilan rapide) et quels sont vos projets et/ou rêves dans ce domaine ?
Slinee : Bilan rapide, on organise des petites fêtes musique et images improvisées (electrojive), c’est assez intime, puisque le public est surtout informé par bouche à oreille. Ensuite, on co-organise des évènements, en fait, on propose un plateau VJ comme on le ferait pour des musiciens. Cette année la plus grosse programmation qu’on ait faite, c’est le Videodom. Le Videodom était une scène dans un évènement : La BE, 24H non stop machines party. Le concept était une arène de 6 m de haut et 15 m de large, construite en échafaudage, drapée de noir, avec 5 écrans de 3m20 par 2m40, en arc de cercle. Au centre, il y avait les musiciens, dj, vj, et visual performers. C’était une configuration pour se faire plaisir, et pour immerger le public dans l’image et le son. Au niveau de la programmation, nous avions conçu le line-up en choisissant les VJ selon leurs spécificités et leur rapport avec la musique, en fait il y avait pas mal de duo audio:vidéo. Je préfère de loin cette approche, plutôt que un DJ et six VJ qui jouent en même temps. Dans le Videodom, chaque musicien et visual artist présentait une œuvre comme un concert.
C’était très bien, pas parfait (on a eu des coupures de courant) mais on s’améliorera.
Des projets, on en a plein. Il y aura le Videodom 2, en novembre 2004, mais qui sera ramené sur 12 heures. Et des soirées, par ci par là. On va aussi organiser des pré-soirées audio:vidéo, chacune aura un thème, et on invitera les artistes en fonction de ce thème.
Ce que l’on souhaite, c’est faire découvrir aux gens les différentes facettes de la vidéo, pas uniquement le Vjing mais les créations visuelles et musicales, les différents concepts et démarches des artistes, il y a tellement de choses à voir... Notre rêve serait d’organiser un festival européen, une grosse rencontre mais que tout le monde soit payé !

- Zelabo in action
S-Z : Justement parlons d’argent. Gagnez-vous assez d’argent pour vivre de vos prestations (et du coup de votre art) ou devez vous travailler à coté pour subsister ? Les Vjs sont rarement bien payés comparés à ce que gagnent les organisateurs et les musiciens (une petite soirée associative n’étant évidement pas à mettre sur le même plan qu’une méga rave à cinq dancefloors).
Ne trouvez-vous pas que la somme de travail à fournir pour la production d’images est immense comparée à la récompense financière ?
Grom : Malheureusement, nous ne pouvons encore en vivre. Pour ma part , je continue à travailler dans un studio de création. Céline travaille bénévolement dans notre association.
C’est vrai que les vj’s ont plus de difficulté à se faire bien payer, comparés aux musiciens et dj’s...
Slinee : Je suis d’accord avec toi : la production d’images demande beaucoup de temps et le matériel est assez cher... en Grande Bretagne des collectifs comme addictive-tv ont l’air pourtant de pouvoir en vivre...
S-Z : Pour finir, quels sont vos projets ?
Nous organisons une soirée le 05 décembre 2003 à LILLE : electropicnic , une soirée qui ira du dark bleep electro avec 64chaos (Ohmmade)au chelou core avec un dj belge WSAP (Cyclone-records). Nous invitons quelques vj’s de Lille et peut-être de Belgique.
A part cela, nous avons commencé à réfléchir à la seconde édition du Videodom qui aura lieu à Lille en novembre 2004.
Si des vj’s souhaitent nous envoyer des démos , qu’ils nous contactent par email. (mail zelabo) pour participer...
Iso Brown