Signal-Zero : Pour commencer, pourrais-tu te présenter en quelques mots, et nous expliquer comment tu es venu à la musique, quelles ont été tes influences ?
Zotz : Ce qui m’a amené dans ce type de musique, ça a été mon parcours musical en tant qu’auditeur au départ. Ca remonte à pas mal d’années en arrière, quand j’ai découvert qu’il existait des musiques un peu décalées, différentes de ce que l’on peut entendre habituellement, de ce qu’on nous balance à la radio et autres. Les débuts, c’était des choses un peu soft mais amusantes comme trisomie 21, ce type de musique électronique, et rapidement je me suis mis à écouter des choses qui étaient un petit plus dures. Soit du rock violent, et puis ensuite, tout ce qui était musique industrielle, comme Neubauten, le groupe le plus connu à l’époque, même s’ils ne sont pas les précurseurs. Ils sont arrivés dans un moment où leur son collait bien à cette étiquette, mais ils n’ont pas inventé ce mouvement. J’ai vite écouté des musiques de type expérimentales, assez inclassables, comme les Legendary Pink Dots qui ont été une grosse influence pour moi, pour le côté psychédélique. Et dans les années 90, je me suis intéressé de plus en plus aux musiques électroniques. Il y avait déjà Front 242, mais je me suis vite intéressé à des choses un peu plus dures, comme Skinny Puppy, pour ensuite évoluer et découvrir un peu plus tard le mouvement techno, avec ses différentes composantes, le hardcore qui me rappelait mon passé industriel, mais appliqué avec un esprit techno qui révélait bien cet esprit assez violent et brutal de cette musique.
SZ : Est-ce qu’il y a un album qui t’a particulièrement marqué ?
Zotz : C’est une question hyper-complexe pour moi, je ne peux pas me limiter à un seul type de musique. Je ne pourrais pas répondre à ça.
SZ : Qu’est-ce qui t’a donné le déclic et t’as poussé à te mettre à composer ta propre musique ?
Zotz : Au départ, il y a une bonne dizaine d’année, j’étais attiré par les machines, j’avais envie de les manipuler. J’étais intéressé par cet aspect technique. Je me suis mis à découvrir le matériel par moi-même, à voir comment tout ça fonctionnait. Ensuite, petit à petit, j’ai pu produire mon propre son et prendre du plaisir en composant. A l’époque, c’était dans des créneaux assez proches de ce que je pouvais écouter, ça reste assez inclassable, mais c’était un peu plus mélodique. Ca n’a jamais été diffusé. Au fil du temps, j’ai continué en produisant ce que j’écoutais à l’époque, comme la psy-trance. J’ai fait un peu de musique dans ce créneau, toujours au stade personnel, ce qui me suffisait pour y prendre du plaisir.
Il y a 4 /5 ans, j’ai eu envie de revenir à des musiques plus dures, et c’est là que j’ai commencé à produire ce qui a été diffusé sur YB70 et Epiteth, sous forme de participations.
SZ : Parlons un peu matériel. Tu peux nous présenter tes machines, et peut être nous expliquer un peu ta façon de travailler ?

Zotz : Au départ, j’ai fonctionné sur Atari, qui était un très bon ordinateur pour le séquençage, avec deux ou trois machines à côté. Ensuite, j’ai bossé sur PC, avec une carte Pulsar de chez Creamware. C’était abordable et ça permettait d’avoir tout un studio virtuel à disposition, avec des capacités énormes. Je l’ai beaucoup exploité, même si aujourd’hui l’ordinateur et sa puissance de calcul rattrape un peu ce genre de carte, puisque rien qu’avec un ordinateur on peut dorénavant avoir tout un environnement de studio, tous les outils pour produire du son, et puis cette simplicité d’utilisation, d’enregistrement ; ça évite tout le travail de galérien lié au midi, être obligé de noter les patchs, etc. c’est pour ça qu’aujourd’hui je travaille principalement sur PC.
Après, j’ai un goût particulier pour une petite machine, le Clavia Micro Modular. On y retrouve la sonorité du Nord Lead, mais avec la possibilité de patcher et de relier tous les modules de manière virtuelle, tout ça à l’infini, et ça fonctionne très bien en tant que mini synthé ou effet, grâce à ses entrées audio. Il m’a beaucoup servi pour mes lives.
SZ : Quelles sont tes méthodes de compositions ?
Zotz : Je pars souvent sur une base rythmique. Ensuite y’a toute une recherche, chose facile avec ce matériel. J’essaye de sculpter le son, de faire évoluer le morceau. J’évite qu’il soit trop répétitif. Je déteste ça quand les choses tournent trop en rond dans les musiques électroniques.
SZ : En live quelle est ton approche ? Tu te permets de créer des patterns en direct ou est-ce de l’agencement en live ?
Zotz : Alors, je ne crée pas de pattern en direct. En réalité, tous mes lives sont composés de morceaux déjà existants. C’est d’ailleurs toute la difficulté de la chose : rejouer ces morceaux en ayant la possibilité d’intervenir dessus. Le meilleur moyen que j’ai trouvé, c’est d’utiliser une carte son avec des sorties multiples, ce qui me permet d’intervenir sur chaque piste séparément, tant avec des équalisations qu’avec des cuts, ou avec des effets.
Le principe est assez simple : je fais un pré montage du live, puis je fais tout un travail de mix important, ce qui me permet de donner une nouvelle dimension à mes morceaux. Je ne m’y attendais pas, quand j’ai commencé à travailler comme ça, mais c’est vrai qu’il y a moyen de rendre les morceaux encore plus vivant, soit en insistant sur le mix, soit en passant des sonorités à travers les effets.
SZ : Est-ce que tu envisages de continuer à travailler tes lives de cette façon, ou est-ce que tu t’intéresses aux logiciels du type de Ableton Live ! ?
Zotz : En fait, le live, je n’ai pas voulu y aller, je préfère être clair [rire]. La musique, c’est une passion personnelle, je fais ça par envie et absolument pas par obligation, ce qui me permet d’avoir une certaine liberté de création. Du coup, je n’avais pas l’intention de passer au live. Je l’ai fait parce qu’on me l’a demandé, et au bout de quatre lives j’ai découvert que c’était très plaisant. C’est sympa de pouvoir jouer, partager en direct et faire découvrir ce qu’on a fait au public. Alors c’est vrai qu’aujourd’hui j’ai envie de pouvoir évoluer. Ce n’est peut être pas ma priorité, mais je vais m’intéresser à d’autres modes pour jouer. Je n’ai pas de projet bien fixé mais je m’intéresse à d’autres possibilités pour le live, parce qu’effectivement, il vient un moment où on tourne un petit peu en rond sur ses morceaux.
SZ : C’est assez difficile de classer Zotz. On sent clairement des influences hardcore, mais aussi industrielles, beaucoup de sons saturés, de grincements. Est-ce que toi tu arriverais à le classer, est-ce que c’est quelque chose qui t’énerve ?
Zotz : Ca ne m’énerve pas spécialement que les gens essayent de classer ou de définir ma musique, puisqu’on a tous besoin de repères à un moment donné pour découvrir une musique, même si le meilleur moyen de le faire c’est de l’écouter. En ce qui me concerne, je crois que justement, ma démarche c’est de ne pas rentrer dans un style précis. Donc je prends les influences musicales qui me plaisent, qui m’inspirent, et j’essaye à partir de tout ça de créer ma musique, avec des codes que je reprends dans d’autres courants et vraiment de faire une composition personnelle.
Après, mes influences actuelles, ça reste le hardcore, du son dur. Il y a une recherche aussi expérimentale, même si on ne peut pas classer ma musique comme telle, une volonté d’explorer de nouvelles voies, des nouveaux sons, des nouvelles sensations. Il existe aussi une influence, même si elle n’est pas présente, de la trance psychédélique, lorsque j’utilise des nappes par exemples, même si elles sont beaucoup plus saturées, stridentes. La recherche est un petit peu la même : prendre l’auditeur et le faire voyager au fil des sons. Et puis il y a des cotés un peu plus break, où j’ai envie d’intégrer ce Breakcore que j’écoute beaucoup aujourd’hui, qui est une nouvelle évolution des musiques dures et que je trouve hyper intéressante. J’y ai trouvé une certaine puissance en tant qu’auditeur, et je suis en plus en plus influencé par ce mouvement.
Sz : Niveau Breakcore, peux-tu nous parler des artistes qui t’intéressent le plus ?
Zotz : Je n’ai pas forcément d’artiste phare, toute la scène m’intéresse. C’est comme partout, il y a des merdes, mais il y a aussi des choses passionnantes. Je ferais plutôt ma sélection par label. On connaît tous Praxis, qui est un bon label de référence. Zhark également. En terme d’artistes, j’aime bien Cdatakill, un bon mélange de break, de choses percutantes.
Mais je préfère écouter cette musique, la ressentir et partir. Je trouve que c’est une musique qui emmène assez loin, surprenante, contrairement aux rythmes 4*4 ou binaire qu’on connaît dans le hardcore, là le break est imprévisible et permet de partir beaucoup plus loin au niveau des sensations. C’est vraiment une découverte, une révélation, je pense que ce mouvement à de beaux jours devant lui.
SZ : Est-ce que tu as déjà des idées sur l’avenir de Zotz ?
Zotz : Déjà, y’a une dizaine de tracks qui doivent sortir. L’album Cd ne devrait pas tarder, il est prévu pour la fin de l’année. Pour l’avenir, la musique je ne la programme pas à l’avance, c’est fonction du moment. Il y aura forcément une composante break, mais j’aime aussi tout ce qui est ambient, et je pense qu’il y a beaucoup à faire. Que ce soit de l’ambient pur ou mixer à du break.
SZ : Si tu avais le choix, tu souhaiterais pouvoir vivre de ta musique ?
Zotz : Il y a un coté intéressant de pouvoir en vivre, mais en ce qui me concerne, j’ai déjà un job qui me passionne. Et puis, le fait de pouvoir faire de la musique en étant totalement détaché de l’aspect matériel, c’est sympa aussi parce qu’on n’est soumis à aucune pression de production, aucune pression financière, donc ça laisse une liberté totale.
SZ : Pour terminer, puisque c’est encore beaucoup dans l’actualité, que penses-tu du peer to peer ? Comment tu te positionnes par rapport à ça ?
Zotz : Comme je te disais, l’aspect financier n’est pas ce qui m’importe le plus, c’est la diffusion qui m’intéresse vraiment. Y’a quand même une satisfaction de pouvoir vendre un certain nombre de disques, je ne le cacherais pas. Mais je crois que ce problème inquiète surtout la grosse industrie commerciale, moins les musiques plus pointues. En ce qui me concerne, quand j’écoute un truc comme ça, ça ne me dérange pas d’investir dans le support, mais ça ne me dérange pas non plus de faire des copies de ce qui est vendu dans la grande distribution.
Photos : Stéphane Burlot
Zetschai