S-0 : Pour nos jeunes lecteurs, qui est Lenny Dee en 2004 ?
Lenny Dee : Quelqu’un qui a essayé de faire la différence. Et j’espère avoir réussi de nombreuses manières différentes, peu importe comment j’ai pu échouer dans d’autres. Parce que je suis un être humain, qui a traversé ce mélange insensé qu’est le monde de la musique électronique.
Est-ce que vous pensez avoir réussi ?
De nombreuses façons : oui. J’ai eu l’opportunité de faire ce que je voulais faire, de changer la musique ou d’éclairer des gens. J’ai réussi dans beaucoup de choses qu’une personne peut faire (rires)- bonnes ou mauvaises !
Où étiez vous pendant toutes ces années, entre 1998 et l’année dernière ?
Une pause. La première chose que j’ai arrêté a été le label. C’était un business qui partait en spirale hors contrôle. Je faisais trop de deejaying. J’étais consumé d’avoir joué en Europe de 1988 à 1998, puis de rentrer à la maison pour faire ceci ou cela, faire la fête, travailler, composer. C’était arrivé à un point où il fallait que j’arrête.
Ça en fait des années...
De nombreuses années. Si on songe à toutes les fois où j’ai pris l’avion, ça faisait environ 250 jours par an en dehors de chez moi. Certaines années j’étais parti 300 jours. Et quand je revenais, c’était pour m’occuper du business, pour m’occuper de tout. Donc il fallait que je fasse un break. Je devais revenir à la réalité. Et j’ai rencontré une merveilleuse, splendide, fantastique femme en chemin, qui a changé mes perspectives sur tout, ce dont j’avais besoin je pense.
Quand on écoute de la musique sur une aussi longue période que moi, passé un stade, on a besoin d’en revenir. J’avais besoin de me poser. J’avais besoin de ranger ma maison, et j’avais besoin de me recentrer à nouveau. Ca n’a pas été du temps perdu. Si j’avais continué sans faire de pause, ça aurait fait plus de dégâts qu’autre chose.

Comment êtes-vous parvenu à revenir dans le business ?
Je devais revenir et tout reprendre depuis le début. Prendre tout l’héritage Industrial Strength, le nettoyer, le remettre dans le circuit. J’ai eu des problèmes avec mon studio, il y a eu un grave incendie qui m’a privé d’équipement, de platines, de disques. Il m’a fallu attendre pour récupérer toutes ces choses dont tu as besoin pour faire ce que tu as à faire. Exactement la même histoire que lorsque j’ai lancé IS. Je faisais des disques qui se vendaient par milliers. J’ai lancé IS à un moment où aucun producteur ne me payait. Je vivais chez ma mère, j’étais un petit jeune. J’ai découvert une musique et ce que je jouais m’a poussé à faire un label. J’ai du apprendre les rouages du music business. Et ce que je vis en ce moment c’est un nouveau démarrage. Je ne cherche pas à entrer en compétition avec les autres labels, ni à faire le plus dur, le plus rapide. J’ai tout fait dans ma carrière.
Vous sentez-vous comme un genre de “parrain” ?
Je ne veux pas me sentir comme un grand-père. J’aimerais être vu comme un pionnier. Il y a un truc que je dis toujours : ton niveau c’est celui de ton dernier set, ou de ton dernier disque. Ce que j’ai fait par le passé ? J’espère que tout le monde a eu du bon temps avec. Maintenant c’est un test pour moi de voir ce dont je serai capable à l’avenir et ce dont je suis capable actuellement. J’attends d’être jugé là dessus. Peut-être que je suis respecté pour avoir sorti Nasenbluten, DOA, DJ Skinhead, Manu, toutes les choses que j’ai pu faire. J’ai fait de bonnes choses mais maintenant pleins de gens font des choses extraordinaires. Ils sont aussi respectés que j’ai pu l’être en mon temps. Donc je dois maintenant bosser deux fois plus dur. Je ne peux pas arriver et dire « Hey, j’ai lancé tout ça ! ». Il y a beaucoup d’éléments qui ont lancé cette musique. J’ai eu un bon départ. Je suis fier des choses que j’ai bien faites dans ma carrière, tout comme il m’arrive de penser qu’il y a des choses que je n’ai pas bien faites.
Tirez-vous toujours autant de plaisir du Djing ?
Le deejaying est difficile. A un certain point, c’est même le plus difficile.
Pareil pour la musique, parce que j’en ai entendu beaucoup. Et j’ai joué beaucoup de disques dans beaucoup de fêtes, où j’ai pu voir beaucoup de DJs. Donc ça demande de gros efforts de garder la flamme, mais en même temps c’est positif. Je suis toujours en conflit avec moi-même. Heureusement je suis capable de jouer les disques que je sors. J’espère.
Ces derniers mois vous avez travaillé avec des producteurs célèbres comme Promo, Tieum et Radium. Est-ce parce qu’il est plus facile de faire son come back dans ses conditions que seul ?
La dernière chose que j’ai fait dans mon studio est le « 99.9 remixes ». Quarante jours plus tard, le studio dans lequel j’avais tout fait depuis 1988 a été totalement détruit. J’étais dans l’incapacité de remettre le label sur les rails. Donc ce qui s’est passé, c’est que j’ai fait de la musique avec d’autres, et je me suis bien amusé. En même temps, j’ai toujours travaillé avec d’autres gens dans ma carrière. Frankie Bones, Ralphie Dee, fuckin’DJ Paul. Hey mec, je fais ça depuis des années. La seule différence, maintenant, c’est que je suis en procès avec la compagnie d’assurance pour récupérer l’argent du studio, et en construire un autre où je pourrai travailler seul. Ce n’est pas une question d’être capable ou pas. J’en suis à un stade où je préfère faire des trucs avec de nouvelles personnes ou des amis. C’est un feeling extraordinaire. Pour l’instant je suis un peu handicapé, mais je ne suis pas entrain de travailler avec ces gens parce qu’ils me donnent la charité. Quand un disque est naze, il est naze, peu importe qui l’a fait. Je passe beaucoup de temps en Europe, j’y ai de super relations et ces relations sont dans la musique (rires). Je suis l’Entremetteur !
Pensez-vous que vous produirez toujours du hardcore dans 5 ans ?
Je fais ce que je sens et je sens ce que je fais. Il y a eu Dark Marc, J’ai fait des merdes techno barrées avec Ophrah Haza. La prochaine fois je ferai un disque avec Promo qui pourra être cheesy-happy, et la fois d’après ce sera lent et distordu. Je vais aussi travailler en studio avec une de mes vieilles idoles, Vince Montana. Le roi du disco. Puis je ferai de la techno pour Uwe.

Mais vous avez choisi le hardcore.
Ce n’est pas que j’ai choisi le hardcore. J’ai évolué dedans. J’ai commencé par jouer du disco.
À cette époque, il n’y avait pas de hardcore. Ça l’est devenu. Tout ce que jouais, tout ce que je faisais...je voulais quelque chose de plus fort, j’étais jeune et je voulais quelque chose de plus fort. Je jouais dans tous ces énormes clubs à la naissance des raves, fin des années 80. Et la musique allait vite, c’était ravy. Il y a eu la house, l’electro... toutes ces musiques qui maintenant sont coincées dans des définitions, c’était tout simplement de la dance music. Techno était juste un nouveau terme pour ça. Et en gros, la musique que je faisais et mixais ne me donnait pas ce que je cherchais. Il me fallait plus. Peut-etre que c’était les drogues. Peut-être que ça venait du fait que j’avais 20-21 ans et que j’évoluais avec la scène. Je me suis juste retrouvé à jouer des disques rapides, tous ces trucs belges. Et puis je suis tombé sur Marc Acardipane, et il m’a fait entendre Mescalinium United, et je jouais cette musique sans savoir que c’était du hardcore. Je la jouais, tout simplement, et j’avais cette sensation de « whoooom », de dureté, de in your face. Ca s’est passé comme ça.
Avez-vous jamais pensé que le hardcore se devait d’être forcement expérimental ?
J’ai toujours pensé que le hardcore était le style le plus expérimental.
L’est-il toujours aujourd’hui ?
J’ai toujours pensé que le hardcore était la branche la plus expérimentale parce que c’est celle que tu peux emmener le plus loin. Est-ce que je pense que c’est toujours le cas ? Certains morceaux oui, d’autres non. Peut-être que la qualité est la même, mais il manque pas mal d’esprit dans certains morceaux. Ou alors la qualité est excellente, la programmation est excellente mais il y a déjà des tonnes de disques qui sonnent pareil. Beaucoup de producteurs ont leur propre son, mais il n’est pas si différent des autres. Au tout début tu avais des gars comme Marc Acardipane, comme Sal Mineo, des mecs comme Oliver Chesler et Mark N. Tu avais tous ces gens et tu pouvais te dire « hey, qu’est-ce qui se passe ? qu’est-ce que c’est que ce truc ? Chacun a son propre son, tellement à part du reste, et pourtant tout ça c’est du hardcore ». Maintenant c’est plus facile à faire. Tu peux tout faire avec un ordinateur dans ta chambre. Tu sais comment le bassdrum doit sonner, tu as tout à disposition.
Qu’est-ce que vous appelez l’esprit du hardcore ? Qu’est-ce c’est censé être ?
Ce n’est pas tant l’esprit du hardcore. C’est l’esprit de la personne et de sa musique. L’énergie qui doit être relâchée. L’XTC était un nouveau truc. Le mur de Berlin venait de tomber et l’Europe s’unifiait. Les gens ne se souciaient pas de terrorisme (je parle juste de l’Europe, là). La naissance de cette musique a apporté de l’excitation. Ce n’est plus le cas maintenant. Cette musique est là depuis longtemps. Si tu es dedans aujourd’hui, peut-être que ton frère l’a été avant. Quand j’étais dedans, je ne connaissais personne d’autre dans mon cas. Il n’y avait pas d’avant. Donc il y avait une expérimentation. L’esprit est toujours venu de là. Je ne peux pas mettre de mots sur un morceau techno. Tu peux l’écouter, et je peux l’écouter, et on sera tous les deux dedans, mais ce que tu entendras sera totalement différent de ce que j’entendrai moi. La façon dont tu perçois la musique, c’est ça l’esprit. Avant il n’y avait pas de format. Il n’y avait pas un son. Il n’y avait pas de limites. Maintenant plein de disques sont faits, et oh ! c’est du breakcore, c’est de la hardstep, c’est de la hardtek, c’est du hardcore, c’est de la hardhouse. Mais bordel de quoi vous parlez les gars ? Je ne comprends pas. Hardtek, machintek, tructek, fuck-that-tek. Hey mec, tu as juste besoin de quelque chose sur quoi écrire ou sur quoi mettre un nom ? Tout ça c’est le même putain de truc. Tu branches le bordel sur le putain d’ordinateur et tu fais de la putain de musique !
Comment gérer le fait que le hardcore a maintenant une Histoire ?
Je ne suis pas sur de pouvoir répondre à cette question. Comment cette musique va survivre et se réinventer elle-même : ce sera comme quand Joey Beltram a débarqué avec « Energy Flash ». Ca arrivera par un mec du genre de celui qui a lancé Industrial Strength, ou Rotterdam records ou PCP. Ca démarrera avec un Armand Van Helden, qui a changé la face de la house music. Ca démarrera avec un nouveau Led Zeppelin, un nouveau Nirvana. Il y a toujours eu des musiciens clé pour définir une nouvelle étape de la dance music. Aphex Twin a défini l’étape suivante, en son temps. Maintenant, qu’est-ce qu’on attend tous ? J’en sais rien. Ca va venir. Crois moi. Ca passera par LE mec, LE son, LE disque. La musique est un grand puzzle sans fin. Ce sont des millions de combinaisons que tu peux assembler de n’importe quelle manière. Les nouvelles générations de kids vont déterminer ce qu’ils pensent être bon, parce que ça les fera danser. Ca fuse. Tous les cinq ans, la musique s’embourbe dans un trou de merde. Maintenant, nous sommes sortis du trou de merde. Maintenant nous sommes à un point où on peut écouter The Outside Agency, les trucs d’Underground Music, Dj Producer. Il faut avoir la foi. J’ai foi en le mec qui bosse dans sa chambre. Il y a tellement de styles aujourd’hui. Les gens sont dans des styles, ils ont arrêté d’écouter de la musique. Mec, j’ai commencé à mixer dans des soirées discomobiles ! Je devais prendre les enceintes et le reste et j’allais jouer dans des barmitsvahs, des mariages, des boums !
Quel est votre état d’esprit quand vous jouez ? Vous fermez les yeux.
Je sais que je suis dedans quand je n’ai aucun effort à fournir. Je n’ai pas à réfléchir à ce que je fais, pas même au disque suivant. Tout est déjà dans mon cerveau avant d’y penser. Et je dois me sentir en communion avec les gens pour qui je joue. Que ça soit pour 5 personnes. Que ça soit pour 10 000 personnes. Que ça soit pour 500 personnes. Je dirais que sur dix sets, il y en a peut-être cinq où j’ai cette sensation de ne faire qu’un avec la musique et les gens. Les cinq autres sets... il y a ce maudit voyage, les circonstances...je vais avoir plus de mal à rester en phase mais je fais toujours de mon mieux. J’essaye de ne pas y penser. Je ferme les yeux, je plonge dans la musique. Parfois je suis un peu stressé. Ca dépend de la situation. Je ne joue jamais le même set mais je joue les mêmes disques dans un ordre différent. Parfois tout se connecte. Mais les mêmes disques la nuit d’avant, dans un pays différent, n’auront peut-être pas connecté. Peut-être que c’est l’ordre différent, peut-être que c’est le feeling qui est différent. Donc le plus important c’est le feedback des gens à ce moment là. C’est spécial. Tu sens quand tu es à une bonne party et tu sens quand tu es à une party qui craint. Tout le monde est là, mais personne n’est là. Tu me mets dans une salle avec cinq personnes assises qui s’ennuient, OK : si je joue comme une merde c’est parce que c’est le feeling de la soirée. Si tu me mets dans une salle avec cinq personnes qui dansent, qui hurlent, qui pètent les plombs : je vais jouer comme un animal. Tu peux me mettre dans une salle avec 10 000 personnes et je n’en verrai aucune. Je dois être avec toi. Si je ne suis pas avec toi, je fais de la merde. C’est humain. C’est la loterie.
Les kids américains ont-ils une perception différente du hardcore par rapport aux kids européens ?
Définitivement. Premièrement, ils ne sont pas beaucoup. Ils ont été plus nombreux à une époque. Et leur façon de réagir est un peu différente. Ce sont des freaks. Ils slamment. Tu ne peux jamais les réunir tous ensemble, de la Californie à New York. Mon business n’était pas structuré pour être une compagnie américaine, parce que je ne pouvais pas vendre des disques d’une côte à l’autre. Il aurait fallu que mes disques se vendent à 20 000, 30 000 copies pour avoir l’argent nécessaire à ça. Le pays est tout simplement trop grand.
Les gamins américains sont plus violents. Ou plus agressifs, c’est sûr. Pas qu’il y ait des bastons, mais c’est très agressif. Il y a un bon feeling mais cette musique n’est pas facilement visible en Amérique. En Europe elle l’est.
Quelles sont les principales différences en terme de public entre les pays européens ?
France : je viens en France depuis le début des années 90. Il y a toujours eu une culture de résistance, la police qui arrête les parties. Il y a une passion en France, toujours. Même si ce ne sont pas les meilleures des meilleures soirées, il y a une passion. Je ne sais pas ce que c’est. Peut-être que ce sont les Français, peut-être que c’est la façon dont vous percevez cette musique. C’est comme une résistance, pas une mode. Mais ça peut aller dans plein de directions différentes.
Hollande : C’est une mode, c’est une affaire de look. Tout le monde fait le même son. Ca peut-être très étroit d’esprit dans un sens, mais très ouvert dans un autre, parce qu’ils sortent beaucoup d’excellente musique. Parfois de la musique qu’ils ne pensent même pas être bonne.
Italie : Ils veulent entendre des choses qui vont dans un certain sens. Ils ont l’esprit très fermé. Si tu joues du hardcore français à la mauvaise soirée, c’est-à-dire 90% des soirées, ils vont te regarder comme si tu étais fou. Ils veulent entendre le riff. Ils veulent entendre les gros anthems. Le hardcore est comme ça là-bas : c’est ensoleillé, c’est chaud, c’est « pasta ».
Autriche : froid, dark.
Angleterre : les Anglais ont une culture break, funk, soul. Leur histoire a pris un chemin différent. Donc ils font du hardcore avec plus de basse, plus de hi-hats qui font bouger, plus de rythmiques embrouillées, de cuts. Ce sont eux qui produisent de la techno depuis le plus longtemps en Europe.
En ce qui concerne le hardcore aux Etats-Unis, DOA et tous les trucs que j’ai produit, ce sont des gars qui n’ont même jamais quitté l’Amérique...
C’est une question de perception du hardcore. Ce qui est hardcore pour toi ne le sera pas pour quelqu’un d’autre.
Y a-t-il une “New York touch” dans ce que vous faites ?
L’attitude ! C’est l’attitude ! C’est simple, c’est « in your face ». Peut-être que ça vient du fait qu’on ne peut pas vendre nos disques, peut-être que c’est parce que nous n’avons pas de scène. Peut-être que nous sommes un peu frustrés parce que nous n’avons pas ce que vous avez. Peut-être que vous avez trop, que vous n’appréciez pas ce que vous avez et que vous en faites trop.
Qu’est-ce qu’un bon mix finalement ?
Une histoire. Tu dois être capable, avec ce que tu as, d’emmener quelqu’un quelque part, où de projeter aux gens ce que tu as en tête à travers la musique. Professionnellement parlant : tu dois faire ce que tu adores et le présenter aux gens de façon à ce qu’ils l’adorent eux aussi. Un grand mix c’est quand un dj emmène le public là où il a besoin d’aller, sans se soucier d’être le plus extrême, ou le plus expérimental, ou le plus techno ou le plus quoique ce soit. Si je veux te faire avaler une cuillérée de médicament, je ne sais pas si tu vas le faire. Mais si je mets un petit sucre avec, à chaque fois que je mets la cuillère dans ta bouche, peut-être bien que ça va passer. Tu dois savoir ce qui fonctionnes, si tu travailles dans ce sens, c’est un bon mix.
C’est facile de jouer tes disques les plus hards les uns à la suite des autres, mais tout le monde quitte le dancefloor. Ca ne veut pas dire que tu es le roi. Ca veut dire que tu es un putain de trou du cul. Tu dois comprendre comment tu fonctionnes, et comment les gens fonctionnent. Faire ton truc. Là tu es le boss. Parce que tu es assez expérimenté pour prendre toutes les facettes de quelque chose et les transmettre à quelqu’un. Je ne suis pas Lenny Dee quand je joue, je suis ton putain d’entertainer pour une heure, et j’espère que tu vas apprécier. Parfois ce sera le cas, d’autres fois non. Le deejay a la possibilité de s’exprimer, mais en même temps, il ne doit pas traverser une party avec les yeux et les oreilles fermés. « J’ai ça ! je me fous de savoir si le DJ précédent a déjà joué ce disque ! Je le passerai à un moment ou à un autre ! ». Hey : fuck you ! Change ton putain de set, fais ton putain de boulot, rock the fuckin’ house. Il n’y a pas besoin de frapper quelqu’un en pleine tête pour être un hardcore motherfucker . Voilà ce que j’appelle un M . I . X.
Vos producteurs favoris en ce moment ?
Tous. Je ne déteste personne. Tous les gens qui pensent que je les déteste : je ne les déteste pas. Mais je sais qui me déteste : tout le monde. Tout le monde me déteste.
Où va la rave ?

Je ne sais pas. Il reste aux kids à trouver quelque chose de nouveau et d’excitant. Peut-être que c’est parce que tout le monde à un ordinateur, une télé couleur, un portable, internet. Peut-être que c’est la génération “J’ai tout”. Avant il n’y avait pas de musique faite sur ordinateur. Prends certains de mes disques faits en 1989, que les gens trouvaient brillants à l’époque.
Tu les écoutes aujourd’hui et il y a six sons qui tournent pendant six minutes. Chiant ! Pour toi ! Parce que maintenant tu vas sur internet, tu télécharges un programme et tu fais pareil en cinq minutes. Peut-être que du coup les kids ont moins d’imagination. Peut-être que c’est pourquoi il n’y a plus d’esprit rave. Peut-être que l’ecstasy est devenu banal. Tu ne verras le vrai esprit qu’à une bonne party, quand les gens connectent et bam ! La plupart du temps ça n’arrive pas.
On veut un scoop à propos des futures sorties d’Industrial Strength.
Tout va craindre. Nous allons sortir la pire musique que vous n’ayez jamais entendue. Et dans environ deux ans vous direz « c’est le meilleur truc depuis l’invention de la glace ».
Dr Venkman